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La reine Elizabeth II, symbole de l’amitié franco-britannique

La reine Elizabeth II, symbole de l’amitié franco-britannique

Les Britanniques ont célébré les 70 ans de règne de la reine Elizabeth. La relation que la souveraine entretient avec la France raconte une histoire commune des deux pays.

Par Cyrille Beyer - Publié le 01.06.2022 - Mis à jour le 06.06.2022
Discours Elizabeth II - 1957 - 06:00 - vidéo
 

Alors que le Brexit a éloigné le Royaume-Uni de l’Union européenne et que son Premier ministre Boris Johnson n’a eu de cesse ces dernières années de raviver les tensions entre Londres et Paris, les relations (au long cours) entre la reine Elizabeth II et ses hôtes français racontent une toute autre histoire.

Durant les cinq visites d’Etat que la reine du Royaume-Uni a effectuées en France – 1957, 1972, 1992, 2004 et 2014, c’est bien au contraire l’amitié franco-britannique qui aura été célébrée. Une amitié qui naît avec le traité de l’Entente cordiale, signé en 1904, pour mettre fin aux rivalités coloniales face à un ennemi commun, l’Allemagne. Une amitié qui va se manifester ensuite dans la fraternité des armes au cours des deux guerres mondiales, toujours face à l’Allemagne.

Mais la profondeur du lien entre les deux pays qu’est venue à chaque visite à Paris rappeler la reine Elizabeth (dont chaque discours, ne l'oublions pas, est préparé et approuvé par son gouvernement), tient plus généralement à la longue histoire partagée – un millénaire – qui a façonné, souvent au prix de guerres, de conquêtes, mais aussi d’apports civilisationnels innombrables, la lente construction de deux des plus vieilles nations d’Europe, la France et l’Angleterre.

Crise du canal de Suez

La première visite d’Etat de la reine Elizabeth II en France se déroule entre le 8 et le 11 avril 1957, un mois après la signature du traité de Rome. Cet acte fondateur instituant la Communauté économique européenne (CEE) entre la France, le Benelux, l’Allemagne et l’Italie, ne concerne pas le Royaume-Uni. Le gouvernement de Sa Majesté se tient encore volontairement en dehors de l’aventure communautaire, et se lancera même en 1960 dans un contre-projet, l'Association européenne de libre-échange (AELE).

En 1957, la France et le Royaume-Uni sont néanmoins proches au vu de l’intensité de leurs relations bilatérales. Six mois plus tôt, les deux pays sont entrés en guerre aux côtés d’Israël contre l’Egypte du colonel Nasser pour empêcher la nationalisation du canal de Suez (29 oct. 1956 – 7 nov. 1956).

Bien que victorieuses militairement, les deux anciennes puissances coloniales ont du accepter la nouvelle réalité internationale dictée par les Etats-Unis et l’URSS et se retirer. Cruelle désillusion qui aura des conséquences opposées : la France y verra la confirmation de son choix européen, tandis que le Royaume-Uni se tournera vers le traditionnel « grand large », c’est-à-dire le grand frère américain.

Histoire commune

Peut-être parce que ce souvenir est encore trop vif pour les deux pays, la reine n’en fait pas mention dans son discours – l’archive présentée en tête d’article – diffusé sur la RTF le 9 avril 1957. Lors de ce dîner de gala organisé au palais de l’Elysée, Elizabeth II préfère plutôt commencer par rappeler des « souvenirs qui nous sont chers », faisant référence au premier voyage qu’elle fit, alors encore princesse, avec son époux le prince Philip – ils se marièrent le 20 novembre 1947 – en dehors de son pays, au printemps 1948. Un premier voyage réservé à Paris, « où la gentillesse, la gaieté de cœur et la générosité étaient alors telles que nous les retrouvons chez vous aujourd’hui ».

Évoquant l’importance de l’Entente cordiale, la reine rappelle ensuite, en se référant à l’Histoire des peuples de langue anglaise de Winston Churchill, « que dans les temps héroïques du passé, les vies de nos grands hommes, et celles des vôtres, se rejoignent et se confondent. Nos plus grandes familles, nos hommes d’Etat, nos gens d’Eglise, sont bien souvent nés de ce côté-ci de la Manche. Les noms des régions de France sont associés à nos premiers souvenirs et ont inspiré nos poètes. Fière Bretagne, dont nous partageons les traditions maritimes, vaillantes Normandie, Aquitaine, Anjou, vous étiez le berceau de nos rois. Au cours des siècles, nos traditions, nos coutumes, ont été formées par les vôtres. Qui à leur tour ont subi notre influence ».

Faste

Le Parisien raconte que ces trois jours de visite ont été marqués par la magnificence de l’accueil, avec des dîners somptueux donnés dans la galerie des Glaces de Versailles ou dans la salle des Cariatides du Louvre. Clou de la visite, « la croisière sur la Seine, où le couple royal assiste depuis une péniche à des tableaux vivants racontant l'histoire de France : des mousquetaires devant le Louvre, des grognards de l'Empire au pont de Solférino, le roi Henri IV au Vert-Galant, et un feu d'artifice devant le pont Alexandre-III. 2 800 projecteurs illuminent Paris ».

A l’heure européenne

Quinze ans plus tard, en mai 1972, la deuxième visite d’Etat du couple royal en France intervient dans un tout autre contexte international. Au cours des années 1960, le Royaume-Uni a constaté le succès économique du marché commun et a souhaité rejoindre l’aventure européenne.

Après deux veto du général de Gaulle, en 1963 et 1967, l’accession au pouvoir en France de Georges Pompidou en 1969 permet finalement au Royaume-Uni d’entrevoir l’entrée dans la CEE – elle sera effective au 1er janvier 1973.

