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Emmanuelle Riva : « Je suis profondément comédienne »

Emmanuelle Riva : « Je suis profondément comédienne »

Il y a cinq ans, le 27 janvier 2017, disparaissait Emmanuelle Riva. L'actrice avait débuté au cinéma grâce au rôle que lui avait confié Alain Resnais dans son film « Hiroshima mon amour », sur un scénario de Marguerite Duras. En mai 1959, la jeune comédienne se retrouvait sous les feux des projecteurs pour la présentation du film à Cannes.

Par Florence Dartois - Publié le 27.01.2022
 

Emmanuelle Riva est décédée le 27 janvier 2017. Actrice de théâtre et de cinéma, poétesse, elle avait été révélée en 1959 par Alain Resnais. Il l'avait choisie pour incarner « Elle », le rôle principal de son premier long métrage, Hiroshima mon amour.

Le film réalisé par Alain Resnais, sur un scénario et des dialogues de Marguerite Duras, raconte la rencontre d'une Française, « Elle », et d'un Japonais, « lui » (joué par Eiji Okada), à Hiroshima, quatorze ans après l'explosion de la bombe atomique. Sa narration originale se présente à la fois comme un documentaire et une fiction évoquant la guerre, la destruction de la ville par une bombe atomique. Il s'agit d'un récit poétique liant l’amour et la mort, ainsi qu'un appel à la réconciliation entre les peuples.

En mai 1959, la comédienne âgée de 32 ans présentait le film au festival de Cannes. Dans l’archive en tête d’article, elle répondait à une longue interview sur le film, sur son rôle mais aussi son métier d’actrice.

« Resnais a voulu faire un film d’amour situé à Hiroshima, c’est-à-dire dans le berceau de l’angoisse où les gens revivent, paraissent avoir oublié », précisait-elle d'emblée. Emmanuelle Riva soulignait sa chance d’avoir rencontré le cinéaste et Marguerite Duras pour sa première expérience cinématographique tournée au Japon. Venant du théâtre, où elle avait surtout joué des ingénues, Emmanuelle Riva était heureuse d'avoir enfin pu changer de registre : « C’est la première fois que je joue un personnage de femme parce qu’au théâtre on m’a toujours donné des rôles de jeunes filles, les rôles d’ange (...) On ne voulait jamais me voir dans les infidèles ». Pour ce rôle, elle interprétait une femme libre, assez proche d'elle. Elle poursuivait d'ailleurs l’évocation de son personnage à la première personne, entremêlant habilement réalité et fiction : « Je suis partie à Hiroshima tourner un film sur la paix, là je rencontre un Japonais… »

Humilité, doute et cabotinage

La comédienne semblait néanmoins étonnée par cette reconnaissance imprévue, craignant de ne pas être à la hauteur des attentes du public à l'avenir, et certiane que cette expérience ne se reproduirait peut-être jamais : « Grâce à Resnais, j’ai l’impression que je vais décevoir maintenant. Il m’a fait atteindre des sommets, je crois. » Elle décrivait ensuite le genre d’actrice qu’elle espérait devenir, se reprochant de n’être pas tout à fait dans la course : « Je pense que ce n’est pas indispensable. », Ajoutait-elle cabotine.

Ce qui la faisait vibrer, c'était de tout jouer, sans limites : « Je suis profondément comédienne, j’aimerais passer de la comédie à la tragédie. Des larmes au rire. Je ne voudrais surtout pas être classée. C’est terrible d’être classée dans un genre bien défini. C’est fatiguant, c’est déprimant de jouer toujours dans un seul sens. »

Elle terminait en évoquant ses modèles, dont un personnage de fiction plutôt étonnant : « J’adorerais jouer Bécassine. Je trouve qu’il y a tout : le rire, les larmes... c’est une créature sensible, touchante, ridicule. Enfin, elle est épatante Bécassine, c’est une marrante. »

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