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Jacques Marseille : le New Deal et la montée des nationalismes

Jacques Marseille : le New Deal et la montée des nationalismes

A la veille de ses 100 jours à la tête des Etats-Unis, Joe Biden a présenté mercredi 28 avril au Congrès américain son programme de relance. Certains le compare au New Deal de Roosevelt. L'historien Jacques Marseille revient sur ce plan, mis en place après la crise de 1929, pour relancer le pays.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 29.04.2021 - Mis à jour le 29.04.2021

Jacques Marseille : le New Deal et la montée des nationalismes

A la veille de ses 100 jours à la tête des Etats-Unis, Joe Biden a présenté mercredi 28 avril au Congrès américain son programme de relance. Certains le compare au New Deal de Roosevelt. L'historien Jacques Marseille revient sur ce plan, mis en place après la crise de 1929, pour relancer le pays.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 29.04.2021 - Mis à jour le 29.04.2021
La crise de 1929 : relance et nationalismes - 1993 - 03:39 - vidéo
 
La crise de 1929 : relance et nationalismes - 1993 - 03:39 - vidéo
A la veille de ses 100 jours à la tête des Etats-Unis, Joe Biden a présenté mercredi 28 avril son programme de relance. Certains le compare au New Deal de Roosevelt. L'historien Jacques Marseille revient sur ce plan, mis en place après la crise de 1929, pour relancer le pays.

A peine arrivé au pouvoir, le nouveau président américain Joe Biden a lancé un grand plan de relance à coup de milliards de dollars. Du jamais vu depuis le New Deal que le président F. D. Roosevelt avait instauré après la grande dépression de 1929 dans le but de sortir son pays du marasme économique. Tout comme son prédécesseur, Joe Biden ambitionne de replacer les Etats-Unis au premier rang mondial et de restaurer la prospérité intérieure. Dans son budget de près de 4000 milliards de dollars, la moitié de cette gigantesque manne financière sera consacrée à la rénovation des infrastructures américaines qui tombent en ruine, l'autre moitié des dépenses sera orientée vers la classe moyenne, par le biais d'aides financières et de mesures en faveur de l'emploi et de l'éducation.

Relancer des grands travaux, renouer avec le plein emploi, autant de mesures déjà utilisées par F. D. Roosevelt entre les deux guerres mondiales. Un schéma classique de relance selon l'historien Jacques Marseille. Le spécialiste d'histoire économique décrit ses rouages et ses dérives, dans cet entretien accordé à Laure Adler, le 30 novembre 1993 pour l'émission "Les brûlures de l'histoire", consacrée à la crise de 29 aux Etats Unis et en Europe.

L'emploi au coeur

L'agrégé en histoire commence par décrire l'idée centrale du New Deal : "Les grands travaux, employer des gens dans l'idée qu'on va leur distribuer un salaire, qu'ils vont consommer et créer des emplois, c'est classique" souligne-t'il avant de replacer ce New Deal dans son contexte historico-économique : "Une période où l'on ne se souciait pas de l'efficacité économique, ni des entreprises et où les dévaluations étaient un outil de rééquilibrage monétaire."

Après la grande crise de 1929, l'objectif de Roosevelt, c'est donc uniquement l'emploi : "On ne se soucie que de résoudre un problème social qui est de trouver des emplois. Et les mesures classiques qui vont être prises, ce sont les grands travaux, mais surtout, ce qui va accélérer la relance (…) ce sont les dépenses d'armement dans un climat international qui est quand même très guerrier", souligne l'historien. Ce New Deal s'inscrit dans une période particulière, celle des années 30 et de la montée du totalitarisme, qui mènera au nazisme en Allemagne et au fascisme italien. Laure Adler lui demande s'il existerait un lien "entre le chômage, des populations perdues et la montée du totalitarisme"? Jacques Marseille reconnait que ce qui a exacerbé les nationalismes et la xénophobie, c'est bien la crise économique car elle a "fractionné les espaces économiques". Il ajoute qu'on assiste alors à un effondrement du commerce international (de 69%), "donc dans tous les pays, on a instauré des droits de douanes, on a installé des contingentements. On s'est protégé. On a des images qui assènent : "Achetez français". Ces tensions entre les pays se sont accélérées pendant la crise et les nationalismes ont pu se greffer."

Démocraties et résistance

Pour lui, la crise économique mondiale a été un catalyseur du fascisme, sans être spécifiquement son origine. Il conclut tout de même sa démonstration sur une note positive en soulignant que les démocraties (Etats-Unis, Grande-Bretagne et France), même s'il y a eu des mouvements d'extrême-droite, "ont relativement bien résisté pendant cette période-là".

Pour financer son grand plan, Joe Biden mise sur une hausse des impôts sur les sociétés, dont l'effort portera sur les GAFAM et les plus riches des Américains. Le New Deal n'a pas pu rétablir l'équilibre économique souhaité ni enrayer la montée des nationalismes qui allaient, notamment, aboutir à la Seconde Guerre mondiale. Dans un contexte économique tendu, propice des velléités isolationnistes des nations, quel sera l'impact du plan de relance de Joe Biden aux Etats-Unis et dans le monde ? L'avenir le dira.

Florence Dartois

Regarder d'autres extraits de cette émission sur la crise de 1929 : 

Le krach boursier, la propagation de la crise, chômage et misère, les manifestations

Pour aller plus loin :

La crise de 1929 en images d'époque et extraits de deux discours de Roosevelt.

Un certain regard : la crise de 1929 et le New Deal. Le 4 mars 1933, le président Franklin Delano Roosevelt entrait en fonction à la Maison Blanche. Dans son discours, il évoquait le "New Deal", grâce auquel il espérait résoudre la terrible crise qui ravageait l'Amérique. Pour la mettre en oeuvre, un économiste fut particulièrement important, John Kenneth Galbraith... (15 octobre 1972)

Les dossiers de l'écran : images de la crise de 1929. (16 septembre 1975)

Les dossiers de l'histoire : Xénophobie, racisme : nationalisme pendant la crise économique de 1929. La crise des années 1929 voit monter le nationalisme, la xénophobie, le racisme et l'antisémitisme. Les immigrés sont rendus responsables de la crise et expulsés. (17 octobre 1997)


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