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Corridas, peñas, bodegas... À quoi ressemblait la feria de Nîmes en mai 1964 ?

Corridas, peñas, bodegas... À quoi ressemblait la feria de Nîmes en mai 1964 ?

Comme chaque année pour le weekend de la Pentecôte, des centaines de milliers de personnes se pressent à Nîmes pour assister à l'une des grandes fêtes taurines du sud de la France : la feria de la Pentecôte. Découvrons en archives à quoi ressemblaient les festivités il y a soixante ans.

Par Florence Dartois - Publié le 15.05.2024
Début de la feria de Nîmes - 1964 - 00:00 - vidéo
 

L'ACTU.

La feria de la Pentecôte de Nîmes se déroule du 16 au 20 mai 2024. Les organisateurs annoncent (comme chaque année) près d'un million de visiteurs sur quatre jours. Au programme : cinq corridas (piquée et non piquée, dont une à cheval), deux novilladas (une corrida opposant de jeunes taureaux, les novillos, à de jeunes toreros) et une course camarguaise (il s'agit d'attraper une cocarde accrochée à la corne d'un taureau).

Si les corridas se déroulent dans les arènes, la feria, c'est avant tout une fête populaire se vivant dans les rues et dans les bodegas, ces petits bars éphémères dispersés dans la ville.

Une tradition taurine, mais pas que...

La première feria officielle de Nîmes s'est déroulée en 1952. Depuis 1955, c'est la municipalité qui organise cette fête annuelle. En 1964, elle célébrait donc ses 12 ans d'existence. De nombreux reportages avaient alors été diffusés dans les JT de « Provence Actualités », relayant les principaux événements de cette feria particulièrement animée. Nous vous proposons de la revivre grâce à quelques archives extraites de ces journaux.

Celle à découvrir en tête d'article nous transporte le 14 mai 1964. Il était évidemment beaucoup question de taureaux et de corridas, qui à l'époque, ne provoquaient aucun débat dans l'opinion publique comme le montrent les commentaires enflammés du reporter et les images de ce reportage. Les festivités débutaient par une « abrivado à la mode camarguaise », le nom donné à une course menée à bride abattue, par des gardians montés à cheval, dans les rues de la cité. Le jeu consistait à faire échapper les taureaux de leur surveillance expérimentée.

La feria s’accompagnait déjà de festivités annexes, similaires à celles d'aujourd'hui : des défilés, « des courses libres, des ballets, de l'opéra ou le music hall », précisait d'ailleurs le commentaire posé sur une musique enjouée et des images de cohue joyeuse. Le journaliste expliquait qu'à Nîmes, l'essentiel de la fête se déroulait dans les rues, au son entraînant des peñas, ces fanfares musicales et dansantes.

Des corridas plébiscitées

L'essentiel de la feria se déroulait dans l'ancienne arène romaine où la foule se réunissait pour les trois corridas du samedi, dimanche et lundi de Pentecôte. « Les plus grands noms de la tauromachie moderne sont à l'affiche et le vieil amphithéâtre romain vibre par la voix des 20 ou 25 000 aficionados entassés sur ses gradins », expliquait le journaliste. Sur les images, alors que le fougueux taureau s'élançait vers le toréador, dans l'assistance, des visages captivés assistaient au « spectacle ». Parmi ceux filmés, on reconnait l'acteur Jean-Pierre Cassel.

Ces images, 60 ans après leur diffusion sur le petit écran peuvent choquer et les plus sensibles à la cause animale éviteront de regarder la fin du reportage qui présente le taureau blessé par les banderilles piquées sur son dos. Le commentaire du journaliste montre bien le changement du point de vue de la société face à ce type d'événement. Dans un récent sondage Ifop, 74% des Français se sont déclarés pour l'interdiction de la tauromachie au nom du bien-être animal. À l'époque, il n'en était pas question et le duel entre l'animal « piqué » et le torero était décrit comme « un festival de la bravoure et de l'émotion ».

Plus tard, alors que le torero victorieux recevait l'ovation du public et des centaines de fleurs lors de son dernier tour d'honneur, le journaliste concluait sur un ton pompeux : « La vérité est qu'on n'assiste pas à la feria de Nîmes, mais qu'on y participe, car rares sont les instants où la frénésie de la fête vous laissera un peu de répit. Alors, si le cœur vous en dit, bon séjour dans la Madrid française. »

Dans les rues et les bodegas

La place dans les arènes étant limitée, la fiesta se poursuivait dans les rues. L'archive ci-dessous décrit « l'extraordinaire ambiance » qui animait la ville de jour comme de nuit. Elle montre les interminables défilés et farandoles qui parcouraient la cité nîmoise, « venant de nulle part pour aller n'importe où », au rythme des peñas, avec la promesse de « libations ». Elle nous permet aussi de découvrir les « raseteurs », ces personnes qui défient les taureaux ou cocardiers pour attraper une cocarde fixée entre leurs cornes.

La feria de Nîmes
1964 - 01:40 - vidéo

Le portrait du « poète », figure incontournable des bodegas de Nîmes

Pendant la feria nîmoise, les bodegas deviennent les lieux incontournables de la fête. Bars éphémères, les bodegas accueillent les fêtards venus s’enivrer et danser sur les musiques hispanisantes jusqu'au bout de la nuit (la mairie en a autorisé 18 pour l'édition 2024). Parmi les plus célèbres, il y a la bodega du poète. Mais qui était ce poète ? Nous l'avons retrouvé dans les archives.

En 1991, le magazine « 50' Hebdo » de FR3 Marseille l'avait rencontré et suivi dans plusieurs de ses établissements. « À Nîmes ça s'éclate de partout ». Jean-Pierre Vidal, alias le poète, faisait figure d'« ambassadeur de la fête andalouse à Nîmes ». Les caméras l'accompagnaient dans sa tournée des grands ducs dans plusieurs de ses bodegas, à l' « Atriat », aux « Jardins du poète », où n'entraient que des invités de marque, puis à la fameuse « Bodega du poète » où Yves Mourousi s'était marié. Entre accolades, verres bien remplis et danses locales, le joyeux drille revenait sur son parcours marqué par l'amour de la fête et du partage

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