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Donald Trump-Emmanuel Macron, "je t'aime, moi non plus"

Donald Trump-Emmanuel Macron, "je t'aime, moi non plus"

Entre poignée de main virile, tweets rageurs et réconciliation de façade, les rapports entre le président des Etats-Unis et le président français n'ont pas été de tout repos ces dernières années. Retour en images sur les temps forts d'une relation compliquée.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 02.11.2020 - Mis à jour le 03.11.2020

Donald Trump-Emmanuel Macron, "je t'aime, moi non plus"

Entre poignée de main virile, tweets rageurs et réconciliation de façade, les rapports entre le président des Etats-Unis et le président français n'ont pas été de tout repos ces dernières années. Retour en images sur les temps forts d'une relation compliquée.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 02.11.2020 - Mis à jour le 03.11.2020
OTAN : rencontre Macron-Trump - 2017 - 01:55 - vidéo
 
OTAN : rencontre Macron-Trump - 2017 - 01:55 - vidéo
Entre poignée de main virile, tweets rageurs et réconciliation de façade, les rapports entre le président des Etats-Unis et le président français n'ont pas été de tout repos ces dernières années. Retour en images sur quelques temps forts d'une relation compliquée.

Le duo se rencontre pour la première fois à l'occasion du sommet de l'OTAN, le 25 mai 2017, quelques jours seulement après l'élection du tout nouveau président français. Une rencontre très attendue au niveau international… "le jeune président allait-il tenir tête au milliardaire américain ? Oui, si l'on en juge la poignée de main virile entre les deux hommes" !

"J'ai eu face à moi un interlocuteur efficace et pragmatique que j'ai trouvé très ouvert..."

Une poignée de main très commentée, "mâchoire serrée, les mains blanches" pour Emmanuel Macron, comme l'ont décrits les commentateurs américains. Quelques minutes plus tôt Donald Trump avait été très élogieux "envers son cadet de 30 ans" : "C'est un grand honneur pour moi d'être avec le nouveau président de la France qui a mené une campagne incroyable, remporté une victoire formidable ! On en a parlé dans le monde entier. Bravo ! Bien joué"! déclare-t-il flatteur.

Un climat cordial qui ne fait pas oublier au leader français d'autres sujets très épineux qu'il annonce vouloir traiter avec son homologue américain. "Je suis très heureux pour ma part aussi d'être avec le président Trump, on a un agenda extrêmement large à discuter : la lutte contre le terrorisme, l'économie, les sujets climatiques et énergétiques"

Quelques heures plus tard, Emmanuel Macron dresse un portrait courtois et bien moins caricatural que celui généralement fait du président américain, "Pour monsieur Trump, il ne m'appartient pas de faire de commentaires psychologiques. J'ai eu face à moi un interlocuteur efficace et pragmatique que j'ai trouvé très ouvert et avec lequel nous avons eu une discussion de travail franche et amicale".

"Make our planet great again"

Mais quelques jours plus tard, le 2 juin 2017, c'est la douche froide. Le président américain annonce que les Etats-Unis vont sortir de l'Accord de Paris conclu un an et demi plus tôt pour freiner le réchauffement climatique.

Donald Trump défend cette décision pour protéger les emplois américains. Il suscite l'indignation de nombreux chefs d'état dont celle d'Emmanuel Macron, mais Trump réaffirme ce choix, "les Etats-Unis vont quitter l'accord de Paris sur le changement climatique… Alors que nous sommes les meilleurs dans la protection environnementale, on ne va pas se laisser imposer des obligations par les plus grands pollueurs".

Depuis l'Elysée, Emmanuel Macron fustige cette décision et dénonce "une faute"... Fait exceptionnel, le chef de l'Etat s'adresse directement aux Américains... en langue anglaise ! "Et je considère qu'il commet là une erreur pour les intérêts de son pays et de son peuple et une faute pour l'avenir de notre planète". A l'intention des scientifiques américains, il ajoute : "Je veux dire ceci, vous trouverez dans la France une seconde patrie". Avant de conclure, "Make our planet great again", en référence au slogan de campagne de Trump, "Make America great again".

