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La crise de l'eau en Guadeloupe, un vieux problème

La crise de l'eau en Guadeloupe, un vieux problème

En pleine crise sociale, la Guadeloupe fait également face à une grave crise d'accès à l'eau potable. Un réseau vétuste, un manque d'entretien, une multiplicité d'opérateurs et un déséquilibre financier ont sinistré le réseau de manière durable. Une situation dont souffre les habitants depuis des décennies.

Par la rédaction de l'INA - Publié le 29.11.2021
 

La Guadeloupe fait face à une grave crise d'accès à l'eau potable. Celle que l'on surnommait autrefois "l'île aux belles eaux" ne manque pourtant pas de ressource, mais son réseau trop vétuste fuit. La situation est critique. En avril 2020, lors de la crise sanitaire du Covid-19, le préfet a dû réquisitionner des opérateurs et des entreprises pour gérer la crise et rétablir un service minimum. Dans le rapport de fin de mission il était mentionné que : "Plus de 1700 km de réseau inspectés et plus de 4 000 fuites réparées ont permis une économie de la ressource en eau de l'ordre de 800 m3/h", il ajoutait que : "On estime qu'il faut détecter et réparer plus de 5000 fuites pour assurer une fiabilisation des tours d'eau avant de commencer à les supprimer".

Diverses raisons sont évoquées pour expliquer cette situation : un manque d'entretien et de renouvellement du réseau, la difficulté financière des multiples gestionnaires du réseau. Un reportage de France info, du 29 novembre 2021, revenait sur la difficulté des collectivités locales à entretenir le réseau dont elles ont pourtant la charge. Les habitants de Mare Gaillard au Gosier faisant part de leur lassitude "face à ce phénomène qui plombe le quotidien". Ces témoignages ne sont pas sans rappeler ceux du passé, car ces coupures d'eau inopinées sont un phénomène ancien et récurrent dans nos archives. A l'instar de ce reportage proposé en tête d'article et diffusé sur RFO en septembre 1989.

Le Gosier à sec

A l'époque, les quartiers de Pliane et L'Houezel dans la commune du Gosier souffraient de pénurie. Une  dame âgée, interrogée, décrivait sa vie sans eau, où le système D remplaçait l'eau du robinet. Elle avait troqué sa machine à laver contre une machine manuelle à remplir au seau. Le commentaire du journaliste expliquait alors qu'il s'agissait d'un problème ancien, aggravé par plusieurs facteurs : "La situation topographique de ces quartiers, aggravée par une poussée démographique". Mais la vétusté du réseau était déjà reconnue. En pleine crise, le syndicat local des eaux et les communes consentaient de gros investissements. Un plan d'urgence devait fournir trois heures d'eau potable par jour à la population.

Mais les crises vont se succéder sur l'ensemble de l'île.  En décembre 1993, c'était à Monnier, au Lamentin, de connaître de graves coupures de distribution d'eau potable.

Laisser-aller

Les habitants manifestaient aussi leur ras-le-bol, comme cette habitante obligée de se lever à 5h00 pour faire sa vaisselle et d'attendre 23h00 pour se doucher : "Vous vous savonnez et vous croyez avoir de l'eau et rien ne sort parce qu'il n'y a pas encore assez de pression. Pour vous doucher, il faut attendre minuit. Vous croyez que c'est normal, ça ?", disait-elle.

D'autres pointaient l'absence d'entretien du réseau. Ce sexagénaire déplorait un laisser-aller : "Il parait que la société des eaux refuse de refaire les canalisations et la société exige que ce soit la municipalité qui fasse les travaux nécessaires. Ce n'est pas possible ! Je ne peux pas admettre que la société soit là pour ramasser les bénéfices et qu'elle ne participe pas aux dépenses". Exaspérés, certains refusaient désormais de payer leur facture d'eau.

Depuis ce reportage, la situation n'a fait que s'aggraver. L'archive ci-dessous décrit la situation en 2018. 37% des Guadeloupéens ne payaient plus leur facture d'eau.  Un rapport gouvernemental pointait de graves manquements et des gabegies dans la gestion de l'eau potable.  Le SIAEAG qui gérait 60% du réseau affichait une dette colossale de 100 millions d'euros. En février 2018, l'Etat votait un plan d'urgence de 71 millions d'euros pour financer 38 projets, consacrés en priorité au renouvellement des réseaux. Interrogée sur la situation, Lucette Michaud-Chevry, présidente de la communauté d'agglomération Grand Sud Caraïbe se voulait philosophe, demandant encore plus de patience aux habitants.

Guadeloupe : le scandale de l'eau
2018 - 06:18 - vidéo

"Il y a un milliard de travaux à faire ici. Peut-on le faire avec une baguette magique ? II faut le temps de le faire et la population doit le comprendre... on est dans une société où on n'a pas le plaisir d'attendre. C'est un plaisir aussi de savoir attendre et de constater qu'on a réussi". (Lucette Michaud-Chevry)

Le 9 novembre 2019, Emmanuel Macron assurait dans un communiqué que l'Etat soutenait "la mobilisation des élus de Guadeloupe (...), et notamment les travaux d'urgence pour la suppression des tours d'eau [un calendrier censé alimenter les communes en alternance] et la création d'un syndicat unique en 2020". C'est chose faite, le SMGEAG a remplacé en septembre les anciennes régies. La rénovation est en cours, mais prendra des années, et devra être financée. Une attente qui pourrait encore attiser les tensions.

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