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L'incroyable histoire de Jacques Fesch, guillotiné en 1957 et qui pourrait être réhabilité

L'incroyable histoire de Jacques Fesch, guillotiné en 1957 et qui pourrait être réhabilité

Le 6 juin 2024, la Cour de cassation a examiné une demande inédite, celle de la réhabilitation de Jacques Fesch, guillotiné en 1957 pour le meurtre d'un policier. Retour en archives sur une affaire extraordinaire sur bien des points.

Par Florence Dartois - Publié le 06.06.2024
L'affaire Fesch - 1994 - 00:00 - vidéo
 

L'ACTU.

Le 6 juin 2024, la Cour de cassation a examiné une requête rarissime de « rétablissement de l'honneur » d’un condamné à mort « en raison des gages d’amendement qu’il a pu fournir ». Cet homme s'appelait Jacques Fesch. Il fut condamné à mort et guillotiné le 1er octobre 1957. Si la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français valide cette demande émanant de son fils Gérard, 69 ans, sa condamnation sera effacée. La question est donc de savoir si on peut effacer une condamnation, en l’occurrence ici, la peine de mort, en raison de sa bonne conduite.

L'AFFAIRE.

25 février 1954. La France est choquée par un fait-divers. Ce jour-là, rue Vivienne à Paris, un jeune homme de bonne famille, amoureux du jazz et trompettiste, Jacques Fesch, commet un braquage dans un bureau de change qui tourne mal. À 23 ans, le jeune homme naïf, qui rêve de s'acheter un yacht aperçu dans le port de La Rochelle dérobe 300 000 francs. Après avoir blessé l'employé, le malfrat s'enfuit. La police, qui a été rapidement alertée par des témoins, envoie des renforts. Un policier, Jean-Baptiste Vergne, se lance à ses trousses. Pris au piège, Fesch sort le révolver qu'il tenait dans sa poche et tire vers lui. Il le tue d'une balle en plein cœur. Il blessera aussi un passant, avant de s'enfuir dans le métro. Rapidement maîtrisé, Jacques Fesch est arrêté et passe des aveux.

L'archive, ci-dessous, décrit les obsèques du policier de 35 ans, veuf et père d'une petite fille de quatre ans. Dans le commentaire, Jacques Fesch est qualifié de « jeune dévoyé ». Lors de la cérémonie, le ministre de l'Intérieur, Léon Martinaud-Deplat, remet au policier, à titre posthume, la légion d'honneur.

Obseques du gardien Vergne
1954 - 00:00 - vidéo

Au cours de son procès, Jacques Fesch, défendu par Me Baudet, ne nie pas les faits, raconte qu'il voulait acheter un voilier pour voguer vers Tahiti. Un mobile sordide. Le jeune homme niera toute préméditation. Un point capital, car, il ne s'agit plus d'un assassinat, mais d'un meurtre. L'accusé aurait dû échapper à la peine de mort. Ce ne fut pas le cas. Le 6 avril 1957, jour de son 27e anniversaire, Jacques Fesch est condamné. Sa demande de grâce est ensuite rejetée et il est exécuté à la prison de la Santé le 1ᵉʳ octobre 1957.

Si l'affaire fit grand bruit à l'époque des faits, elle revint en une des journaux près de quarante ans après. Durant les trois années qu'il passa en prison à attendre son exécution, le prisonnier rencontra Dieu, se convertit au catholicisme et se repentit, proclamant sa foi et prônant l'amour. Une repentance sincère dont il décrivit les étapes dans son journal de bord et des lettres qui ont été éditées en 1972 sous le titre Lumière sur l'échafaud suivi de Cellule 18, lettres de prison.

L'ARCHIVE.

L'archive disponible en tête d'article revient sur l'affaire et raconte, comment, en janvier 1994, l’Église avait demandé sa canonisation, suite à l'ouverture d'une enquête préliminaire à une éventuelle béatification de Jacques Fesch par Monseigneur Lustiger.

Dans cette archive, le chroniqueur judiciaire Frédéric Pottecher revenait sur les remords du meurtrier, remords qu'il avait consignés dans son journal intime. Le père Manaranche, son biographe, déclarait également : « Jacques n'est pas un assassin. Il a tué d'une façon maladroite, il était mort de peur. Il n'est pas un assassin. » Quant au père Caron de la Carrière, il estimait que cette décision serait une preuve qu'il était toujours temps de trouver la rédemption et le pardon : « Il faut dire au criminel : "Demain, tu seras peut-être un saint". C'est le message de Jacques Fesch. »

En janvier 1994, dans le 20h de TF1, le cardinal Lustiger expliquait pourquoi, depuis 1987, il avait diligenté une enquête en canonisation. Une décision mal comprise. Une archive à regarder ci-dessous.

« Dans les dernières années de sa vie, il est devenu un saint. C'est un homme qui, prenant conscience de ce qu'a été sa vie, se retourne vers Dieu... Il n'y a aucune vie perdue, la sainteté, tout homme peut y être appelé et même celui qu'on méprise le plus ».

Le combat d'un fils pour la réhabilitation

L'affaire connut un nouveau rebondissement en 2002, avec l'apparition sur la scène médiatique de Gérard Fesch, le fils de Jacques. Si l'histoire est incroyable, c'est parce que ce fils, qui s'appelait Gérard Droniou et avait été élevé par l’Assistance publique dès sa naissance, ignorait tout de l'identité de son père biologique. Il ne l'avait découverte fortuitement qu'en 1989, à la quarantaine. Dans l'archive ci-dessous, il racontait pourquoi il demandait alors à la justice de reprendre le nom de ce père qui avait, dans ses écrits, émis le souhait de reconnaître son enfant.

« Il avait peur que je sois abandonné à l'Assistance publique. Il a formulé des vœux, il a demandé à sa famille de me retrouver », expliquait-il. Mais son souhait n'avait pas été exaucé. En reprenant le nom de son père, c'était sa manière de le réhabiliter. Similarité troublante, Gérard était devenu professionnel de la trompette, (il a accompagné Serge Lama, Frédéric François et Mike Brandt), l'instrument dont jouait également son père.

Gérard Fesch, l'héritier retrouvé
2002 - 00:00 - vidéo

« Ce qui est important pour moi, c'est sa volonté, à un moment donné, de me reconnaître comme son fils ».

La demande de réhabilitation de ce père inconnu, Gérard Fesch allait la porter devant la justice. En 2016, il décidait de lancer une procédure auprès du Conseil constitutionnel en réhabilitation. Le sujet ci-dessous donne à nouveau la parole à ce fils qui ignorait tout de ses origines. Le sujet débute par la lecture d'une lettre émouvante écrite par Jacques Fesch pour son fils qu'il souhaitait tant reconnaître. Puis, Gérard revenait sur le cheminement spirituel de son père, sa rédemption en prison jusqu'à l’échafaud et explicitait ses propres motivations à le réhabiliter. La réhabilitation d'un condamné à mort serait une première en France. Quant à la commission de béatification, elle est pratiquement achevée et le rapport final devra être envoyé au Vatican.

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