Le défilé du 14 juillet à Paris : Donald Trump ébloui !

Le dirigeant français n'est pas rancunier et convie le couple présidentiel américain à assister au défilé du 14 juillet à Paris. C'est la première visite officielle en France de Trump. La veille du défilé, ils sont accueillis en grande pompe aux Invalides.

Le 14 juillet, jour du grand défilé annuel, le président américain assiste à la parade pour célébrer le centenaire de l'entrée en guerre des Etats-Unis dans la Première Guerre mondiale.

Ce 14 juillet va marquer le leader américain. C'est médusé et admiratif qu'il assiste, selon ses termes, à "l'un des plus beau défilé" qu'il lui ai été donné de voir. Ce matin-là, sur les Champs-Elysées, 150 soldats américains défilent. Ce sont les troupes américaines qui ouvrent ce défilé. Elles sont dirigées par le Major Nichols, dont le grand-père participa à la Grande Guerre. Le cortège passe devant le regard approbateur de Donald Trump. En tête des hommes, les étendards : d'abord, le drapeau américain.  La cérémonie s'achève avec la présentation des drapeaux, américain et français, devant la tribune officielle. Puis l'hymne américain résonne sur les Champs-Elysées. Le défilé s'achève par un discours du président Macron volontairement fraternel : "Nous avons trouvé aussi des alliés sûrs, des amis qui sont venus à notre secours… et les Etats-Unis sont de ceux-là". Les caméras se braquent alors sur le visage de Donald Trump toujours impassible.

Le président conclut par ces mots forts : "Rien ne nous séparera jamais des Etats-Unis".

Donald Trump, très impressionné par le défilé militaire du 14 juillet, confie, à son retour à la Maison Blanche, à ses équipes, qu'il veut faire la même chose lors de la fête nationale du 4 juillet. Dans un tweet, il annonce : "NOTEZ LA DATE ! Nous allons organiser l'un des plus grands rassemblements de l'histoire de Washington le 4 juillet. Ça s'appellera 'Un salut à l'Amérique'. D'immenses feux d'artifice, du spectacle et une allocution par votre Président préféré, moi !" Il réalisera son rêve le 4 juillet 2019.

Emmanuel Macron aux USA : Trump annonce le retrait de l'accord sur le nucléaire iranien

Emmanuel Macron retourne aux USA, à la fin du mois avril 2018, beaucoup d'images symboliques affichent leur complicité face aux journalistes : visite du bureau ovale à la maison blanche, plantation d'un chêne français dans les jardins de la résidence [qui depuis est mort…]. "L'arbre de la communication cache pour le moment la forêt des dossiers sensibles..." Emmanuel Macron souligne les combats démocratiques et la quête de liberté commune aux deux pays "et donc on doit collectivement se montrer à la hauteur de notre histoire", précise-t-il.

Mais derrière les sourires polis, se trame une crise diplomatique. Le président américain reçoit Macron dans le Bureau ovale et lui confirme que les États-Unis comptent se retirer de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. Un coup dur pour le Français, qui a placé l’Iran en tête de ses priorités diplomatiques. Emmanuel Macron ne parvient pas à convaincre Trump que Washington doit rester dans l’accord. Au troisième jour de sa visite d'Etat, devant le Sénat américain, il s'adresse au Américains et dénonce cette décision et la volonté de Trump de se lancer dans une guerre économique entre alliés. Bien que Trump soit absent de l'hémicycle, il s'adresse à lui "vous pouvez jouer avec la peur et la colère pour un temps mais cela ne mène à rien. La colère paralyse et affaiblit", puis le président français va dénoncer l'isolationnisme américain illustré par le slogan préféré de Trump "America first" : "On peut choisir l'isolationnisme, le repli et le nationalisme mais fermer la porte au monde n'arrêtera pas la marche du monde. La guerre commerciale entre alliés n'est pas cohérente. Avec notre mission. Avec notre histoire…" il conclut en prédisant que les Etats-Unis reviendront un jour dans les Accords de Paris…

G7 au Canada sur fond de guerre commerciale

Les deux présidents vont se recroiser brièvement au G7, qui se déroule en juin 2018 à Charlevoix, au Canada, sur fond de guerre commerciale, l'ambiance est délétère… Le président américain arrive en retard sur place, reporte sa rencontre avec le président français qui mène le front de coordination européenne formé à son initiative, et va provoquer le départ précipité du président américain pour une rencontre à Singapour avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un.

