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Comment s'était passé le premier festival de Cannes après Weinstein ?

Comment s'était passé le premier festival de Cannes après Weinstein ?

Le 77e festival de Cannes se tient du 14 au 25 mai 2024, alors que depuis quelques mois de nouveaux témoignages sont venus relancer le #metoo du cinéma français. Séquence à la fois festive et cruciale pour le septième art, le festival de Cannes a été le théâtre de violences sexuelles à maintes reprises. Harvey Weinstein, producteur américain accusé par une centaine de femmes d'agressions sexuelles, y avait notamment ses quartiers. Véritable bombe, cette affaire avait lancé le mouvement #metoo. Comment s'était passé, en 2018, le premier festival de Cannes après Weinstein ?

Par Romane Laignel Sauvage - Publié le 15.05.2024
 

L'ACTU.

Le 77e festival de Cannes se tient du 14 au 25 mai 2024. Dès la cérémonie d'ouverture, l'actrice Camille Cottin a salué le #metoo du cinéma français, cinq ans après le témoignage d'Adèle Haenel et alors que l'année passée a été marquée par de nouvelles prises de parole sur les violences sexuelles dans le septième art. La fin d'une longue omerta.

Séquence à la fois festive et cruciale pour le cinéma, le festival de Cannes a été le théâtre de ces violences à maintes reprises. Harvey Weinstein, producteur américain accusé par plus d'une centaine de femmes de viols et d'agressions sexuelles, y avait notamment ses quartiers. Cette affaire avait été dévoilée en octobre 2017. Mais, le secteur avait-il réellement pris conscience de l'ampleur de la situation et du poids de l’omerta ? Retour sur le premier festival de Cannes après Weinstein.

LES ARCHIVES.

« C'est l'image du jour, image en provenance de Cannes : le festival a souhaité organiser une montée des marches 100 % féminine. » Nous étions le 12 mai 2018. Comme on peut l'entendre dans l'archive en tête d'article, cette 71e édition du festival était particulièrement scrutée pour la place laissée aux femmes, à peine quelques mois après l'affaire Weinstein.

Thierry Frémaux, délégué général du festival, avait préalablement indiqué que « le Festival de Cannes n'avait pas vocation, ni légitimité ni compétence à évoquer ces questions-là. (…) Il y a des gens dont c'est le combat et c'est à eux qu'on donnera la parole. » Et de laisser une plateforme d'expression relativement policée aux femmes du septième art, où l'on parla d'abord d'inégalités professionnelles.

C'est, du moins, ce que l'on entendait au journal télévisé de France 2, jour de la montée des marches de 82 femmes : « Un acte symbolique, qui intervient après l'affaire Weinstein mais qui entend également interpeller l'industrie du cinéma sur des inégalités toujours flagrantes au sein du septième art. » Sur le tapis rouge, des professionnelles du secteur, emmenées par Agnès Varda et Cate Blanchett, présidente du jury.

Elle était la 12e femme à occuper ce poste dans l'histoire du festival. Thierry Frémeaux avait tenu à insister : « Cate Blanchett est avant tout une grande artiste et sa légitimité est incontestable. » Elle est aussi une actrice engagée, cofondatrice du mouvement Time’s Up à Hollywood, un fonds qui devait fournir une aide juridique et financière aux femmes du septième art victimes de harcèlement sexuel.

Femmes solidaires

Cette même année, on avait porté du noir aux Golden Globes et un ruban blanc aux César, en soutien au mouvement #metoo. À Cannes, 82 femmes avaient donc monté les marches ensemble, le poing levé, solidaires. La journaliste de France 2 rapportait « un moment fort, émouvant, solennel ».

Et expliquait : « Si elles étaient 82, ce n'est pas par hasard, c'est le nombre de films réalisés par des femmes jamais entrés en compétition depuis 71 ans que le festival existe, 82 films de femmes contre 1 645 films réalisés par des hommes. »

Le festival, en lien avec Marlène Schiappa, alors secrétaire d’État à l’Égalité hommes-femmes, avait par ailleurs mis en place une ligne téléphonique pour prévenir les violences sexistes et sexuelles à Cannes. Ainsi, alors que l'« ombre » d'Harvey Weinstein planait « sur cette édition » précisait l'archive ci-dessous, « la direction du festival a lancé un numéro vert anti-harcèlement » et distribué des faux tickets de spectacle sur lesquels on pouvait lire « comportement correct exigé ».

« Il faut dire stop au harcèlement subit par les femmes : un mouvement mondial né de l'affaire Harvey Weinstein », poursuivait le journaliste. Amal Laoui, journaliste qui avait croisé le producteur américain à de nombreuses reprises, se montrait encourageante : « Harvey Weinstein, c'était un peu le roi du festival de Cannes, il était là tous les ans et cette année, on sent qu'il y a du changement ». Et sa collègue de conclure : « On voit qu'il y a une volonté de faire des efforts. Il y avait l'avant Weinstein et il y a l'après-Weinstein. »

À la fin du festival, l'actrice Asia Argento brisa un instant les discours lissés. Alors qu'elle montait sur scène pour remettre le prix d'interprétation féminine, elle dénonçait les agissements d'Harvey Weinstein et interpellait l'audience. « En 1997, j'ai été violée par Harvey Weinstein, ici même à Cannes. J'avais 21 ans. Le festival était sa chasse gardée. Je souhaite prédire quelque chose : Harvey Weinstein ne sera plus jamais bienvenu ici. »

Dans l'archive ci-dessus, la réalisatrice Nadine Labaki revenait sur cette prise de parole : « Ce qui est très important est que le débat est ouvert et que la question n'est plus taboue, qu'on en parle ouvertement. Et qu'on est capable de faire comme ce qu'Asia Argento vient de faire. » Un mot d'ordre toujours d'actualité en 2024.

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