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L'Europe vue par les enfants en 1979, entre méconnaissance et espoir

L'Europe vue par les enfants en 1979, entre méconnaissance et espoir

Alors que seuls trois jeunes de 18 à 25 ans sur dix comptent voter lors des prochaines élections européennes dimanche 9 juin 2024, une archive permet de se pencher en 1979, date des premières européennes, sur la manière dont leurs cadets, bien plus jeunes, percevaient l’Europe et ses institutions.

Par Mathis Boudisseau - Publié le 07.06.2024
L'Europe vue par les enfants - 1979 - 05:58 - vidéo
 

Entre le 7 et le 10 juin 1979, 184,4 millions d’électeurs citoyens des 9 pays (Allemagne de l’Ouest-RFA, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Danemark, Irlande, Royaume-Uni) qui composaient alors la Communauté économique européenne ont été appelés aux urnes pour élire pour la première fois les membres du parlement européen au suffrage universel direct, tel que décidé en 1974 lors du sommet de Paris. Ce premier scrutin à l’échelle européenne a connu une participation à hauteur de 62%, puisque 113,6 millions de votants se sont rendus aux urnes sur les 184,4 millions d’électeurs attendus. Une participation à un niveau satisfaisant pour une échéance électorale de ce type jusqu’alors inédite, mais en deçà de la participation aux autres élections à l’échelle nationale, notamment en France.

Interrogés, une dizaine de jeunes écoliers âgés de 8 à 12 ans avaient répondu à l'époque à de nombreuses questions sur l’Europe, la Communauté économique européenne (CEE) et son fonctionnement. Le journaliste les questionnait aussi sur des informations de culture générale concernant les pays qui constituaient le marché commun des neufs.

Si la plupart ont été en mesure d’expliquer en quoi consiste le suffrage universel et de citer les pays qui composaient l’Europe, aucun enfant n’avait connaissance du nombre d’habitants et le pays le plus peuplé de cette communauté, ni encore de l’existence du traité de Rome en 1957 qui a fondé la CEE.

Interroger les enfants sur l’Europe permet aussi d’avoir conscience de la place de ses enjeux dans la société grâce à l’influence de l’entourage et de la famille. Le reporter demande ainsi aux jeunes où entendent-ils parler des questions européennes, est-ce que les discussions de leurs parents ou les cours à l’école ont contribué à les renseigner sur ce sujet. Si certains enfants affirmaient avoir déjà entendu leur famille parler d’Europe et du fait d’aller voter pour ces élections, tous étaient unanimes pour dire que le rôle de la Communauté européenne n’était que très peu abordé dans leurs établissements scolaires. Enfin, il apparaît aussi que les médias notamment la télévision ont joué un rôle dans la sensibilisation.

Différences culturelles

Enfin, la question était posée de la fédéralisation voir de l’unification des différents pays d’Europe au sein d’une même entité. De nombreux enfants ont alors émis des doutes quant à l'intérêt et l’efficacité d’une telle union, pointant les difficultés à concilier les intérêts divergents de chaque pays. De plus, les enfants avaient aussi conscience des différences culturelles nationales qui compliqueraient selon eux cette union, comme l’expliquait trivialement un des garçons : « L'Angleterre, elle mange pas au même heure que nous ».

Toutefois, d’autres écoliers estimaient que l’unification des pays d’Europe serait utile. Ici aussi, un enfant affirmait un peu innocemment qu’une telle union serait utile car « s'il y avait la guerre, on serait plus de monde et ça nous éviterait de recourir aux autres pays comme on l’a fait en 1939 ».

Lorsque les enfants étaient interrogés sur la question des frontières, un des enjeux majeurs de la construction européenne depuis la genèse, la plupart estimaient qu’il était important de les maintenir pour lutter contre « les choses mauvaises » et les trafics, tandis que d’autres considéraient qu’il n’y avait pas d'intérêt de séparer les pays de cette manière.

Ouverture aux échanges

Enfin, le journaliste s'intéressait à la perception de ces enfants des enfants de leur âge des autres pays européens. Pour eux, il n’y avait pas de différence à part la langue, qui n'était même pas un obstacle insurmontable puisqu’ils seraient capables de s’entendre avec l'habitude. Cette ouverture aux échanges interculturels grâce à l’Europe fait écho entre autres au programme d’échange universitaire européen Erasmus créé en 1987 qui a permis à des milliers de jeunes d’étudier et de nouer des contacts à travers l’Europe.

Un des élèves interrogés semblait alors assez optimiste sur les perspectives de l’Europe de ses vingt-ans, imaginant ainsi « tous les gens s’aimer, s’entendre par la parole, partir main dans la main dans un projet commun… »

Depuis ce reportage et ces toutes premières élections à l’échelle du continent, l’Europe s’est donc agrandie, passant de la Communauté européenne à l’Union européenne qui regroupe 27 pays. La question européenne occupe désormais une part plus importante dans la vie quotidienne et l’actualité ainsi que dans les programmes scolaires. Mais une part d’incompréhension et de désintérêt demeure chez les plus jeunes citoyens par rapport aux enjeux européens. Hier comme aujourd’hui.

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