Aller au contenu principal
Le voile en Iran ou le combat des femmes pour leur liberté

Le voile en Iran ou le combat des femmes pour leur liberté

La mort de Mahsa Amini, une jeune Iranienne arrêtée pour avoir mal porté son voile provoque un large mouvement de contestation en Iran. Depuis la Révolution islamique de 1979 une partie des femmes rejettent l'obligation du port du voile. Ce combat qui a débuté dès l’installation des mollahs n’a jamais cessé et s’est médiatisé avec l’avènement des réseaux sociaux.

Par Florence Dartois - Publié le 20.09.2022
Manifestation de femmes à Téhéran - 1979 - 01:34 - vidéo
 

Depuis le 16 septembre, date de la mort de Mahsa Amini, une jeune femme de 22 ans arrêtée par la police des mœurs iranienne parce que ses cheveux dépassaient de son voile, des milliers d’Iraniennes manifestent en retirant leur voile. Pour protester contre un régime liberticide envers les femmes, des Iraniennes se sont même coupées les cheveux ou ont brûlé leurs voiles et ont partagé ces images sur les réseaux sociaux. Le mouvement qui avait débuté dans le village de la jeune femme s'est étendu dans tout le pays.

Cette crise est le dernier rebondissement de 43 années d'oppression et d'isolement des Iraniennes. Cette mise au ban de la société a débuté avec la Révolution islamique menée par l'Ayatollah Khomeiny en 1979, puis avec l'instauration d'une constitution privant les femmes d'une grande partie de leurs droits. Quelques semaines à peine après l'installation du mollah à la tête du pays, des milliers de femmes faisaient entendre leur voix dans la rue pour contester le sort qui leur était réservé. Les archives de l’époque montrent ce désarroi, à l'image du reportage proposé en tête de cet article, extrait du journal d'Antenne 2 du 11 mars 1979. Il avait été réalisé quelques jours avant le vote d'un référendum destiné à valider la constitution islamique. Ce nouveau cadre menaçait de supprimer une grande partie des droits acquis par les femmes et leur imposait notamment le port du tchador et du voile. 

Dans la capitale Téhéran, les femmes avaient manifesté leurs craintes que le nouveau régime islamique ne « menace sérieusement leurs droits civiques ». Face caméra, les demandes des manifestantes dépassaient la simple question du voile. Elles réclamaient avant tout la liberté, « nous voulons être libérées » confiait une jeune femme non voilée au reporter. Au cours de ces manifestations de nombreuses femmes avaient été blessées mais pour éviter que la situation n'empire, l’Ayatollah Khomeiny avait dû condamner officiellement ces exactions et promettre de ne pas imposer le voile mais simplement d'exiger une « tenue correcte »...

Un voile, deux conceptions

Ces manifestations ne représentaient qu'une partie de l'opinion publique complexifiant encore le débat en cours dans le pays. A l'époque, le port du voile n'était pas forcément vu comme une contrainte. Une frange de la population féminine le voyait au contraire comme « une protection ». C’est ce que soulignait d’ailleurs Léon Zitrone dans le lancement de son sujet à regarder ci-dessous.

Ce reportage diffusé le 2 décembre 1979 alors que la nouvelle constitution devait entrer en vigueur, montrait la dichotomie entre les femmes modestes, non éduquées, et celles des villes, souvent de classes sociales supérieures. S'il évoquait les mouvements féministes qui œuvraient dans la clandestinité contre la constitution, le sujet montrait aussi l'autre vision de la société iranienne. Tourné à Téhéran un vendredi de prière, il filmait des femmes du peuple, fières de leur voile. Elles assumaient avoir combattu le régime impérial du Shah pour le conserver. Pour elles, il n’était pas question « d’aliénation » mais plutôt d’une « libération ». Une femme interrogée voyant dans la constitution islamique un « retour de la dignité ». Les femmes éduquées défendaient une autre vision du Coran, plus « révolutionnaire » où la femme se retrouvait à la fois « dans la maison, au travail et dans la société ». Mais leur poids était alors insignifiant. 

Ironie de cette situation, le commentaire précisait que l'Ayatollah avait laissé le droit de vote aux femmes, dès l’âge de 16 ans, car les contestataires féministes, minoritaires, ne représentaient aucune menace à ses yeux. Quoi qu'il en soit, la situation allait se durcir pour l'ensemble des femmes. Que l'on soit pour ou contre le voile, la nouvelle constitution allait instituer de nouveaux tribunaux spéciaux pour juger les Iraniennes. Le commentaire ajoutant que désormais on pourrait « les marier de force dès l’âge de 13 ans ». 

Femmes iraniennes
1979 - 04:03 - vidéo

Une contestation 2.0

Au fil des décennies, malgré la répression, le combat des opposantes s'est poursuivi et a gagné en visibilité. Dans les années 2010, il a pris de l'ampleur grâce à l'influence des réseaux sociaux, comme le montrait ce reportage diffusé en février 2018 dans le 20 heures de France 2. Chaque mercredi, de jeunes femmes souvent urbaines, défiaient le pouvoir en retirant leur voile sur la voie publique. Des actes de rébellion de plus en plus nombreux dans un Iran ultra connecté. L’une de ces femmes avait accepté d’expliquer le sens de ces actes réprimandés par les autorités, fondés sur un désir de vivre de façon plus moderne. Un désir que partageaient aussi de plus en plus de jeunes hommes, eux-mêmes désireux de voir leurs droits personnels respectés. 

Iran : mouvement contre le port du voile
2018 - 03:51 - vidéo

« Non au voile obligatoire, nous voulons la liberté » !

S'orienter dans la galaxie INA

Vous êtes particulier, professionnel des médias, enseignant, journaliste... ? Découvrez les sites de l'INA conçus pour vous, suivez-nous sur les réseaux sociaux, inscrivez-vous à nos newsletters.

Suivre l'INA éclaire actu

Chaque jour, la rédaction vous propose une sélection de vidéos et des articles éditorialisés en résonance avec l'actualité sous toutes ses formes.