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En 1975, des chercheurs alertaient déjà sur la fragilité des écosystèmes

En 1975, des chercheurs alertaient déjà sur la fragilité des écosystèmes

L'édition 2021 de la Journée mondiale de l'environnement est dédiée à la restauration des écosystèmes. La vie sur Terre ne serait pas possible sans leur préservation. S'ils sont aujourd'hui fortement menacés, dès les années 70, des scientifiques alertaient sur leur rôle, leur fragilité et l'impact de leur destruction pour la survie de l'humanité.

 

Par la rédaction de l'INA - Publié le 04.06.2021 - Mis à jour le 04.06.2021

En 1975, des chercheurs alertaient déjà sur la fragilité des écosystèmes

L'édition 2021 de la Journée mondiale de l'environnement est dédiée à la restauration des écosystèmes. La vie sur Terre ne serait pas possible sans leur préservation. S'ils sont aujourd'hui fortement menacés, dès les années 70, des scientifiques alertaient sur leur rôle, leur fragilité et l'impact de leur destruction pour la survie de l'humanité.

 

Par la rédaction de l'INA - Publié le 04.06.2021 - Mis à jour le 04.06.2021
 
L'édition 2021 de la Journée mondiale de l'environnement est dédiée à la restauration des écosystèmes. La vie sur Terre ne serait pas possible sans leur préservation. S'ils sont aujourd'hui fortement menacés, dès les années 70, des scientifiques alertaient sur leur rôle, leur fragilité et l'impact de leur destruction sur la survie de l'humanité.

La Journée mondiale de l'environnement 2021, qui se tient samedi 5 juin, marque le lancement de la "Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes". Cette notion d'écosystème est ancienne et nous avons cherché dans nos archives les premières références la concernant. Les émissions télévisées grand public commencent à traiter de ce sujet au milieu des années 70. Ce sont souvent des chercheurs qui l'abordent. Le 6 août 1975, le magazine "Pourquoi pas" s'interrogeait sur l'avenir de la vie. Un sujet bien sérieux et peu estival. Pourtant, plusieurs sommités de l'époque avaient accepté de se pencher sur la question. En premier lieu, Joël de Rosnay, alors directeur du développement à l'Institut Pasteur et titulaire d'un doctorat ès sciences, réalisé dans les domaines de la chimie organique et prébiotique. Dans le document en tête d'article, il donne la définition de l'écosystème, qu'on appelait aussi "écosphère".

Un "organisme" à part entière où tout est utile

Pour le chercheur, il s'agit d'un terme englobant l'ensemble "du milieu de la vie", étudié par l'écologie, la science qui étudie les interactions entre "les êtres vivants et leur milieu". Joël de Rosnay envisage l'écosystème de manière innovante : "Une sorte d'organisme vivant qui maintien un équilibre constant". Il le compare à notre propre organisme, qui en régulant les différents taux à l'intérieur de notre corps, permet notre survie. "Et bien l'écosystème également maintient des niveaux de cette sorte". (La quantité de gaz carbonique et la proportion d'oxygène dans l'atmosphère, la composition des océans…). Il conclut : "Par conséquent l'écosystème régule ses propres niveaux lui aussi". Cette vision très originale, pour l'époque, d'un écosystème envisagé comme un être vivant - certains évoquent la notion de "Gaïa" - est capitale car elle implique que cet "être vivant" peut lui aussi tomber malade et générer des déséquilibres. En l'occurrence, des désordres dangereux pour l'équilibre général de la planète. Les chercheurs interrogés ce jour-là dans l'émission estivale en ont déjà conscience et vont tenter d'alerter l'opinion publique sur la prise en compte urgente de la sauvegarde des écosystèmes. C'est ce que tente de faire avec beaucoup de pédagogie le biologiste Jean-Marie Pelt, directeur de l'Institut européen d'écologie de Metz. Il déclare d'emblée que malheureusement, "le propre de l'homme c'est d'utiliser la nature à son profit", sous-entendant, sans prendre en compte les besoins propres de la nature.

