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En 2007, l'alouette des champs était déjà chassée dans les Landes

En 2007, l'alouette des champs était déjà chassée dans les Landes

Le Conseil d'Etat a suspendu les derniers arrêtés du gouvernement autorisant les chasses traditionnelles d'oiseaux, déjà jugées illégales par le Conseil d'Etat en août dernier.  Parmi les oiseaux concernés, l'alouette des champs, un oiseau très prisé dans les Landes.

Par Florence Dartois - Publié le 17.09.2021
La chasse traditionnelle à l'alouette - 2007 - 02:17 - vidéo
 

Rebondissement dans "l'affaire" des chasses traditionnelles. Le Conseil d'Etat a suspendu les arrêtés pris par l'Etat autorisant les chasses traditionnelles d'oiseaux jugées illégales par le même Conseil d'Etat en août 2021. La Ligue pour la protection des oiseaux et l'association One Voice avaient saisi le Conseil d'Etat pour demander de "suspendre en urgence ces autorisations pour la campagne 2021-2022."

Tout avait commencé le 6 août 2021, lorsque le Conseil d'Etat avait annulé plusieurs autorisations de chasse d'oiseaux délivrées par le ministère de la Transition écologique, précisant qu'elles n'étaient "pas conformes aux exigences du droit européen relatif à la protection des oiseaux". Le Conseil d'Etat se référait à la directive européenne "oiseaux" de 2009 interdisant les techniques de capture massive d'oiseaux sans distinction d'espèces. 

Dans un communiqué, la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) soulignait que "les nouveaux arrêtés en préparation [demeuraient] illégaux et la LPO demandera leur suspension immédiate devant le Conseil d'Etat si jamais ils sont signés". Pour la LPO, il s'agit de "satisfaire les lobbies cynégétiques à l'approche de l'élection présidentielle". "Chasser hors du cadre légal, c'est braconner", lâchait son président Allain Bougrain-Dubourg dans un communiqué.

A l'annonce de la décision du Conseil d'Etat, des manifestations de chasseurs s'étaient déroulées le 18 septembre dans plusieurs départements de France pour demander au gouvernement d'annuler ce référé. Début octobre, le ministère de la Transition écologique avait donc rétabli huit arrêtés traitant de ces chasses dites "traditionnelles". Ils  concernaient la capture à la tenderie des vanneaux et pluviers dorés dans les Ardennes, la capture d'alouettes des champs avec des pantes dans les Pyrénées-Atlantiques, le Lot-et-Garonne, les Landes et la Gironde, la capture d'alouettes des champs à la matole dans les Landes et le Lot-et-Garonne et la capture à la tenderie aux lacets de grives et de merles noirs dans les Ardennes.  

La Ligue pour la protection des oiseaux et l'association One Voice avaient une nouvelle fois saisi le Conseil d'Etat pour demander la suspension des arrêtés. Ce 25 octobre, la plus haute juridiction administrative du pays a tranché en leur faveur.

La capture d'alouettes des champs avec des pantes, ces filets horizontaux projetés sur les volatiles lorsqu'ils sont au sol, est l'un des décrets au centre des débats entre chasseurs et protecteurs des oiseaux. Il s'agit de la plus petite espèce d'oiseau chassable (l'alouette mesure en effet de 17 à 19 cm et pèse entre 45 et 50 g).

La chasse à l'alouette sous le viseur

L'archive en tête d'article date d'octobre 2007. Ce reportage présente cette pratique de chasse considérée alors comme une tradition populaire à préserver. A Soustons,  le goût de la chasse se transmet de génération en génération. Dans cette région, l'alouette des champs est la proie la plus prisée. A l'automne, l'oiseau au manteau chamois, strié de brun sombre  aime se repaître des graines de maïs dispersées dans les champs. Il devient alors une proie facile à traquer, en particulier du 1er octobre au 20 novembre, période de chasse calée sur l'époque de sa migration. En effet, les alouettes d'Europe orientale sont des oiseaux migrateurs. Elles quittent leurs zones de reproduction pour venir passer l'hiver dans le bassin méditerranéen, autour du Golfe persique, entre Mer noire et Caspienne. Elles font halte dans le Sud-Ouest, en l'occurrence, ici dans les Landes.

Dans cette région, la traque de l'oiseau, membre de la famille des passereaux, se fait à l'aide de "pantes", des cabanes munies de filets projetables, où se dissimulent les chasseurs. Au début du reportage, l'un d'eux commence à expliquer le stratagème utilisé pour capturer sous les filets. Il est interrompu par un vol d'alouettes. L'homme courre se cacher. Muni d'un sifflet qui reproduit leur chant saccadé, un autre chasseur siffle de manière ininterrompue pour mieux les attirer,  le commentaire précise que sur les "20 millions d'alouettes à passer au-dessus des Landes, peu d'entre elles se font piéger".

Le sifflet ne produit pas l'effet attendu, les oiseaux passent leur chemin et le siffleur précise : "Vous avez vu ce que ça fait ? Elles plongent, elles viennent voir…". Mais ce jour-là, "elles n'ont pas faim et repartent" déplore-t-il les yeux toujours fixés au ciel. D'autres n'échapperont pas au filet meurtrier.

Une population en déclin

Les chasseurs, bien conscients des critiques auxquelles ils sont soumis, notamment de la part des associations écologistes, ne manquent pas d'arguments pour justifier leur sport. Philippe Girardot, à l'époque président de la fédération des chasseurs des Landes, souligne d'ailleurs en fin de reportage que les chasseurs contribuent au baguage et au comptage des volatiles. Il précise ensuite que l'impact de la chasse est minime et qu'ils ne "prélèvent" qu'environ  "1% des oiseaux qui migrent par le département donc on peut clairement dire que l'impact de la chasse est négligeable par rapport à…".

Il ne terminera pas sa phrase mais poursuivra avec un autre argument plutôt inattendu soulignant l fragilité de l'espèce : "C'est une espèce qui a une durée de vie relativement courte" commence-t-il par expliquer [En réalité une alouette peut vivre 12 ans !] "donc qui est soumise à des pertes importantes à cause du froid, des maladies, des difficultés d'alimentation durant l'hiver".

La population des oiseaux des villes et des champs en France a décliné de 30 % en 30 ans. En juin 2021, des scientifiques tiraient la sonnette d'alarme soulignant qu'en France les populations d'oiseaux déclinaient dangereusement. Après trente ans de suivi de 123 espèces, le Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), l'Office français de la biodiversité (OFB) et la LPO dressaient un bilan tout aussi désolant qu'en 2018, date de leur première étude. Un bilan encore plus catastrophique à la campagne qualifié d"'hécatombe" par le rapport puisque les effectifs des espèces comme l'alouette des champs ou les perdrix ont chuté de 29,5 %. En cause, l'agriculture intensive, la mécanisation, l'appauvrissement des sols, la disparition des haies, mais aussi les pesticides - les néonicotinoïdes - tueurs d'insectes et première source d'alimentation de ces oiseaux.

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