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Emmanuel Macron en 2017 : "Je ne viens pas devant les maires de France pour me faire siffler"

Emmanuel Macron en 2017 : "Je ne viens pas devant les maires de France pour me faire siffler"

À l'occasion du 103e congrès des maires de France, Emmanuel Macron a reçu mercredi 17 novembre à l'Elysée près de 1000 élus et prononcera jeudi un discours. Sa première participation à cette réunion annuelle remonte à 2017. Cette année-là, il était candidat à la présidentielle et les maires l'avaient hué.

Par la rédaction de l'INA - Publié le 17.11.2021
 

Le 103e congrès de l'Association des maires de France (AMF) se déroule jusqu'au jeudi 18 novembre à Paris. Ce mercredi soir, Emmanuel Macron a invité près de 1000 maires à l'Elysée pour un buffet dînatoire. Il doit également prononcer le discours de clôture du congrès jeudi. Une manière de renouer le dialogue avec des élus souvent critiques à son égard et notamment de la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des foyers. Les maires avaient contesté cette promesse de campagne lors de la première venue du candidat au congrès en 2017. Il avait été accueilli par des sifflets.

L'archive en tête de cet article nous replonge dans l'ambiance de cette rencontre houleuse. Ce 22 mars 2017, les maires entendent exprimer directement leur inquiétude après l'annonce de l'exonération massive de la taxe d'habitation. Malgré la promesse d'une compensation aux communes, cette mesure est considérée pour beaucoup d'élus comme une reprise en main par l’Etat de leurs ressources fiscales et une diminution de leur budget de fonctionnement. C'est donc face aux visages fermés de milliers de maires que le candidat d'En marche monte sur le podium et débute son discours.

Une exonération qui ne passe pas

Rapidement, Emmanuel Macron aborde la question qui fâche, celle sur la taxe d'habitation. Tout en essayant de détendre l'atmosphère, il le sait, précise-t-il, "elle est déjà sujette à critiques et à beaucoup de commentaires, parfois enthousiastes, dans cette auguste assemblée", ironise-t-il. Une pointe d'humour qui ne passe pas. Des huées et des sifflets montent de l'auditoire. Le ton de l'orateur change alors, son visage se ferme : "Non ! Moi je vous respecte. Je vous demande simplement la même chose. On peut être en désaccord, mais moi je fais partie des décideurs politiques qui refusent de faire siffler ses opposants en meeting". Visiblement agacé, il conclut : "Je ne viens pas devant les maires de France pour me faire siffler! Je vous le dis très franchement !".

A l'issue de son intervention, les maires interrogés étaient dubitatifs, et ne cachaient pas leur inquiétude. Ils craignaient une baisse de ressources pour leurs communes et s'interrogeaient : comment investir, financer les services communaux et rester autonomes ?

D'autres maires craignaient que la compensation "à l'euro près" promise par le candidat ne soit qu'une promesse en l'air.

Economies et réductions des dépenses

Emmanuel Macron élu mettra en place son programme. Dès juillet 2017, il organise une concertation avec les élus dans le cadre d'une première Conférence des territoires. Dans son allocution devant les maires, il annonce son souhait d'une refonte totale de la fiscalité locale pour accompagner la suppression de la taxe d'habitation. Il précise vouloir associer les élus à cette réflexion "avec des principes simples : qu'on puisse arriver aux mêmes résultats financiers in fine, qu'on maintienne l'autonomie fiscale tout particulièrement des communes, qu'on garde le lien avec la vertu civique entre les habitants et la commune et qu'on réfléchisse éventuellement à une part d'impôt national qui pourrait être attribué aux communes, de CSG ou de CRDS…"

C'est lors de ce premier rendez-vous de juillet 2017 que le nouveau président de la République va annoncer la réforme fiscale des communes. Elles devraient faire des économies et réduire leurs dépenses de 13 milliards d'euros en cinq ans, trois milliards de plus que ce qui était prévu dans son programme. Une différence qu'il expliquait ainsi : "C'est plus élevé que ce que nous avions anticipé parce que la situation trouvée était plus dégradée que ce que nous pensions. Mais c'est une part qui correspond à la part des collectivités territoriales dans l'ensemble de la dépense publique."

C'est aussi au cours de cette conférence qu'Emmanuel Macron a confirmé la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des foyers. Une annonce qui ne passait toujours pas. A l'issue du discours, elle était vivement critiquée par le sénateur-maire de Troyes, François Baroin, à l'époque président de l'Association des maires de France : "Ce n'est pas parce que c'est injuste qu'il faut la supprimer. Il aurait fallu la modifier. Et comment peut-on dire que c'est injuste pour 80%, et juste pour 20% ?", s'interroge-t-il.

Face à cette baisse des dotations publiques aux communes, le ras-le-bol des élus locaux s'exprimait par la voix de Gérard Larcher, président LR du Sénat : "Les élus locaux n'en peuvent plus. Ils n'en veulent plus. Ils ne sont pas de simples curseurs."

Depuis 2017, en plus des 13 milliards d’euros d’économies demandées sur les dépenses de fonctionnement, se sont ajoutées successivement les annonces de l’annulation de 300 millions d’euros de crédits pour les collectivités, la suppression des emplois aidés et la baisse des aides personnalisées au logement. Autant de nouveaux motifs de mécontentement pour les maires...

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