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Jean Amadou décrypte les (grosses) ficelles du débat politique

Jean Amadou décrypte les (grosses) ficelles du débat politique

Voix des ondes radiophoniques et figure du petit écran, Jean Amadou est mort le 23 octobre 2011 à l'âge de 82 ans. Chansonnier et chroniqueur, il n'hésitait pas à épingler les travers des hommes politiques, à l'image de cette brillante démonstration de langue de bois.

Par Florence Dartois - Publié le 21.10.2021
 

Jean Amadou fut l'un des créateurs, avec Jean Roucas et Stéphane Collaro, du Bébête show, ce programme humoristique célèbre des années 80. Mais quelques années auparavant, le chansonnier officiait déjà sur le petit écran, aux côtés de ses complices Jean Bertho et Anne-Marie Carrière, dans une émission délicieusement impertinente, "C'est pas sérieux", où ils commentaient l'actualité.

L'archive en tête d'article est un extrait de l'émission du 15 mai 1977, dans lequel Jean Amadou dévoile tout ce qu'il faut savoir pour "démonter les trucs" utilisés par les hommes politiques au cours d'un débat à la télé. Un exposé basé sur ce qu'il venait d'observer lors du débat Raymond Barre – François Mitterrand, diffusé quelques jours plus tôt, le 12 mai sur TF1. Ce décryptage est toujours d'actualité.

"Noyer le poisson"

Dans un décor de débat politique, Jean Amadou se glisse dans la peau d'un homme politique. La première situation qu'il propose de décrypter est de reconnaître lorsqu'un politicien ne sait pas quoi répondre à une question embarrassante. Jean Bertho joue son interlocuteur. "Le premier principe, c'est le sourire", affirme-t-il joyeusement. Jean Amadou montre comment le politique arrive à "noyer le poisson", en maniant l'art de la langue de bois. Il ira même jusqu'à se faire chronométrer pour prouver que cet art subtil permet de gagner de précieuses secondes sans jamais répondre.

Pour "noyer la réponse", l'humoriste dévoile une seconde technique très prisée par les politiques chevronnés : répéter la question et y ajouter quelques chiffres, ou renvoyer la question à l'interlocuteur. Les deux Jean vont démontrer l'intérêt de la méthode à partir de la question : "Avons-nous eu un beau mois de mai" ?".

Dans tout débat, il est question de déstabilisation, et pour désarçonner l'opposant, Jean Amadou préconise l'usage d'une "citation gênante" de l'adversaire. Il explique ensuite que lorsque les deux opposants politiques sont enferrés dans une question épineuse, il leur reste à faire appel aux journalistes qui sont là pour relancer le débat : "Si vous le voulez bien, l'heure tourne…".

"Envelopper le paquet"

Mais la technique la plus vile et la plus gratifiante aussi, selon l'humoriste, est celle de la flatterie : ou comment utiliser la courtoisie pour désarmer son adversaire. Pour Jean Amadou, l'amabilité cache toujours une méchanceté : "en envoyant immédiatement une vacherie après". Une seule règle : ne jamais être grossier, car "les Français n'aiment pas ça", ajoutant malicieusement, "il y a une manière d'envelopper le paquet". Il se lance dans une démonstration  : "Vous êtes un homme cultivé, extrêmement intelligent…", la fin sera moins agréable.

Voici comment, dans le vrai débat opposant Raymond Barre (premier ministre) à François Mitterrand (premier secrétaire du Parti socialiste), le premier utilise cette technique de "l'emballage" face au socialiste, pas dupe de la manoeuvre.

Débat entre Raymond Barre et François Mitterrand à propos du  programme commun de la gauche.

Conclure en beauté

Jean Amadou arrive au terme de sa démonstration par l'importance de la conclusion d'un débat, expliquant que François Mitterrand et Raymond Barre avaient été "remarquables dans les 5 minutes qu'ils avaient chacun pour faire leur conclusion. Pourquoi ? Parce que la conclusion, c'est le seul moment du débat qu'ils avaient absolument appris par cœur. Ils la savent parfaitement, ils l'ont répétée, chaque matin, depuis 8 jours devant la glace en se rasant".

Jean Amadou explique que tout l'art du bon débatteur, c'est de faire croire aux téléspectateurs que l'on improvise, alors que tout est prémédité. Rendant hommage à leur talent, il ajoute : "et ça, c'est un art du comédien". Visiblement impressionné par leur performance, il poursuit son hommage : "Ils arrivent à réaliser l'exploit sportif de rester tendus nerveusement. Ça équivaut presque à monter le Tourmalet en récitant le Cid !", conclut-il ironiquement. A la demande de Jean Bertho, Jean Amadou réalisera ce même exercice à partir du texte de la Marseillaise. Truculent!

Nous vous proposons d'apprécier les talents de comédiens en visionnant la conclusion "interprétée" par les deux dirigeants politiques dans le débat du 12 mai 1977.

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