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C'était quoi la crise en 1984 ? Les explications d'Yves Montand

C'était quoi la crise en 1984 ? Les explications d'Yves Montand

22 février 1984, en pleine période d'austérité, Yves Montand présentait sur Antenne 2 un docu-fiction consacré à la crise économique. Dans ce programme que nous pourrions qualifier aujourd'hui de dystopique, l'acteur expliquait les causes de la crise, ses conséquences probables et proposait quelques remèdes possibles. Cette émission audacieuse et originale avait réuni à l'époque 20 millions de téléspectateurs.

Par Florence Dartois - Publié le 14.09.2022
 

Le 22 février 1984, Antenne 2 diffusait une émission de vulgarisation économique intitulée « Vive la crise ». Conçue et scénarisée par le journaliste Jean-Claude Guillebaud d’après le livre Le pari français, de l'économiste français Michel Albert, elle était présentée par un animateur plutôt inattendu, l'acteur et chanteur Yves Montand.

En pleine période d’austérité et de crise économique, alors que le gouvernement socialiste venait de décréter le tournant de la rigueur, ce programme original devait expliquer aux téléspectateurs les bonnes astuces pour économiser de l'argent et se sortir de la crise. Son dispositif de « docu-fiction » était particulièrement innovant pour l’époque, mêlant entretiens, micro-trottoirs, reportages et analyses économiques. Le tout savamment orchestré par Yves Montand. L’archive proposée en tête d’article est un extrait du début de l'émission.

Dans un flash spécial fictionnel mais très réaliste, Christine Ockrent, alors présentatrice du journal télévisé, annonçait la crise et des changements choisis par le gouvernement lors d'un conseil des ministres exceptionnel dirigé par Max Gallo. Les « mesures d’urgence destinées à enrayer l’aggravation des déficits et des dépenses publiques » énumérées par la journaliste avaient pour but de marquer d'emblée les esprits des téléspectateurs. Dans ce flash dystopique, le gouvernement réduisait les dépenses de la Sécurité sociale, supprimait les allocations familiales sous un certain plafond ou réduisait les pensions de retraite et l’indemnisation chômage... La journaliste présentait ces mesures comme « un événement politique majeur ». 

Un dispositif original

Après cette annonce, Yves Montand apparaissait en plateau, rassurant les spectateurs sur l’aspect fictionnel de cette introduction en déclarant : « La crise, quelle crise ? Tout le monde en parle autour de nous comme un désastre. Avouez pourtant que ce désastre-là n’est pas spectaculaire… Chez nous les choses n’ont pas l’air catastrophiques. Pour la plupart des gens, la crise ce n’est encore qu’un mot... » . Mais il allait très vite souligner le côté plausible de ces fausses mesures et dénoncer l'égoïsme des Français, « vivant au-delà de ce qu'ils disent, dépendant trop de l’État et devant consentir aux efforts de celui-ci ».

A noter également l’intervention de Michel Albert, ancien commissaire au Plan et spécialiste des questions économiques européennes. Principal invité et auteur de l'ouvrage à l'origine de l'émission, il allait intervenir pour évoquer l’Europe décrite selon lui comme « en train de rater la troisième révolution culturelle » (informatique et électronique), et « commençant à glisser vers le sous-développement ».

Plusieurs hypothèses et leurs conséquences étaient également abordées dans le cadre de rubriques intitulées « Et si » : et si le Mexique faisait faillite, et si la France renvoyait tous ses immigrés, et si on fermait les frontières, et si on demandait à un historien dans le futur ce qu'avait entraîné la crise des années 1980. On demandait aussi à Alain Minc si une guerre nucléaire était encore possible.

L'émission se terminait par une hypothèse de sortie de crise basée sur la création des Etats-Unis d'Europe, qui aurait été dirigés, pour l’anecdote, par une femme : Margaret Thatcher.

L'émission fut un véritable succès d'audience - on parle de 20 millions de téléspectateurs - tout en étant critiquée. Le lendemain de sa diffusion, dans un cahier spécial, le journal Libération retranscrivait ce qui s'était dit. On taxa alors le journal de faire l'éloge de l'austérité et du libéralisme. Une démarche vilipendée à gauche. Yves Montand fut lui aussi l'objet de critiques, lui qui était connu pour être un sympathisant communiste. Cette participation allait, selon ses détracteurs, à l'opposé de son engagement à gauche.

Depuis « Vive la crise » est devenu un programme emblématique de la télévision. Il a été rediffusé pour la première fois le 17 février 2019 sur la chaine LCP, dans l'émission Rembob'INA. Elle peut aujourd'hui être visionnée sur YouTube INA Culte. C'est cette version que nous vous proposons de regarder ci-dessous.

 

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