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Jacques Tati, les touches de couleur de "Jour de fête"

Jacques Tati, les touches de couleur de "Jour de fête"

France 5 diffuse ce lundi "Jour de fête", le premier film de Jacques Tati. Projeté en noir et blanc, il avait pourtant été tourné en couleur. Découvrons les secrets de fabrication de ce long métrage culte, racontés par Tati lui-même quelques années plus tard.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 02.05.2019 - Mis à jour le 04.10.2019

Jacques Tati, les touches de couleur de "Jour de fête"

France 5 diffuse ce lundi "Jour de fête", le premier film de Jacques Tati. Projeté en noir et blanc, il avait pourtant été tourné en couleur. Découvrons les secrets de fabrication de ce long métrage culte, racontés par Tati lui-même quelques années plus tard.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 02.05.2019 - Mis à jour le 04.10.2019
Présentation "Jour de fête" - 1964 - 03:56 - vidéo
 
Présentation "Jour de fête" - 1964 - 03:56 - vidéo
Le 4 mai 1949, "Jour de fête", le premier film de Jacques Tati, sortait au cinéma. Projeté en noir et blanc, il avait pourtant été tourné en couleur. Découvrons les secrets de fabrication de ce long métrage culte, racontés par Tati lui-même quelques années plus tard.

En novembre 1964, le film colorisé ressort enfin en salle, à cette occasion, pour le Journal de Paris, Jacques Tournois interrogeait Tati sur l'utilisation de la couleur dans cette nouvelle version.

"J'ai fait des essais couleur pendant la période de la fête, j'ai essayé, non pas que les drapeaux soient en noir et blanc - ce qui est quand même faux - mais qu'ils soient bleu blanc rouge et les guirlandes également de couleur."

Lorsque le journaliste s'étonne que son film n'ait été colorisé que sur quelques détails et éléments, Jacques Tati lui répond : "Oui, à vrai dire pour les cinéastes, enfin c'est un bien grand mot, ceux qui font des films, la difficulté c'est de mettre la couleur là seulement où eux le voudraient. Il y a un problème car il y a tout le temps trop de couleur. Je vais vous donner un exemple. On demande aux gens qui circulent à Orly, qui ont l'habitude d'y aller, on leur donne une photo noir et blanc et on leur dit "mettez de la couleur" et bien, ils se trompent toujours. Parce que dans le fond, il n'y a pas une telle mémoire dans la couleur. Je crois que ce qu'ils savent c'est que les sens interdits sont rouges, les voitures de pompiers sont rouges mais le reste, ils ne le savent pas. Et je crois que ça gêne pour raconter l'histoire car l'auteur a toujours trop de couleurs."

Dans cette version, il a donc choisi de mettre des touches de couleurs sur certains éléments, ce qui pourrait surprendre, il s'en amuse : "Ce sont des histoires d'Epinal. Ça choque un peu sur le moment, au début et puis après, quand on ne le revoit qu'en noir et blanc, on trouve qu'il manque quand même quelque chose."

Pour son prochain film (Playtime), il veut procéder de la manière identique et veut "tenter de raconter aux spectateurs une image en couleur. Ce que j'avais déjà essayé dans Mon oncle où j'avais mis les tuyaux en rouge dans une usine grise… Je crois que le spectateur a trop de choses à voir en même temps. Il voit la couleur. Il faut lui raconter des histoires."

Onze ans plus tard, en 1975, dans l'émission Hiéroglyphes, le cinéaste approfondit encore sa réflexion sur l'usage de la couleur dans Jour de fête en décrivant une séquence du film, imaginée pour la couleur : c'est l'arrivée des forains au village qui apporte la couleur (la loterie, le manège des chevaux de bois) sur la petite place sombre, avec les paysans vêtus de noir. "En ouvrant les paniers… la couleur arrivait et donnait de l'importance à la fête par cet apport de couleur."

Il poursuit, "la fête terminée, on ouvrait à nouveau les paniers et on remettait la couleur dans les chariots et les voitures de forains repartaient, quittaient ce petit village noir et blanc et sépia et repartaient en emmenant la couleur."

Il faudra finalement attendre 1995, pour que le film ressorte entièrement en couleur, tel que l'avais pensé le cinéaste. A l'occasion de cette ressortie, Pierre Tatischeff, le fils de Jacques Tati explique à Vincent Perrot et Pierre Tchernia la manière dont fut tourné le film en 1947, avec une caméra Thomson-Color pour la partie en couleur : "Les premiers plans ont été tournés avec la couleur. C'était priorité à la couleur pour les problèmes de lumière et la sécurité, c'était le noir et blanc. Les caméras étaient décalées de deux ou trois mètres, ce qui veut dire que par rapport au noir et blanc, il y a certains cadres qui ont changé mais ce n'est pas énorme et que le jeu du personnage du facteur est un peu différent. Sur la couleur, il était un peu moins échauffé." Il raconte ensuite comment il est parvenu à reconstituer le film à l'aide de toute une chaîne technique et de procédés français : "on s'est tous retrouvés à bricoler comme Tati avait dû bricoler en 1947."

Jour de Fête est le deuxième plus gros succès annuel en France, en 1949, avec 6.679.000 entrées. Cette même année, il recevait le prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise et l'année suivante, le Grand prix du cinéma français.

Pour aller plus loin

Le synopsis

Des forains s'installent dans un calme village. Parmi les attractions se trouve un cinéma ambulant où le facteur découvre un film documentaire sur ses collègues américains. Il décide alors de se lancer dans une tournée à "l'américaine".

Les acteurs

Jacques Tati, Paul Frankeur, Guy Decomble, Roger Rafal, Jacques Beauvais, Robert Balpo...

Tati parle de cinéma

En février 1977, sur le plateau de l'émission, Les rendez-vous du dimanche de Michel Drucker, Jacques Tati évoque sa traversée du désert après Playtime et ses difficultés financières (ses films ont été saisis et ses négatifs mis aux enchères…). Il donne les raisons de la ressortie de Jour de fête

Dans la même émission, il évoque le tournage de Jour de fête et la Première qui s'est déroulée dans le village de Sainte-Sévère, lieu du tournage.

Plus de contenus sur Jacques Tati 

Saint-Sévère, le village rendu célèbre par Tati

En janvier 1995, reportage à Sainte-Sévère, dans l'Indre à l'occasion de la sortie du film de Jacques Tati Jour de fête dans sa version couleur. Témoignages d'habitants du village qui ont été acteurs dans le film ou qui se souviennent du tournage et extrait du film en couleur. 

En 1998, reportage à Sainte-Sévère. Roger Moride, assistant opérateur sur le film, est venu retrouver les habitants pour célébrer le cinquantième anniversaire du tournage. Il raconte des anecdotes sur le tournage et la façon dont celui-ci a bouleversé la vie du village. Témoignage de l'actrice Maine Vallée qui tourna dans le film.

2007. Soixantième anniversaire du tournage de Jour de fête. A Sainte-Sévère-sur-Indre dans l'Indre, le village fait la fête et rend hommage au réalisateur avec une fête quasiment identique à celle du tournage avec manèges et costumes d'époque. Gisèle Lamy, Jean-Claude Laruelle, se souviennent du tournage et de leur rôle de figurants. 

L'heure d'été : Sainte-Sévère maison Jacques Tati (19/20 Edition Centre, 28 août 2009)

Hommage à Jacques Tati à Sainte-Sévère sur Indre (19/20 Edition Centre Val de Loire, 30 avril 2017)

Florence Dartois


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