La guerre des tweets à l'heure des commémorations de la Grande Guerre

En novembre 2018, le président américain est convié aux commémorations du centenaire de l’Armistice, le 11 novembre à Paris. La veille de son arrivée, dans l'avion Air Force One, via un tweet, il fustige la volonté affichée du Français d'organiser une armée européenne et qui venait de déclarer : "On ne protégera pas les Européens si on ne décide pas d'avoir une vraie armée européenne", plaide-t-il.  Il faut "nous protéger à l'égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis".

La tension déjà palpable va monter d'un cran le 11. Au cours de son discours à l'Arc de Triomphe, Emmanuel Macron tient un discours critique sur la politique de l'"America first" qui va définitivement vexer le leader américain. Il va le recevoir comme une insulte.

"Le patriotisme est l'exact contraire du nationalisme. Le nationalisme en est la trahison. En disant "nos intérêts d'abord et qu'importent les autres !", on gomme ce qu'une Nation a de plus précieux, ce qui la fait vivre : ses valeurs morales".

De retour chez lui, une pluie de tweets agressifs déferle sur Macron. Trump y critique l'impopularité de son homologue français, le projet d'armée européenne et le taux de chômage en France.

La réaction du locataire de l'Elysée ne se fait pas attendre et en anglais, "je préfère toujours avoir une discussion directe ou répondre aux questions plutôt que de faire ma diplomatie par des tweets".

75e anniversaire du Débarquement, des retrouvailles de façade

Après une période tourmentée, les deux chefs d'Etat se retrouvent quelques mois plus tard à l'occasion des cérémonies de commémorations du 75e anniversaire du Débarquement, le 6 juin 2019. Ils président ensemble les cérémonies auprès de 160 vétérans puis ils déjeunent à Caen... Dans son discours, Macron s'adresse directement à son homologue, se retournant vers lui, il déclare : "L'Amérique, cher président Trump, qui n'est jamais aussi grande que lorsqu'elle se bat pour la liberté des autres…", message reçu par un petit sourire entendu, à défaut d'être complice. Puis c'est à Trump de déclarer, "notre alliance a été forgée dans de rudes batailles et éprouvée dans la paix. Nos liens sont indestructibles".

Les retrouvailles des deux chefs d'Etat

La guerre du vin aura-t-elle lieu ?

Le calme avant une nouvelle tempête. Pourtant les sujets de discorde entre les deux hommes s'accumulent. Le mois suivant, en juillet 2019 le président américain se lance dans une guerre commerciale contre les vins français après que le parlement français ait voté une taxe sur les GAFA. En annonçant une taxation contre les géants américains numériques, Emmanuel Macron s'est attiré la foudre du président américain qui menace de taxer d'avantage le vin français. Les Etats-Unis est le pays d'exportation qui rapporte le plus à la France avec une croissance de 32% ces cinq dernières années. Pour les amateurs américains, le vin français deviendrait moins attractif. Le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, espère alors trouver rapidement un accord avec les Etats-Unis sur les taxes GAFA. Pour Mathieu Plane, économiste à l'OFCE, les menaces de Donald Trump ne sont pas à prendre à la légère.

