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L'émotion de Charles de Gaulle à Vichy en 1959

L'émotion de Charles de Gaulle à Vichy en 1959

Emmanuel Macron s'est rendu à Vichy mercredi 8 décembre. Il s'est recueilli devant un monument érigé en mémoire des déportés. En 1959, le général de Gaulle était lui aussi venu à Vichy. Il y avait prononcé un discours de réconciliation.

Par Florence Dartois - Publié le 07.12.2021 - Mis à jour le 09.12.2021
 

Dans le cadre de sa tournée des petites et moyennes villes françaises, le président de la République s'est déplacé le 8 décembre à Vichy d’où il a présidé le Conseil des ministres depuis la sous-préfecture de l’Allier. Dans l’après-midi, Emmanuel Macron a visité plusieurs projets soutenus par l'Etat et qui avaient été lancés en réponse aux promesses faites lors de la crise des gilets jaunes pour désenclaver les zones rurales. Le chef de l'Etat s'est également recueilli devant le monument en mémoire des déportés. Un geste solennel dans une ville qui fut le siège du gouvernement de Pétain durant l'occupation allemande.

Avant Emmanuel Macron, le général de Gaulle s'était aussi déplacé dans la cité thermale. L'archive en tête d'article est un extrait du discours qu'il prononça sur le perron de l'hôtel de ville lors de cette visite le 17 avril 1959. Une visite hautement symbolique, pour lui, et pour les habitants. Car près de 15 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le président français arrivait à Vichy dans une ville encore marquée par le souvenir de la présence du gouvernement dirigé par le maréchal Pétain entre le 10 juillet 1940 - après la défaite de la France face à l'Allemagne - et le 20 août 1944, date de l'arrivée des Alliés.  

À Vichy, le général de Gaulle n'avait pas oublié que le 2 août 1940, le gouvernement l'avait condamné à mort par contumace pour « trahison, atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat, désertion à l’étranger en temps de guerre, sur un territoire en état de guerre et de siège ». L'apprenant, Charles de Gaulle avait rétorqué : « Les vieillards [Pétain et Weygand] qui se soignent à Vichy emploient leur temps et la passion à faire condamner ceux qui sont coupables de continuer à combattre pour la France (...) Maintenant, la France est à reconquérir. Il n’y pas de France sans épée. Je suis un soldat français à qui, pour l’instant, incombe le grand devoir de parler seul au nom de la France. » Il faisait également savoir qu’il tenait ces jugements pour « nuls et non avenus ».

L'émotion d'un homme

Cette visite officielle et sa rencontre avec les Vichyssois marquait alors un point d'orgue de sa politique de réconciliation nationale. Acclamé par une foule nombreuse, le chef de l'Etat a commencé par remercier les Vichyssois de leur accueil chaleureux, tout en leur avouant pudiquement son trouble à se retrouver dans cette ville, témoin des heures sombres de l'histoire et de son histoire personnelle : « Je vais vous faire une confidence, vous ne le répéterez pas, je suis obligé de dire qu'il y a un peu d'émotion pour moi à me trouver officiellement à Vichy. Vous en comprenez les raisons. » Dans la suite de son allocution, le général de Gaulle affichait clairement son désir d'unité : « Nous enchaînons l'histoire. Nous sommes un seul peuple, quoi qu'il nous soit arrivé. Les péripéties ont pu être ce qu'elles furent. Les événements sont ce qu'ils ont été. » Devant la foule l'applaudissant, il poursuivait avec solennité, tout en joignant ses deux mains en signe d'union : « Nous sommes le seul, l'unique peuple français. Et c'est à Vichy que je l'ai dit ! ».

Le président de Gaulle achevait son discours par un message d'espoir en l'avenir : « Tout le monde sent que nous sommes engagés actuellement, au point de vue international, dans une période décisive. Et tout le monde sent que jamais la voix et l'action de la France n'ont jamais été plus utiles au monde qu'elles ne le sont aujourd'hui. Mes chers concitoyens, voilà ce que j'avais à vous dire. »

Ainsi s'achevait ce moment fort de communion entre un général, condamné à mort par le gouvernement de Vichy, et les habitants d'une ville, victimes collatérales des agissements d'un gouvernement qu'ils n'avaient pas choisi.

Vichy
1979 - 06:39 - vidéo

Un Vichyssois décrit l'injustice dont ont été victimes les habitants de la ville à cause de l'ancienne présence du gouvernement de Pétain : « On disait Vichy a fait ça, mais Vichy n'était pas responsable des gens qui étaient repliés ici... J'ai le sentiment d'avoir été victime d'une injustice. Nous sommes encore dans une période où il est difficile de parler à cœur ouvert. Il en reste quelque chose. »

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