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Miss France 1977 : un concours déjà teinté de sexisme

Miss France 1977 : un concours déjà teinté de sexisme

La 93ᵉ cérémonie de l'élection de Miss France se déroule samedi 17 décembre 2022 en direct de Châteauroux.  Ce concours de beauté souvent taxé de sexisme reste pourtant l’un des programmes télés préférés des Français. Replongeons dans l'ambiance de l'élection de 1977 avec un reportage édifiant sur la manière dont le concours était perçu à l'époque.

Par Florence Dartois - Publié le 19.10.2021 - Mis à jour le 15.12.2022
 

L'ACTU.

La 93ᵉ cérémonie de l'élection de Miss France se déroule cette année dans l’Indre, à Châteauroux. Elle est diffusée comme chaque année en direct par TF1. Pour cette édition 2022, 30 candidates sont en lice et vont tenter de succéder à Diane Leyre, Miss France 2022 (Miss Ile-de-France 2021). Ce concours de beauté est dans le collimateur des associations féministes comme le collectif Osez le féminisme ! En octobre 2021, le collectif avait déjà saisi le conseil de prud'hommes pour dénoncer le sexisme du concours de beauté et ses clauses discriminatoires, estimant qu'il violait le droit du travail. Parmi les faits reprochés : l'obligation pour les candidates d'être célibataires, sans enfant, ou de mesurer plus de 1,70 m. La justice doit se prononcer le 6 janvier 2023 sur cette question, soulevée une nouvelle fois le 18 novembre. Ce reproche avait d'ailleurs déjà été formulé en 2019 par le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dans son rapport annuel « sur l'état des lieux du sexisme en France ». L'instance avait alors qualifié le concours de « caricature archaïque » de la femme.

L'ARCHIVE.

Dans les années 1970, cette « caricature sexiste » des jeunes femmes étaient à peine voilée, voire franchement affirmée. C'est ce que nous montre le reportage en tête d'article. Dans cet extrait du magazine d'Antenne 2 « Un sur cinq », diffusé en janvier 1977, consacré aux coulisses de l'élection de Miss France, Patrice Laffont ne cachait pas sa condescendance à l'égard des participantes. Allain Bougrain-Dubourg, son confrère pour l'occasion, évoquait pour sa part, mais de manière plutôt maladroite, sa gêne personnelle à assister à ce type de manifestations, s'indignant de l'image qu'un tel concours véhiculait à l'égard les femmes. S'il formulait rapidement ses réticences, il les exprimait avec des termes peu flatteurs pour les jeunes candidates, les comparants à du bétail : « j'avoue, j'ai eu du mal à faire la différence entre ce type de présentation et le salon de l'agriculture (...) à l'heure où on parle de libération de la femme, on peut tout de même s'interroger. »

Ce jour-là, les caméras suivaient les coulisses du concours. On apercevait les candidates sur les Champs-Élysées où elles défilaient en tenues folkloriques, « sous un froid polaire », tout en gardant le sourire face aux nuées de reporters. Si Allain Bougrain-Dubourg déplorait la mise en scène, Patrice Laffont jouait, lui, la carte de la misogynie et des sous-entendus grivois. Ses commentaires comme ses interviews seraient considérés aujourd'hui comme l'exemple parfait du sexisme. Ainsi, demandant à un passant âgé s'il était « un amateur de femmes », face à la réponse négative du quidam, l'animateur enchaînait avec un air entendu « C'est bien dommage ! ».

Après ce défilé, les jeunes femmes frigorifiées partaient en cortège officiel de DS à l'Hôtel de ville de Paris où elles étaient reçues en grande pompe dans les salons. L'occasion pour Patrice Laffont de leur poser quelques questions très orientées : « Vous êtes l'une des rares intellectuelles de ce groupe », ou d'interroger : « Vous vous épiez, l'une, l'autre ? ». À Miss Poitou, la favorite, il demandait si elle devait ce statut à sa taille, « parce que vous êtes la plus grande ». Une remarque qui surprenait l'intéressée elle-même : « j'espère que je ne serai pas élue pour ça ! », se défendait-elle en gardant le soutire.

Concours sexiste ou regard misogyne ?

Plus tard, le reportage dévoilait le test de connaissances générales auquel les postulantes devaient se soumettre. Dans l'archive ci-dessous, le journaliste Patrice Laffont n'aura de cesse de sous-entendre par ses insinuations peu élégantes le manque de culture des candidates. Même Madame de Fontenay, l’organisatrice de l'événement, aura bien du mal à défendre les velléités de ce concours, qui selon elle, n'était pas là pour instrumentaliser les femmes, mais pour rechercher l'équilibre entre le physique et l'intellectuel. Une précision mise à mal par son lapsus plus que révélateur en fin d'interview : « un corps sain dans un esprit sain. Heu pardon, un esprit sain dans un corps sain, pardon... »

"Nous luttons pour que Miss France ne soit pas une femme-objet, il est donc tout à fait normal qu'elle s'intéresse à ce qui se passe autour d'elle. Parce que le public a tendance à juger uniquement sur l'aspect visuel, mais nous, nous recherchons aussi les qualités intellectuelles, morales". (Madame de Fontenay)

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