La guerre des taxes sur le vin français

Crise iranienne, Macron tente la conciliation : c'est l'imbroglio

Août 2019. Les relations entre l’Iran et les États-Unis se tendent car Washington renforce ses sanctions. Emmanuel Macron endosse le costume de conciliateur et réclame un allègement des sanctions américaines. Il invite le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif à Biarritz où se déroule le sommet du G7. Emmanuel Macron crée la surprise en invitant le chef de la diplomatie iranienne pour discuter du nucléaire iranien avec son homologue français Jean-Yves Le Drian. Sur cette visite surprise, Trump, fermé reste énigmatique "No comment"! Le flou persiste. Emmanuel Macron affirme avait été mandaté pour parler avec les Iraniens au nom du G7, ce que dément Trump, "non, je n'ai pas discuté de ça, pas du tout". Macron fait marche arrière, "le G7 est un club informel, il n'y a pas de mandat qui est donné dans le cadre du G7 à l'un ou à l'autre. Et donc il y a des initiatives qui continueront à être prises par les uns et les autres, et nous on va continuer à agir. Parfois, y compris de manière très discrète pour que ce soit efficace".

L'Iran, invité surprise du G7 de Biarritz

Trump mettrait-il de l'eau dans son vin ?

Au sortir du G7, un bonne nouvelle cependant : la menace de représailles sur le vin français s'éloigne... le sujet semble pacifié et Donald Trump plaisante : "Je peux vous confirmer que la première dame aime le vin français"... une pause avant de trouver un accord international en 2020...

Iran... "Il faut avoir le courage de faire la paix"

Le 24 septembre 2019, en marge de la conférence mondiale pour le climat, Emmanuel Macron continue ses tentatives de conciliations entre Rohani et Trump. A la tribune de l'ONU à New York, il déclare, "Il faut avoir le courage de faire la paix". Il en appelle les USA et l'Iran à reprendre les négociations... Mais dans ce dossier, les deux camps restent inflexibles : Donald Trump menace même de durcir encore les sanctions contre Téhéran...

L'OTAN est "en état de mort cérébrale" et la taxe sur les vin ressuscite...

Les deux présidents vont avoir l'occasion de confronter à nouveau leurs ego au sommet des 70 ans de l'OTAN, à Londres, début décembre. Quelques jours après qu'Emmanuel Macron ait déclaré que l'OTAN était "en état de mort cérébrale

Le 3 décembre 2019, en marge du sommet, le président américain Donald Trump laisse entendre que les Etats-Unis pourraient bien taxer les produits français. Cette décision est en représailles de la taxe GAFA française sur les géants du numérique. On croyait pourtant l'affaire quasiment réglée à la fin de l'été. Les Etats-Unis acceptaient alors de travailler sur un projet international de taxation des géants du numérique. Mais Donald Trump a changé d'avis. Il menace de nouveau la France de représailles contre sa taxe GAFA. Roquefort, champagne, sacs à main pourraient être pénalisés. A moins que Donald Trump et Emmanuel Macron ne s'entendent à nouveau.

Taxe GAFA : les menaces de Donald Trump

La crise du coronavirus va passer au premier plan mais Emmanuel Macron va encore s'opposer à l'Américain, au nom de l'Europe cette fois-ci, lorsque le président Donald Trump prend la décision, sans en informer l'Union Européenne au préalable, d'interdire l'entrée de tous les ressortissants européens sur son sol. Très critique envers l'UE, il l'accuse de ne pas avoir su lutter contre le virus et de l'avoir laisser circuler. Le Royaume-Uni et l'Irlande échappe à l'interdiction. Emmanuel Macron rappelle que c'était au niveau européen que devait se décider le contrôle des frontières.

Crise de la Covid-19 : les Européens interdits de séjour aux USA 

Pour aller plus loin

Défilé du 14 juillet 2017 : le jour où Donald Trump fut ébloui (article) 

Les USA et l'OTAN, le prix à payer (Module INA-France Info, avril 2017)

JT de 20h00 : Donald Trump, Emmanuel Macron : Tête à tête à l'Elysée (13 juillet 2017)

Message d'Emmanuel Macron aux Américains. (25 avril 2018)

JT de 20h00 : Trump Macron : vers un nouvel ordre mondial ? (25 septembre 2019)

Florence Dartois


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