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Gotlib, l'auteur de BD qui aimait dessiner et «raconter des salades»

Gotlib, l'auteur de BD qui aimait dessiner et «raconter des salades»

Le 5 décembre 2016 disparaissait Marcel Gotlib, dessinateur de BD et scénariste. Le créateur de Gai-Luron adorait le format court et les gags, mais surtout, il détestait se prendre au sérieux. En 1973, il dévoilait sa vision du dessin et du travail de dessinateur.

Par Florence Dartois - Publié le 01.12.2021
 

Le 4 décembre 2016, Gai-Luron, Super-Dupont ou Pervers Pépère se retrouvaient orphelins. En s'éteignant à 82 ans, Gotlib laissait aussi derrière lui des générations de lecteurs de Vaillant, Pif-Gadget, Pilote, L'Echo des Savanes et Fluide glacial. Marcel Gottlieb, de son vrai nom, avait échappé aux rafles de la Seconde Guerre mondiale. Il cultivait l'autodérision et avait su dépoussiérer la BD pour la transformer en une nouvelle forme de récit, parodiant avec délectation les héros traditionnels. Dans son œuvre, il maniait un humour dépouillé. Un ton décalé, jouant de l'absurde et du naïf.

Dans l'archive en tête d'article extraite du magazine «Court-Circuit» diffusé le 20 septembre 1973, Marcel Gotlib décrit à Christiane Favrat sa vision de son travail et de ses personnages.

Une "imprécision" du détail

Le dessinateur expliquait ne pas avoir de héros, mais des personnages récurrents, qui constituaient alors à ses yeux, le lien des aventures qu'il proposait d'une semaine à l'autre dans la revue Pilote. A l'image de son personnage de Newton : «Au lieu que ce soit les aventures de machin truc chouette, il y avait une espèce d'esprit commun et pour marquer des jalons, il y avait notamment Newton. Au début, il recevait une pomme sur la tête, il en déduisait la loi de gravitation universelle. Et après, petit à petit, ça se déformait au fil des semaines. Comme ça pendant trois bonnes années, il recevait des enclumes, des animaux... et il déduisait des tas de lois, contre la répression de l'ivresse publique, enfin n'importe quoi».

Installé à sa table de dessin, il estimait alors que son trait était vulgaire, précisant qu'il aimait forcer le trait : «Quand un type fait une grimace, il la fait vraiment. Ou bien, pour les mains, je dessine les ongles et toutes les phalanges (…) alors qu'avant il était de bon ton de dessiner une main plus élégante, de supprimer toutes ses rides. Justement, ces rides qui, peut-être, ajoutent une notion de vulgarité,  mais qui en même temps donnent de l'expression.»

Un travail basé sur le sens de l'observation, bien qu'il estimait alors ne pas avoir le sens du décor ou de la couleur. Un défaut qu'il était parvenu à transcender : «Je ne sais pas planter une perspective, des trucs comme ça, donc petit à petit j'ai eu tendance à éliminer les décors, et pour ne pas que ça fasse vide, il a fallu que je trouve autre chose qui était dans mon tempérament à moi.»

Christiane Favrat lui demandait pour conclure pourquoi il faisait si souvent des bandes dessinées sur lui. Avec une pirouette malicieuse, il répondait : «J'aime bien raconter mes salades et puis, peut-être que je suis un petit peu mégalomane...».

Gai-Luron, son double inconscient

Tout au long de sa carrière, la force de Marcel Gotlib a été de dessiner des personnages capables de toucher plusieurs types de publics, en les poussant à s'identifier à eux. C'est son premier personnage, Gai-Luron, le jeune chien triste qui le rendit célèbre en 1964, dans Pif. En quelques semaines seulement, les lecteurs allaient adopter ce toutou pince-sans-rire.  L'aventure durera six ans, avec une douzaine d'albums.

En 2006, à l'occasion de la fête de la bande dessinée, Gotlib revenait sur la genèse de sa naissance, reconnaissant qu'il s'agissait sans doute d'un transfert : «J'étais insomniaque. Terrible ! Or lui, il n'arrêtait pas de roupiller ! Je ne m'en rendais pas compte. Mais maintenant, avec le temps qui a passé, je réalise que je lui faisais faire des choses que j'aurais aimé faire.»

Dans son bureau rempli de souvenirs, l'artiste qui ne dessinait plus, avait conservé ce qu'il appelait «son humour à deux balles», mais n'en revenait toujours pas d'être devenu célèbre grâce à sa passion : «Ça me plaisait. J'étais dans un environnement professionnel formidable, surtout à "Pilote". Après, j'ai fondé mon propre journal, il y a eu une trajectoire qui m'a intéressée et puis d'un seul coup, à la fin de cette trajectoire, je me rends compte que je passe pour l'idole des jeunes. Comme Johnny Hallyday !», plaisantait-il.

Sa biographie

Marcel Gotlib débute sa carrière au début des années 1960 avec son personnage Gai-Luron dans Pif. Sa rencontre avec  Goscinny va ensuite être déterminante. Elle donnera naissance à Dingodossiers, deux albums publiés en 1967 et 1972 dans la revue Pilote. Avec des histoires percutantes, un langage châtié, des dessins très précis et des intrigues intemporelles, son talent va exploser avec sa célèbre Rubrique-à-brac. Incapable de dessiner de longs récits, Gotlib cherchera «à déconner» dans des formats courts de deux planches où s'épanouiront des personnages comme le professeur Burp, Newton, le commissaire Bougret et son adjoint Charolles. Dans les années 1970, il crée sa propre revue Hamster Jovial où les lecteurs découvrent les personnages du scout vieilli, de Pervers Pépère, ou du vieillard sadique, sans oublier Super-Dupont, l'anti-héros à la française. En 1972, Gotlib s'associe avec Claire Brétécher et Mandryka à la création de L'Écho des savanes, revue phare de la nouvelle bande dessinée, avant de fonder en 1975 Fluide glacial.

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