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La Pentecôte : un jour férié solidaire devenu un casse-tête

La Pentecôte : un jour férié solidaire devenu un casse-tête

Depuis 2005, le lundi de Pentecôte est un jour travaillé gratuit, destiné à financer le plan de solidarité aux personnes âgées. Mais dès son instauration il a suscité l'incompréhension et la pagaille. Qui travaille ? Qui bulle ? 

 

Par la rédaction de l'INA - Publié le 04.06.2017 - Mis à jour le 06.06.2022
 

Août 2003. Une canicule hors du commun s'abat sur la France. En trois semaines, les autorités constatent une augmentation des décès : au total, 15 000 personnes vont périr des suites de ce pic caniculaire, principalement des personnes âgées souvent fragiles et isolées. En août, Jacques Chirac s'exprime sur cette crise sanitaire sans précédent, nécessitant des mesures exceptionnelles. Le pays découvre l'isolement des seniors et les besoins d'infrastructures d'accueil et de soin. Face à ce constat, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin lance un projet solidaire : supprimer un jour férié pour financer un « grand plan dépendance » grâce au surcroît de cotisations sociales. L'archive en tête d'article revient sur l'annonce de ce projet  par le gouvernement le 27 août 2003.

Le reportage explique que sur les onze jours fériés et chômés de l'année, le gouvernement Raffarin avait dû réfléchir sur le jour férié le plus simple à supprimer. Commémorations historiques ou fêtes religieuses ? En septembre, le Premier ministre allait se prononcer pour le lundi de Pentecôte. L'église et les Français ne semblaient pas hostiles. Néanmoins, les avis étaient très partagés  comme le montrait un micro-trottoir et la grogne allait enfler, notamment parmi les commerçants.

Une journée solidaire

En octobre 2003, Jean-Pierre Raffarin présentait son plan « personnes dépendantes ». L'archive ci-dessous revient sur le rôle de cette journée de travail gratuit pour les salariés qui devait entrer en vigueur en 2005. L'État espérait ainsi récupérer 1,7 milliard sur 4 ans pour financer le recrutement de 15 000 personnels soignants, la construction de 200 nouvelles maisons de retraite,  l'offre de 10 000 places supplémentaires. Le projet prévoyait également la création d'une nouvelle branche de la sécurité sociale pour gérer les personnes dépendantes et la pérennisation de l'allocation personnalisée d'autonomie.

La loi allait être votée en octobre 2004. Face aux contestations, la loi recommandait l'adoption de cette journée mais pas l'obligation, elle prévoyait de laisser une marge de liberté aux entreprises et aux administrations dans le choix du jour travaillé. L'augmentation de la productivité induite par cette journée de solidarité permettrait à chaque entreprise de verser 0,3% de cotisations supplémentaires à l'état. Désormais les entreprises, les administrations resteraient ouvertes - ou pas - et les enfants iraient en classe le lundi de Pentecôte, mais pas tous. Les parents y voyaient surtout des problèmes de logistique, quant aux syndicats d'enseignants, ils espéraient que le reste de la société s'alignerait sur cette décision.  Un imbroglio s'annonçait avant même la mise en application.

Lundi de Pentecôte : point sur la loi
2004 - 01:38 - vidéo

De la pagaille au revirement

Juin 2005. A quelques jours de la Pentecôte, la grogne s'intensifie et les préavis de grève fleurissent. A Rennes, les crèches et les écoles maternelles s'apprêtent à fermer pour des raisons de sécurité tandis que les collèges prévoient l'ouverture des portes. Les parents sont désemparés!

Le jour J, pour la première journée solidaire, les Français sont nombreux à traîner les pieds pour aller travailler. C'est la cacophonie : grèves, RTT, congés choisis ou offerts par l'entreprise, transports réduits… D'accord pour être solidaires, mais beaucoup se demandent néanmoins où va l'argent? Le syndicat CFTC attaque cette décision devant le Conseil d'Etat et manifeste à Paris.

Deux ans plus tard, pour le gouvernement qui refuse de remettre en cause cette journée : « la cacophonie, c'est de l'histoire ancienne ». Dans les faits, le casse-tête et la confusion perdurent. Qui travaille ? Qui va à l'école ? Qui bulle tranquillement ? C'est toujours la confusion la plus totale. Comment survivre en ce jour de Pentecôte ? Mode d'emploi ci-dessous.

Lundi de Pentecôte, mode d'emploi
2007 - 02:05 - vidéo

Où va l'argent récolté ?

En janvier 2008, face à la difficile mise en œuvre de la mesure, le gouvernement change de braquet : la Pentecôte redevient un jour férié… mais la journée de solidarité continue « à la carte ». Malgré des aménagements, en 2010, la journée de solidarité c'est toujours compliqué et que deviennent les sommes versées à l’État ? La députée socialiste Laurence Dumont alimente la polémique en déclarant qu'une partie des sommes collectées sert à colmater le trou de la sécurité sociale : « aujourd'hui, on ne peut pas parler de sanctuarisation des fonds, puisque des fonds qui ont transité par cette caisse nationale retournent dans le budget de la Sécu. Il y a une déconnexion totale entre les besoins du terrain et l'argent qui est géré. C'est ça que je dénonce ». Le gouvernement dément. État des lieux. 

En 2011, un employé d'une filiale du groupe Carrefour de Cholet qui refuse de travailler le lundi de Pentecôte dépose une plainte devant les Prud’hommes pour inégalité de traitement face à d'autres professions… Il remporte une victoire. En 2013, huit ans après sa mise en application, le flou persistait toujours : 80 % des personnes ne travaillent pas à la Pentecôte, l'ensemble des fonds ne parvient pas toujours aux personnes âgées. Le bilan était mitigé comme le montre le montage rétrospectif ci-dessous.

Pour aller plus loin : 

En 2019, sur les trois milliards récoltés, 60% allaient aux personnes âgées (modernisation des établissements et services médico-sociaux qui accueillent les personnes en perte d’autonomie. Versement de l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), 0,22% du total était alors consacré au renforcement de l’accompagnement des proches aidants.

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