C’est ce (difficile) rapprochement dont se félicite le président Pompidou en s’adressant à la reine pour son discours de bienvenue, à l’Elysée : « Il se trouve que Votre visite se situe au moment où la Grande-Bretagne va nous rejoindre au sein des Communautés européennes, et va, avec nous et avec d’autres, travailler à donner à l’Europe sa cohésion et sa personnalité qui seules lui rendront sa place dans le monde. Après quelques hésitations et même quelques difficultés, Votre gouvernement et le nôtre ont choisi de conjuguer leurs efforts dans cette grande entreprise. » Le président évoque ensuite les « projets et réalisations spectaculaires » qui font alors la force de la relation bilatérale franco-britannique , comme le Concorde et le tunnel sous la Manche, dont le projet vient d’être relancé.

La réponse de la reine, toujours dans un excellent français, est à la mesure de cette évolution historique : « Je suis venue vous exprimer l’amitié de mon peuple pour la France, en un moment où, partant de nos passés distincts, nous allons à la découverte d’un avenir commun. C’est donc avec une satisfaction toute particulière que nous revenons vous voir en cette heure décisive de notre propre histoire. Nous sommes de vieux amis qui se lancent ensemble dans une entreprise nouvelle. »

Lors d’un autre discours, donné le lendemain, 16 mai, la reine souligne le rôle des deux capitales dans le destin du continent : « Une bonne part du destin de l’Europe a coulé à travers Londres et Paris, comme y coule la Tamise et la Seine. Je ne doute pas que ces deux grandes cités différentes par bien des aspects mais qui sont attachées aux mêmes valeurs et partagent les mêmes espérances, continueront toujours à exercer leur influence sur l’orientation et les caractères du progrès européen. »

Faute de protocole

Ce séjour parisien, à nouveau très réussi, sera néanmoins marqué  par la « faute » protocolaire du président Pompidou lorsqu’il prend brièvement le bras de la reine sur les marches du perron de l’Elysée. Léon Zitrone, dans son commentaire y voit une « marque d’amitié», mais pour la maison royale, personne, pas même le président de la République, n’a le droit de « toucher la reine ».

Première journée Elizabeth II
1972 - 07:20 - vidéo

Traité de Maastricht

Pour sa troisième visite d’Etat, en juin 1992, la reine Elizabeth II est reçue à Paris par le président François Mitterrand. Quelques mois plus tôt, le 7 février 1992, les douze états constituant alors la CEE signaient le traité de Maastricht instituant l’Union européenne (UE).

Un acte fondateur qui ne se fit pas sans mal, puisque, sous la pression de son opposition travailliste et d’un nombre important de conservateurs, le Premier ministre britannique John Major obtenait pour son pays une « clause de retrait » afin de ne pas avoir à adhérer à la monnaie commune ou à la charte sociale européenne, en échange de quoi il s’engageait à ratifier le traité de Maastricht.

C’est dans ce contexte marqué la singularité britannique vis-à-vis de l’UE que la reine réaffirme la place de son pays dans la construction européenne lors de sa visite à Paris : « La Grande Bretagne a sa place au cœur de l’Europe et l’avenir de l’Europe se confond avec le sien. C’est seulement en étant étroitement liée à la France qu’elle pourra tirer le meilleur parti des ouvertures et des chances que lui offre l’Europe. »

Consensus

Un mois plus tôt, le 12 mai, la reine se rendait à Strasbourg, et adressait là aussi un discours de circonstance à la tribune du Parlement européen. Tout de bleu vêtue, la couleur de l’Europe, elle  se félicitait de la signature du traité : « Il faut également renforcer la capacité des Européens à agir sur une base européenne, où les problèmes étant ce qu’ils sont, il faut leur trouver une réponse européenne. C’est véritablement cet équilibre nécessaire qui est ressorti de Maastricht. » Chaudement applaudie par l’Assemblée, même par les députés britanniques les plus conservateurs qui craignaient un discours trop fédéraliste, la reine marquait son assentiment pour l’engagement de son pays dans la construction européenne.

Visite de la reine
1992 - 02:16 - vidéo

Centenaire de l’Entente cordiale

Cent ans après la signature de l'Entente cordiale, c’est en Eurostar, inauguré dix ans plus tôt, que le couple royal britannique traverse la Manche pour une 4e visite d’Etat placée sous le signe de l'amitié franco-britannique. 200 jeunes écoliers des deux nationalités accueillent Elizabeth II et le prince Philip à leur descente de train, gare du Nord. Le président Jacques Chirac les accueille à son tour place de la Concorde pour un séjour de trois jours, à Paris et Toulouse.

Arrivée d'Elizabeth II en France
2004 - 02:22 - vidéo

« Vive la reine ! »

En 2014, revoilà la reine à Paris, pour sa 5e et dernière visite d’Etat dans la capitale française. Toujours accompagnée de son mari, Elizabeth II est cette fois-ci accueillie par le président François Hollande. Sur le passage du cortège, place de l’Hotel de Ville, les admirateurs sont nombreux et enthousiastes : « Pour nous les Français, [la reine est presque une mascotte, il y a un côté attachant », déclare une jeune femme. « C’est peut être la dernière occasion de la voir, étant donné qu’elle vient tous les dix ans en France », raisonne un autre curieux. Pour cette femme au fort accent britannique, « c’est vraiment fabuleux de savoir qu’elle est super bien reçue ».

La reine rappelle durant ce séjour le « plaisir que j’ai eu à découvrir ce beau pays pour la première fois et à cultiver à mon tour une grande affection pour le peuple français ». Marque indélébile de son dernier passage à Paris, le marché aux fleurs sur l’île de la Cité que la reine affectionne tant porte désormais son nom.

Visite d'Etat de la reine Elizabeth II
2014 - 02:01 - vidéo

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