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La mode de la fourrure : les ambiguïtés d'un journaliste en 1957

La mode de la fourrure : les ambiguïtés d'un journaliste en 1957

Le magazine « Elle » va bannir les vêtements de fourrure de ses pages, afin de « promouvoir une mode plus humaine ». Aujourd'hui décriée au nom du bien-être animal, la mode de la fourrure animale était auparavant valorisée comme un objet de luxe, et le plus souvent associée aux femmes. En 1957, un reportage alertait sur le sort des animaux, tout en faisant porter la responsabilité aux femmes.

Par la rédaction de l'INA - Publié le 06.12.2021
Fourrures vivantes - 1957 - 01:34 - vidéo
 

La fourrure animale va disparaître de toutes les éditions et plateformes du magazine de mode Elle afin de « promouvoir une industrie de la mode plus humaine », a annoncé jeudi 2 décembre Valeria Bessolo Llopiz, la directrice internationale de la publication du groupe.

Ces dernières années, de plus en plus de marques de mode ont refusé l’utilisation de fourrures animales, une tendance qui rejoint  une opinion de plus en plus attentive au bien-être animal. Le Monde rappelle qu’en Angleterre, selon  un sondage de YouGov, « 93% des Britanniques refusaient en 2020 de porter de la fourrure ». En Amérique, d’après les données de Research Co , « 71% des Américains s’opposaient à l’abattage des animaux pour leur fourrure ».

Les archives de l’INA montrent l’évolution de la perception du vêtement de fourrure, d’un objet de désir dans les années 1950, 1960 et 1970, à un objet de plus en plus décrié à mesure que la protection des espèces en voie de disparition et la question du bien-être animal s’imposent dans l’opinion à partir des années 1980.

Les années 1950 sont, en toute logique, les années où se manifeste le moins le souci pour le bien-être animal. Les Actualités françaises - le résumé des informations diffusé au cinéma avant les films dans les années 50 et 60 - se font ainsi l’écho des dernières nouveautés de la mode parisienne en matière de fourrure, en filmant des mannequins arborant de lourds manteaux de vison, d’astrakan ou d’Oslo.

« Naïfs que nous sommes »

Cependant, un sujet s’intéresse dès cette époque au sort des animaux : un court reportage, qui présente un élevage de bêtes à fourrures de Chamonix en 1957 et que nous présentons en tête d’article. Mais ce qui est aussi notable, c’est que le commentateur des Actualités françaises prend fait et cause pour le bien-être animal, en reprochant à la seule gent féminine son attrait pour la fourrure animale, quand les hommes, eux, ne verraient « rien d’autre dans ces petits animaux que de joyeux ratons laveurs » : « Naïfs que nous-sommes, ces dames, qui ont l’œil autrement ouvert, y voient elles un manteau de rat d’Amérique pour l’hiver prochain. C’est cela prévoir. »

S’ensuit une liste de Prévert de ces adorables petits animaux qui finiront vite en manteaux (de femme) : « C’est entendu, le ragondin est un animal propre, très propre, très soigné. Mais ne serait-il pas quelque peu en disgrâce cet hiver ? Et ce renard blanc ? Peut-être un manchon ou une cape. Et on finit toujours par en arriver à ces jolis petits animaux. Ce vison Koihnoor, on le voit assez bien en étole. Et ce vison blanc, quel somptueux manteau du soir. » Le journaliste poursuit, magnanime : « Nous autres hommes, nous sommes résolument pour une société protectrice des visons, et particulièrement des Silver Blue, les plus précieux. Comment imaginer qu’un si aussi gentil petit animal de salon puisse être préféré sous une forme aussi passive. Malheureusement, il faut le constater, il y a des limites à la sensibilité féminine, et dans ce cas les hommes et les bêtes le regrettent. »

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