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En 1968, l'URSS possédait déjà une bombe orbitale, "arme terrifiante et sans parade connue"

En 1968, l'URSS possédait déjà une bombe orbitale, "arme terrifiante et sans parade connue"

Le Pentagone a confirmé mercredi 27 octobre que la Chine avait bien réalisé en août un essai de missile hypersonique en orbite basse. Le lancement de missiles en orbite était déjà au cœur de l'actualité à la fin des années 1960, en pleine Guerre froide.

Par Florence Dartois - Publié le 28.10.2021
La bombe orbitale - 1968 - 00:45 - vidéo
 

Le 16 octobre 2021, le Financial Times a révélé que Pékin avait procédé à un test secret de missile hypersonique au mois d'août. Cette annonce avait été démentie par Pékin qui avait déclaré avoir procédé à un "test de routine d'un véhicule spatial... réutilisable". Nouveau rebondissement : l'essai vient d'être officiellement confirmé par l'un des plus hauts gradés du Pentagone. Mercredi 27 octobre, le général Mark Milley a reconnu que les Etats-Unis avaient été pris par surprise. "Ce à quoi nous avons assisté, c'est (...) un test très significatif d'un système d'armement hypersonique", a déclaré le chef d'état-major américain sur Bloomberg TV.

Cette surenchère militaire a de quoi inquiéter, car le test portait sur un missile à capacité nucléaire. Toujours selon le Financial Times, il aurait fait le tour de la Terre en orbite basse, avant de descendre vers sa cible. Le quotidien britannique a ajouté que le missile avait raté sa cible de plus de 30 km. La Chine avait déjà présenté en 2019 un missile hypersonique capable de porter des têtes nucléaires d'une portée de 2000 km. Mais ce nouvel essai orbital lui confère une portée de frappe bien plus importante.

Ce genre d'arme, qui semble étonner les Américains, n'est pourtant pas nouveau. Il faut remonter à la Guerre froide pour retrouver sa trace dans nos archives. A la fin des années 1960, la tension est vive entre les Etats-Unis et l'URSS, les deux pays pratiquant alors la "dissuasion". En 1968, l'URSS frappe un grand coup en annonçant qu'elle possède désormais l'arme ultime, une bombe orbitale, celle qui pourrait annihiler toute velléité de guerre chez son rival.

Comme imparable

L'archive que nous vous proposons de découvrir en tête d'article est un très court extrait du magazine "Point contrepoint" du 28 novembre 1968 consacré à la puissance militaire soviétique. Il y est fait référence à cette annonce. Le reportage réalisé en URSS dévoile cette nouvelle technologie qui inquiète l'OTAN et les Etats-Unis. Cette bombe orbitale semble alors imparable, "placée sur un satellite, elle peut être lâchée à tout moment sur un objectif terrestre. Pour le moment, il n'y a pas de parade contre elle." D'ailleurs, cette deuxième vidéo extraite du même magazine, mais un an plus tard en décembre 1969, précise que les Soviétiques posséderaient "1150 fusées dont certaines sont capables, dit-on, de satelliser la fameuse bombe orbitale, arme terrifiante et sans parade connue".

Les fusées orbitales
1969 - 00:22 - vidéo

L'équilibre de la terreur

Cette surenchère de plus en plus sophistiquée est basée sur la peur. Destinée à maintenir la paix, cette politique de la dissuasion inquiète les penseurs. A l'image de Gaston Bouthoul, sociologue français qui s'est spécialisé dans l'étude du phénomène de la guerre, interrogé dans cette même émission. Il définit ici la notion de "dissuasion".

Gaston Bouthoul sur la dissuasion
1969 - 03:34 - vidéo

"L'agresseur quel qu'il soit ne peut porter le premier coup, même dévastateur, sans être sûr d'en recevoir aussitôt un plus dévastateur encore. C'est cela l'équilibre de la terreur". Le chercheur précise aussi les composants de l'"équilibre de la terreur". "Les inventions se font de plus en plus épouvantables. Tellement effrayantes, que vraiment, on a l'impression que ce n'est pas sérieux ! (...) On a l'impression de vivre un mauvais roman de science-fiction lorsque l'on lit les comptes-rendus les plus sérieux du monde sur les armes qui se préparent".

"Apocalypse atomique"

Cette vidéo se poursuit sur un atoll du Pacifique où les USA élaborent de nouvelles armes capables de contrer les missiles orbitaux. Notamment les ABM, des fusées "anti-fusées" destinées à détruire d'éventuelles menaces orbitales. Sur des images de ces installations, le commentaire en décrit le fonctionnement : "Ils sont capables de détecter un bout de ferraille qui tombe d'un satellite, localiseraient et suivraient la tête atomique d'une fusée adverse arrivant à une vitesse supersonique sur la Terre". Lorsque la fusée adverse atteint les 1000 km au-dessus de la terre, les fusées offensives sont lancées dans leur direction pour les détruire, déclenchant une explosion atomique à 900 km d'altitude. Mais le commentaire indique que si la première bombe ne suffit pas, une seconde, "la fusée sprint, ultra rapide", serait envoyée à son tour vers la fusée ennemie pour la détruire par une deuxième explosion atomique. "L'affaire se complique, car la fusée ennemie transporte "un tapis de têtes atomiques", vraies ou simples leurres et "pour les arrêter il faudra une multitude de fusées anti-fusées." Le commentaire s'interroge : "Mais quelle serait alors cette apocalypse atomique dans l'atmosphère de centaines du fusées explosant ensemble"?

"A la merci d'une folie"

Quant à Gaston Bouthoul, il ne voit qu'un accord international pour mettre un terme à l'escalade et pour sortir de cette "situation horrible, et aussi inconnue".

Gaston Bouthoul pessimiste
1969 - 01:11 - vidéo

"Nous ne savons pas ce qu'est une guerre atomique… la puissance grandissante de ces armes, la complication grandissante de leur emploi, et même de leur non-emploi car il faut prendre de plus en plus de précautions pour éviter les accidents. Tout cela fait qu'on ne peut pas être optimiste. Je ne suis pas prophète mais je suis inquiet. J'ai peur ! Nous sommes à la merci d'une folie, d'une erreur".

Ce seuil évoqué par Gaston Bouthoul, il était en cours de réalisation avec le traité international sur la non-prolifération des armes nucléaires. Signé en 1968 par de nombreux pays, dont les Etats-Unis, l'URSS et la Chine, il devait endiguer le risque de prolifération incontrôlable de l'arme nucléaire à travers le monde. Entré en vigueur en 1970, il ne concernait pas le développement de nouvelles technologies guerrières, que représente désormais les bombes orbitales ou supersoniques. Quant aux Etats-Unis, ils déclarent aujourd'hui ne pas encore posséder de missiles hypersoniques dans leur arsenal. La non-prolifération des armes est loin d'être effective, la menace de conflit, elle, perdure.

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