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L’Ukraine, le nouvel Eldorado des céréaliers français

L’Ukraine, le nouvel Eldorado des céréaliers français

Le conflit russo-ukrainien pourrait entraîner une montée des cours des céréales et générer une augmentation massive du prix du blé. Connu pour être le « grenier de l’Europe », l’Ukraine est aussi devenue depuis une dizaine d’années, une manne inépuisable pour les céréaliers français.

Par la rédaction de l'INA - Publié le 25.02.2022
 

L’offensive militaire de Vladimir Poutine en Ukraine risque de déstabiliser l’économie céréalière mondiale. En effet, ce pays d’Europe est le principal producteur de blé de la planète grâce à ses terres noires très fertiles, le tchernoziom, et son climat favorable à la culture des céréales. Un conflit long pourrait provoquer une augmentation massive du cours des céréales dans les mois à venir, et on le sait moins, mettre en péril l'activité de certains céréaliers français installés sur place depuis les années 2010.

L'archive en tête d’article date de 2011, elle décrit l’importance de la production agricole ukrainienne et le développement des investissements étrangers dans son agriculture. A l’époque, le pays envisageait de développer sa productivité et d'attirer les investisseurs étrangers. Quelques Français avaient tenté l'aventure.

Les fameuses « terres noires d’Ukraine » attiraient déjà toutes les convoitises. Le reportage présenté en tête d’article dresse le portrait de deux pionniers, des agriculteurs français installés sur place. Florian Garnier s’est installé à Vroublivka depuis quelques années. Dans ses champs à perte de vue, sur 2500 ha, il fait pousser des céréales : « Plus de 200 fois la taille d’une exploitation française » précise le commentaire.

L’agriculteur fait travailler une quinzaine de salariés. Avec son associé Guillaume, ils ont investi plus de 2 millions d’euros en Ukraine. Ce qui les intéresse alors c’est « avant tout l’aventure », mais pas que, « c’est vrai qu’en France, les terres, il y en a de moins en moins, c’est hors de prix. »

Des terres louées

En cette année 2011, les Français louent l’hectare 50 euros. Après l’époque soviétique, chaque parcelle de terre de cet ancien kolkhoze a été redistribuée à la population, « chaque paysan est devenu propriétaire de 2 ou 3 hectares ». Oui mais voilà, ils n’ont bien souvent pas les moyens de la cultiver, alors ils la louent. C’est le cas de Viktor qui a conservé un potager et loue le reste aux Français, travaillant pour eux comme salarié de leur exploitation. Satisfait de cet échange, il déclare : « La vie s’est bien améliorée, les salaires ont augmenté, les conditions de vie sont bien meilleures qu’avant. Ça se voit nettement sur le budget des familles du village. »

Mais ces Français ne sont pourtant que de petits exploitants face aux immenses agro-holdings qui se développent alors sur ce marché, allant jusqu’à cultiver 50 000 hectares. Dans la suite du reportage, Jean-Jacques Hervé, ancien conseiller du gouvernement ukrainien sur l’agriculture assure que ce phénomène ne fait que commencer. Précisant que l’Ukraine produit 50 millions de graines par an, il décrit les avantages du pays qui « pourrait en produire entre 80 et 100 millions et sans avoir à déforester comme dans certaines régions du monde. Sans avoir à attaquer des milieux naturels sensibles, et en ayant simplement à valoriser ces formidables terres noires d’Ukraine. Et un climat qui est quand même relativement favorable à l’agriculture », conclut-il.

Pour accroître sa production, le gouvernement ukrainien souhaite alors lever le moratoire sur la vente des terres provoquant l’inquiétude de l’opposition.

2018 : les avantages de la délocalisation

En 2018, dans le reportage ci-dessous, l’Ukraine et ses 471 millions de terres agricoles sont présentées comme le « nouvel Eldorado » des céréaliers français. Malgré le conflit avec la Russie en cours depuis 2014, ils sont de plus en plus nombreux à louer d’immenses superficies sur place et à employer une main d’œuvre très bon marché (600 euros/mois). Un exploitant de 10 000 ha de terres (soit la superficie de Paris) décrit les avantages de ce modèle économique, avec des coûts de production 2 ou 3 fois moins élevés qu’en France, pour un bénéfice important de l’ordre de « 2 millions d’euros par an. C’est bien plus rentable que ce que l’on peut faire en France », ajoute-t-il fièrement. A cela s'ajoute une législation plus souple en matière d’utilisation de pesticides et pas d’imposition. Le modèle ukrainien a tout pour séduire les investisseurs agricoles, l'un d’eux précisant : « J’ai l’impression de ne rien devoir à personne ! »

Sur place, cette omniprésence étrangère semble chagriner quand même le maire d’un village interrogé, « on a de très bonnes terres et de voir d’autres agriculteurs qui le font mieux que nous, oui, c’est vexant, humiliant ».

Pour aller plus loin : 

En 2014, lors de la précédente crise ukrainienne, les prix des céréales s’étaient envolés. A Castelnaudary, les dirigeants de la coopérative audoise Arterris, l’une des plus importantes en France, spécialisée dans la céréale, avaient les yeux rivés sur les cours du maïs. « Si le sud de l’Ukraine devenait demain sous obédience russe, il est clair qu’il peut y avoir des éléments qui viennent augmenter les coûts d’exports ». (Jean-François Gleizes, président délégué d'Artemis)

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