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Octobre 1988 : le Gard déjà victime d'inondations spectaculaires

Octobre 1988 : le Gard déjà victime d'inondations spectaculaires

Mardi 14 septembre, il est tombé l'équivalent de deux mois et demi de pluie en moins de trois heures dans le Gard, transformant au plus fort des intempéries l'autoroute A9 en véritable torrent. Il faut remonter à 1988 pour retrouver des inondations d'une telle ampleur. A l'époque, les quartiers nord de Nîmes avait été ravagés.

Par Florence Dartois - Publié le 15.09.2021
Les inondations de Nîmes - 1988 - 02:39 - vidéo
 

La prudence est toujours de mise ce 15 septembre après les pluies diluviennes tombées la veille dans le Gard. Il est tombé l'équivalent de deux mois et demi de pluie en moins de trois heures. Des pluies torrentielles qui rappellent celles qui dévastèrent la région nîmoises en 1988.

Dans la nuit du 2 au 3 octobre 1988, des bandes orageuses traversent l'est de la France dans ce que l'on appelle un épisode méditerranéen. Le taux de précipitations monte à 50 mm ou plus par heure. Le Gard, et plus précisément la région nîmoise, reçoit l'équivalent de 6 mois de pluie en moins de 12 heures. 14 millions de mètres cube d'eau se déversent sur Nîmes. Des pluies diluviennes aux conséquences dramatiques car l’agglomération nîmoise, située au confluant de plusieurs cadereaux, ces petits ruisseaux qui ne s'écoulent que par temps d'orage pour évacuer les flux, est soumise au risque d'inondations par ruissellement. Par le passé les chroniques historiques ont fait état de 2 catastrophes majeures similaires à celle du 3 octobre 1988 : le 29 août 1399 et le 9 septembre 1557. Une phénomène connu mais assez rare.

Mais en 1988, il ne faut que quelques heures pour que des tonnes de boue déferlent dans les rues de Nîmes et ravagent le quartier nord de la ville. C'est le quartier le plus populaire de la ville, aux habitations modestes. Le lendemain de la catastrophe, dans son édition de 20 heures, France 2 dévoile une ville défigurée et meurtrie. Les premières images du désastre sont impressionnantes. Au moment de la diffusion du reportage, le bilan des victimes est estimé 11 personnes.

Au matin du 4 octobre, les Nîmois découvrent l'ampleur des ravages provoqués par les tonnes d'eau qui se sont abattues dans la région. Il n'avait fallu qu'une heure pour que les petites rues étroites soient transformées en torrents de boue, le courant infernal projetant les voitures les unes contre les autres. De ce raz-de-marée, il reste ce matin-là les nombreux amoncellements des tôles de voitures aux intersections.

De la boue, du désarroi et de l'incompréhension

En montant, l'eau a inondé tous les rez-de-chaussées des maisons de ville. La plupart des occupants ont tout perdu, comme celui-ci décrivant comment il est parvenu à rentrer chez lui, en prenant beaucoup de risques : "Je suis arrivé à la nage, j'ai laissé ma voiture un peu plus haut et j'ai fini les 150 derniers mètres en crawl".

Dans les rues, les images montrent les stigmates de drame qui s'est joué jusqu'aux petites heures du jour. Des amoncellements de carcasses, de véhicules charriés par les courants. Les habitants du quartier sont choqués, hébétés et encore terrorisés. Ce jeune homme en bleu de travail, couvert de boue est épuisé : "On ne sait plus quoi faire, on tremble. On tremble au moindre bruit la nuit, on a peur que ça s'écroule." Dans la cour de sa maison, tout est déchiqueté et éparpillé sur le sol, il ajoute : "Ça a un côté pillage, en plus. Qu'est-ce qu'on peut faire contre ça ? ", s'interroge-t-il fataliste avant de s'éloigner pudiquement.

Dans une autre maison complètement embourbée, une femme craque face au désastre : "Mon lit est passé par la fenêtre, mon matelas, tout… je n'ai plus rien, plus rien…". L'émotion est trop forte, elle éclate en sanglots face au journaliste, témoin impuissant du désespoir ambiant. La caméra continue à tourner, filmant les meubles détruits, çà et là.

Dans la rue, certains Nîmois commencent à déblayer. Une habitante décrit le triste spectacle qu'elle a découvert au petit matin et déplore la solitude des habitants, notamment les personnes âgées, les plus démunies : "Elles ont tout perdu ! Elles sont seules, c'est tout. Elles attendent. Elles attendent quoi ? Elles n'auront rien ! ", conclut-elle pessimiste. Derrière elle, la rue boueuse, remplie de déchets et de carcasses de véhicules fracassés, s'étend à perte de vue.

Le bilan de ces inondations exceptionnelles a été lourd, tant sur le plan humain que matériel : 11 morts dont deux secouristes dans le crash d'un hélicoptère, 600 millions d'euros de dégâts, des quartiers entiers détruits. 45.000 sinistrés. 70 communes du sud gardois seront ensuite classées en zone de catastrophe naturelle. 

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