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«Sale juif» : la violence crue de l'antisémitisme racontée par des enfants en 1978

«Sale juif» : la violence crue de l'antisémitisme racontée par des enfants en 1978

Le viol d'une adolescente de confession juive de 12 ans, à Courbevoie, par trois mineurs replace l'antisémitisme au cœur de la campagne des législatives. L'âge et la violence des agresseurs questionnent et force est de constater que les victimes d'actes antisémites sont de plus en plus jeunes. Les archives de la télé traitent-elles de ce sujet ? Nous avons retrouvé un programme qui interrogeait de jeunes écoliers de confession juive sur l'antisémitisme.

Par Florence Dartois - Publié le 20.06.2024
 

L'ACTU.

Samedi 15 juin 2024, une jeune fille de 12 ans a été agressée et violée par trois adolescents, tous mineurs. Au cours de l'agression, l'un d'eux a demandé à sa victime pourquoi elle cachait ses origines juives. Selon les premières déclarations de la victime, l'un des agresseurs a filmé la scène.

Les enfants ne sont pas épargnés par l'hostilité à l'égard des juifs. En novembre 2023, quelques semaines après l'attaque du Hamas du 7 octobre et alors que les actes antisémites se multipliaient, le député LR Philippe Juvin avait affirmé sur Sud Radio que deux tiers des enfants juifs en France n'allaient plus à l’école publique laïque et républicaine, parce qu’ils se faisaient molester en raison de leur appartenance à la religion juive.

Nous avons retrouvé un programme de 1978 qui avait abordé cette question, avec les intéressés : les enfants. Laissons-leur la parole

L'ARCHIVE.

« Tu as déjà rencontré toi, Isabelle, des gens qui n'aimaient pas les juifs » ? C'est par cette question en apparence naïve que commençait une émission proposée par le grand rabbin Josy Eisenberg. Ce 18 juin 1978, le magazine « Source de vie », diffusé sur TF1, avait pour titre, « La grande peur : Histoire de l'antisémitisme ». Réalisée par le grand rabbin, elle traitait de la violence perpétrée à l'encontre des juifs dans l'histoire et était illustrée d'interviews d'enfants sur leur expérience de l'antisémitisme. Ces filles et garçons entre 10 et 13 ans étudiaient dans une classe d'enseignement religieux du Mouvement libéral juif de France. Isabelle acquiesçait, expliquant que les gens ne cachaient pas leurs opinions.

Une expression, en particulier, revenaient chez plusieurs écoliers : « sale juif ». Mi-gênés mi-figés, chacun d'eux racontait une expérience vécue individuellement, mais partagée de tous.

Une étude avait tenté de décrire comment les enfants vivaient cet antisémitisme lorsqu'ils y étaient confrontés. Elle avait donné lieu à une brochure que décrivait ensuite Colette Kessler, cofondatrice du Mouvement juif libéral, expliquant que cette étude était née d'une initiative judéo-chrétienne pour établir le type de relation qu'avaient les enfants dans les deux confessions.

Dans l'extrait suivant, les enfants décrivaient le grief le plus couramment entendu, celui selon lequel les juifs étaient responsables de la mort de Jésus. L'occasion pour le rabbin de leur demander, avec une pointe d'humour, ce qu'ils pensaient de cette accusation et de leur expliquer qu'elle constituait l'un des piliers de l'antisémitisme.

Le grand Rabbin leur demandait ensuite s'il y avait beaucoup d'antisémites dans la société. L'occasion pour eux, surtout pour deux fillettes, d'évoquer les nombreuses insultes dont - ils et elles - étaient victimes et de discuter la notion de dissimulation - ou pas - d'éventuels signes affichés de leur judaïté.

« Moi, je trouve très bien de montrer qu'on est catholique ou juif, il n'y a pas de différences, sauf que c'est pas les mêmes fêtes ni la même religion (...) moi, on me traitait de tous les noms... »

Après ces témoignages poignants, la parole revenait à Colette Kessler qui précisait que la situation s'était cependant améliorée. Elle notait une diminution des attaques antisémites et encourageait le développement d'un enseignement chrétien « positif envers le judaïsme ». Pour ce faire, elle conseillait de se référer à la brochure éditée par le centre national de l'enseignement religieux, A l'écoute du Judaïsme. Elle préconisait notamment d'enlever toutes les allusions anti-juives des programmes éducatifs.

L'émission s'achevait, comme elle avait débuté, par la parole laissée aux enfants. Cette fois, le ton était plus enjoué, car il était question des « meilleurs amis ». Pour eux, la confession importait peu et la plupart des enfants présents confiaient que leurs vrais amis étaient aussi bien juifs que catholiques et que cela ne posait généralement pas de problème.

Ainsi s'achevait cette enquête, sur un ton optimiste qui parait si lointain, à la lumière de l'agression de Courbevoie, qui a replacé l'antisémitisme au centre du débat politique. Le premier ministre Gabriel Attal a appelé, sur TF1, l'ensemble des partis « à mettre des digues sur la question de l'antisémitisme ».

Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur communiqué le 7 juin 2024, l'antisémitisme aurait bondi de 300% depuis le début de l'année 2024 (366 faits contre 122 pour la même période en 2023).

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