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Élection de Miss France 1977 : un concours déjà teinté de sexisme

Élection de Miss France 1977 : un concours déjà teinté de sexisme

L'association "Osez le féminisme !" attaque le concours Miss France aux Prud'hommes pour "sexisme". L'occasion de nous replonger dans l'ambiance de l'élection de 1977 et de voir comment était perçu le concours à l'époque.

Par Florence Dartois - Publié le 19.10.2021
Le concours Miss France 1977 - 1977 - 03:00 - vidéo
 

Le concours Miss France est dans le collimateur de l'association féministe "Osez le féminisme !". Ce collectif vient de saisir la justices prud'homale pour dénoncer le sexisme du célèbre concours de beauté, estimant qu'il violait le droit du travail. Parmi les faits reprochés : l'obligation pour les candidates d'être célibataires, sans enfants, ou de mesurer plus de 1,70 m.

La procédure, intentée devant le conseil des prud'hommes de Bobigny contre les sociétés de production Miss France et Endemol, souligne que les candidates ne signent  aucun contrat de travail avec les organisateurs du concours, bien que leurs liens puissent s'apparenter à ceux unissant un salarié à son employeur, d'après une analyse fondée sur une jurisprudence de 2013, concernant le concours "Mister France".  Endemol "utilise des femmes pour fabriquer un programme audiovisuel extrêmement lucratif tout en bafouant le droit du travail», a déclaré l'association dans un communiqué à l'AFP, ajoutant que ce concours avait un "un impact négatif et rétrograde sur l'ensemble de la société". Ce reproche avait d'ailleurs déjà été formulé en 2019 par le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dans son rapport annuel "sur l'état des lieux du sexisme en France". L'instance avait alors qualifié le concours de "caricature archaïque" de la femme.

Dans les années 1970, cette "caricature sexiste" des jeunes femmes étaient à peine voilée, voire franchement affirmée. C'est ce que nous montre ce reportage en tête d'article. Dans cet extrait du magazine d'Antenne 2 "Un sur cinq", diffusé en janvier 1977, consacré aux coulisses de l'élection de Miss France, Patrice Laffont ne cache pas sa condescendance à l'égard des participantes.  Allain Bougrain-Dubourg commente également ce reportage, et remarque, dès le début sa gêne personnelle à assister à de telles manifestations, s'indignant de l'image qu'un tel concours véhiculait à l'égard les femmes. Il formule tout de suite ses réticences, "j'avoue, j'ai eu du mal à faire la différence entre ce type de présentation et le salon de l'agriculture... à l'heure où on parle de libération de la femme, on peut tout de même s'interroger."

Concours sexiste ou regard misogyne ?

Ce jour-là, les caméras avaient suivi les candidates sur les Champs-Elysées où elles défilaient en tenue folkloriques, "sous un froid polaire", tout en gardant le sourire face aux nuées de reporters. Si Allain Bougrain-Dubourg déplorait la mise en scène, Patrice Laffont jouait la carte de la misogynie et des sous- entendus salaces, demandant à un passant "Vous êtes un amateur de femmes vous ?... Pas du tout ! C'est bien dommage".

Après ce défilé, les jeunes femmes frigorifiées partaient en cortège officiel à l'Hôtel de ville de Paris où elles étaient reçues en grande pompe. L'occasion pour Patrice Laffont de leur poser quelques questions, à l'instar de celles-ci : "Vous êtes l'une des rares intellectuelles de ce groupe ? ," ou d'interroger : "Vous vous épiez, l'une, l'autre ?". A Miss Poitou, il demandait si elle savait qu'elle était la favorite, "parce que vous êtes la plus grande". Une remarque qui surprendra la l'intéressée, "j'espère que je ne serai pas élue pour ça !".

Plus tard, le reportage nous dévoile le test de connaissances générales auxquel les postulantes doivent se soumettre. Une fois de plus, le journaliste n'aura de cesse de sous-entendre l'inculture des candidates, soufflant même à l'une d'entre elles, qui lui avouait ne pas lire, de noter qu'elle avait lu tout Balzac. Madame de Fontenay interrogée  expliquera enfin que le comité recherche l'équilibre entre le physique et l'intellectuel, et conclura par un lapsus, "un corps sain dans un esprit sain... Un esprit sain dans un corps sain, pardon...".

 

"Nous luttons pour que Miss France ne soit pas une femme-objet, il est donc tout à fait normal qu'elle s'intéresse à ce qui se passe autour d'elle. Parce que le public a tendance à juger uniquement sur l'aspect visuel, mais nous, nous recherchons aussi les qualités intellectuelles, morales". (Madame de Fontenay)

Pour aller plus loin : 

Pour découvrir qui est devenue la Miss France 1977 : le reportage dans son intégralité.

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