A propos du risque à déséquilibre de l'écosystème, le biologiste donne l'exemple de la monoculture et des dangers que cette pratique restrictive fait courir à l'homme puisqu'une maladie pourrait faire disparaître la plante ou l'essence cultivée : "On verra alors une catastrophe très rapide". Son conseil, à l'image de l'économie, c'est de "ne pas mettre ses œufs dans le même panier". Pour lui, il est essentiel de raisonner de la même manière avec les ressources naturelles. La nature recèle d'une "extrême richesse. Chaque plante, chaque animal, même le plus insignifiant joue un rôle". Il prend l'exemple du ver de terre pour illustrer son propos. Pelt appelle à bannir la notion de "nuisible" qui lui parait dépassée : "Chaque être, à la place où il est, sert à quelque chose. Il enrichit un système extrêmement complexe et c'est en appauvrissant ou en simplifiant un système que parfois on prend des risques qu'on ne calcule pas très bien". Sa conclusion est simple, l'homme doit intervenir dans l'écosystème mais avec "beaucoup de prudence, de délicatesse, et même de tendresse".

"Si nous ne changeons pas, nous irons à la pire des catastrophes"

Ce constat fait, les scientifiques vont ensuite quitter leur blouse de chercheurs pour enfiler leur veste du lanceurs d'alerte. Car chacun d'eux a déjà pris conscience de la menace d'une surexploitation des ressources de la planète pour l'équilibre de l'écosystème qui nous maintient tous en vie. Joël de Rosnay va même aller plus loin dans son analyse en comparant l'humanité à une sorte de "gigantesque cancer social". Il exprime son inquiétude et insiste sur la responsabilité de chacun et du scientifique en particulier.  "... Par les nouveaux pouvoirs qu'il donne à ceux qui ont le pouvoir (…) au niveau de la biologie, c'est une nouvelle bombe. On a entre nos mains une nouvelle bombe biologique (...) on peut toucher à l'environnement, on peut toucher à l'écosystème...".

Jean-Marie Pelt, tout aussi préoccupé ajoutera, "j'ai la conviction que nous allons vers un siècle de crises…" mais conclura l'émission par un message d'espoir, "nous allons être obligé de changer parce que si nous ne changeons pas, nous irons à la pire des catastrophes. Et le changement c'est aller au-delà de ses territoires. C'est abandonner l'amour de ses traditions (…) en créant la tradition de l'amour".

La Journée mondiale de l'environnement 2021 vise à ouvrir des pistes pour accélérer la restauration des écosystèmes dont la destruction s'et accélérée depuis les années 70. Elle est désormais nécessaire et vitale pour la survie de l'humanité et peut prendre de nombreuses formes : planter des arbres, verdir les villes, réaménager les jardins, changer les régimes alimentaires ou assainir les fleuves et les côtes. "Nous sommes la génération qui peut faire la paix avec la nature" est le leitmotiv de cette journée.

Florence Dartois

Pour aller plus loin :

La conclusion de l'émission "Pourquoi pas"  les scientifiques répondent, par les invités. (Extrait long, 6 août 1975)

D'autres éminences grises des années 70 ont exprimé leur inquiétude sur le devenir de notre écosystème.

20h00 : Claude Levi-Strauss exprime son pessimisme concernant l'avenir de la planète. "Le pessimisme offre à l'optimisme sa meilleure chance". (37 mai 1973)

Les dossiers de l'écran : Edgar Morin sur les écosystèmes dans le processus de sélection. Le sociologue explique qu'aujourd'hui, l'influence des écosystèmes est à mettre en 1er plan par rapport à la sélection naturelle de la théorie de Darwin.  (2 août 1977) 

Les dossiers de l'écran : André Langanay sur le contrôle de l'évolution de l'espèce. Le maître de conférence au Museum d'histoire naturelle parle de l'influence actuelle des activités humaines qui perturbent le monde vivant et s'interroge sur la possibilité d'un contrôle de cette évolution pour protéger l'espèce. "L'homme est en train de complètement perturber le monde vivant…" (2 août 1977)

En 1970, le commandant Cousteau dénonce la pollution des océans. (Article)

1975, Paul-Emile Victor alertait sur le danger mortel de la pollution. (Article)

Une petite animation

Récré A2 : les écosystèmes en animation par Jean Saintout. Le fonctionnement d'un écosystème. (21 mars 1979)


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