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L’avènement du design pour tous dans les années 70

L’avènement du design pour tous dans les années 70

Le design industriel français est à l'honneur du musée des Arts décoratifs, avec l'exposition « Le design pour tous : de Prisunic à Monoprix, une aventure française » jusqu'au 15 mai 2022. L'occasion de revenir sur l'essor en France de la fabrication sérielle des objets d'intérieur et de décoration. Un reportage de 1971 présentait aux téléspectateurs le design comme une nouvelle tendance majeure, et le  replaçait dans le contexte plus large de l'architecture et de la vie sociale.

Par la rédaction de l'INA - Publié le 09.12.2021
Le Design - 1971 - 11:00 - vidéo
 

Le musée des Arts Décoratifs présente jusqu'au 15 mai 2022 l’exposition « Le design pour tous : de Prisunic à Monoprix, une aventure française ». Pour la première fois, le musée parisien va consacrer une rétrospective aux objets de design vendus dans l’univers de la grande distribution française, et notamment l’enseigne Prisunic. Selon France Info, « la chaîne de magasins, née en 1931, introduit en France, dès 1946, le marketing selon le modèle américain et démocratise, dès la fin des années 1950, le mobilier et l’habillement contemporains de qualité. "Le beau au prix du laid" devient le slogan officiel créé par Denise Fayolle, directrice du bureau de style de 1957 à 1967 ».

Dans nos archives, nous avons retrouvé un reportage consacré à l’essor du design industriel français. Diffusé le 20 octobre 1971 dans l’émission « Vingt-quatre heures sur la deux », le reportage en tête de cet article est le témoin d’une époque, où, selon le commentaire du journaliste Jean-Pierre About, « le design français est en plein essor, se vend bien, […] en faisant entrer autant de devises étrangères que la haute-couture. On ne le trouve plus uniquement que dans les boutiques snob de Saint-Germain-des-Prés, il a envahi les grands magasins dans toute la France ». Et pourtant, selon le même journaliste, « très peu de gens savent [alors] exactement ce qu’est le design ».

Inspiration créatrice

Pour évoquer cette nouvelle tendance en vogue dans une France où la société de consommation bat son plein, l’architecte et designer Marc Held (né en 1932) est interviewé dans son atelier. Au milieu de ses collaborateurs, devant les modèles de chaises sur lesquelles il travaille, ce dernier explique : « On vient me voir et on me dit : "voilà, il faut faire une chaise qui ne vaille pas plus de 80 francs prix public, qui soit empilable, dans laquelle on soit bien assis, qui puisse servir dans des conventions ou dans un appartement". Je réfléchis et je pense que ça pourrait se faire avec de la tôle, comme pour la fabrication des automobiles […] Je me fais confirmer par les techniciens, par les ingénieurs, et les fabricants [de la faisabilité d’un tel projet] ».

La deuxième partie du processus commence une fois que tous les acteurs du projet sont d’accord, le travail plus créatif peut alors commencer : « J’invente une forme qui correspond à ces données techniques. A ce moment, mon inspiration créatrice […] va pouvoir jouer. Notre travail, avec les techniciens, correspond au travail des gens du Moyen Age et de la Renaissance. On travaille pendant des mois si nécessaire pour faire de la sculpture sur les formes, pour que ça fonctionne d’une part, mais pour que ça nous donne du plaisir aussi ».

Le laid se vend mal

Le reportage donne à voir quelques exemples d’intérieurs typiques de ce début des années 1970. Couleurs acidulées, où prédomine le jaune et l’orange, formes rondes et géométriques, modernité. Selon Jean-Pierre About, l’avènement du design pour tous, c’est cela : « Créer un objet utile pour la vie de tous les jours, utiliser des matériaux et des techniques qui permettront de le vendre à un prix abordable à tous les budgets, mais faire en sorte que l’objet soit de bonne qualité et qu’il procure du plaisir aux usagers. Les industriels sont obligés de faire appel à des artistes et à de bons artisans, non par philanthropie mais parce que l’expérience commence à leur montrer que la laideur se vend mal ». Et si ces objets rencontrent un tel succès, c’est peut-être, suggère le reportage, parce que l’architecture moderne pose question : « Le public juge, c’est lui qui va décider si le produit fini correspond à ses goûts, à ses besoins, et aussi à son budget. La tristesse de l’architecture actuelle force l’usager à rechercher un mobilier qui rendra son habitation vivable ».

Mais alors qu’en ce début des années 1970 poussent les tours de La Défense et les cités dortoirs dans les périphéries des villes, le reportage juge insuffisante cette créativité du design pour le bonheur des gens, reprochant à l’architecture de ne pas suivre ce foisonnement d’idées et de propositions propres aux objets : « Les créateurs industriels ont mauvaise conscience. Humaniser l’intérieur de tours où des populations entières sont stockées pour travailler ou pour dormir ne suffit pas. Une ville ne doit pas être uniquement fonctionnelle, elle doit procurer du plaisir à ses habitants. Ils souhaiteraient que là aussi ce soit aux créateurs, aux artisans, de proposer des constructions que le public puisse choisir ».

Pour Marc Held, qui revendique son statut d’ « artisan » « populaire », malgré le changement dans les moyens de production devenus « sériels », le designer se doit en effet « de penser […] à des conceptions beaucoup plus larges de la transformation du monde. Notre transformation part du meuble, de l’objet, pour aller vers la maison, vers la rue, vers la ville ».

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