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En 2002, Amnesty International pointait l'armée russe pour ses exactions en Tchétchénie

En 2002, Amnesty International pointait l'armée russe pour ses exactions en Tchétchénie

La découverte de centaines de corps de civils à Boutcha, dans la périphérie de Kiev, a bouleversé l’opinion internationale. Ces cadavres laissés dans les rues témoignent des crimes imputés à l’armée russe en Ukraine. Des actes identiques leur étaient déjà reprochés en 2002 lors de la guerre en Tchétchénie.

Par Florence Dartois - Publié le 07.04.2022
Rapport d'Amnesty International - 2002 - 02:21 - vidéo
 

La découverte de centaines de corps de civils à Boutcha, dans la périphérie de Kiev, a bouleversé l’opinion publique internationale. Ces cadavres laissés dans les rues, abandonnés dans des jardins ou enterrés dans des fosses communes témoignent des crimes imputés à l’armée russe en Ukraine. Des faits qui ne sont pas sans rappeler les exactions commises par l’armée russe en Tchétchénie.

En 2002, la Russie était déjà dénoncée par les organisations internationales. Avec la publication d'un rapport d'Amnesty International intitulé « Un pays sans véritable justice », la Russie était montrée du doigt : la torture, les viols et les disparitions y étaient monnaie courante dans le pays lui-même et à l'extérieur. Par ailleurs, ce rapport dénonçait les nombreux manquements aux Droits de l'Homme en Tchétchénie.

L'archive en tête d'article, diffusée le 29 octobre 2002 dans le Soir 3 à l'occasion de la parution du rapport, détaillait les nombreuses exactions. Selon ce bilan, un million de personnes croupissaient alors dans les prisons russes. Plus de 200 000 étaient en attente de jugement, et parmi ces prisonniers des dizaines de milliers d’enfants. Privés de leurs droits, ils étaient soumis à la torture.

Des civils tchétchènes victimes de l'armée russe

Amnesty International dénonçait les exactions des Russes en Tchétchénie : tortures, massacres, disparitions et viols commis sans caméra et sans témoin. En trois ans, la guerre en Tchétchénie avait fait selon ce rapport plus de 80 000 morts côté Tchétchène. « Au-dessus des lois, les militaires agissent en toute impunité », précisait le commentaire.

Le sujet évoquait également le seul cas où un militaire russe avait été arrêté pour le viol et meurtre d'une adolescente tchétchène en mars 2000. Le colonel Iouri Boudanov, devait être jugé pour le meurtre d’Elsa Koungaïeva, 18 ans, après qu'il l’ait interrogée. La jeune fille avait été retrouvée violée et étranglée.

Le jour de la sortie du rapport, Francis Perrin, le président d'Amnesty International-France, revenait sur les exactions commises par la Russie, notamment en Tchétchénie. Son interview est à découvrir ci-dessous.

« On sait que les forces russes sont responsables de viols, de tortures, de disparitions forcées, de massacres et pourtant l’impunité règne».

Un état russe ambigu

Dans cette longue interview, il expliquait que selon lui l'Etat russe était « responsable et complice » parce qu'il fermait les yeux volontairement sur ce qui se passait en Tchétchénie. 

En Russie, il soulignait un problème lié au système judiciaire interne au pays qui existait (tribunaux et juges) mais qui ne fonctionnait pas. « Ils ne fonctionnent pas pour protéger les libertés individuelles des citoyens russes et des ressortissants étrangers vivant en Russie », précisait-il avant d'ajouter que le problème venait de l’absence de « volonté politique au sommet de l'état » devant « permettre à ce système judiciaire de fonctionner ». C’est pour cette raison que son organisation en appelait alors au plus haut niveau de l’Etat, c'est-à-dire à Vladimir Poutine, « par l'intermédiaire d'une pétition mondiale » lancée sur le site de l'organisation.    

Amnesty International condamnait la prise d'otage, monnaie courante dans les pratiques russes et qui était toujours inacceptable, « les innocents n'ont rien à faire avec ce qui se passe en Tchétchénie et en Russie ». Le rapport mettait également en cause les groupes armés tchétchènes qui ne protégeaient pas assez les civils.

Francis Perrin rappelait que le monde était régi par un certain nombre de règles depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Parmi ces règles, les Droits de l'Homme qui devaient être respectés, « et les textes internationaux sont très clairs : quelles que soient les circonstances, les menaces terroristes, guerres, états de crise, menace sur l'intégrité territoriale d'un état, les Droits de l'Homme doivent toujours être respectés en tout temps et en tout lieu ». Il constatait que Poutine ne respectait pas ces règles bien qu'il soit au G8 et membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Il ajoutait que l'ambiguïté du leader russe devait cesser, car s'il souhaitait se rapprocher de la communauté internationale il devrait respecter les règles que cette communauté s’était donnée depuis une cinquantaine d'années.

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