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Dans un élevage de poulets en 1962

Dans un élevage de poulets en 1962

L'association L214 a dénoncé les conditions de vie de poules pondeuses d'un élevage dans les Deux-Sèvres. Les élevages intensifs sont apparus au début des années 1960 avec le développement de la consommation de viande et d'oeufs. A Miélan, dans le Gers, l'un de ces élevages modernes avait accepté d'ouvrir ses portes à la télévision.

Par Florence Dartois - Publié le 16.12.2021
Suivez l'oeuf : élevage de poulets - 1962 - 03:16 - vidéo
 

Des poules frappées, certaines laissées mortes au milieu de leurs congénères… Une nouvelle vidéo de l'association L214 publiée jeudi 16 décembre sur la maltraitance dans l’élevage de Pamproux, dans les Deux-Sèvres, est difficile à regarder.

Entassées dans des cages, les poules sont victimes des mauvaises conditions sanitaires et parfois même de la violence des employés. L'association a porté plainte contre la société pour maltraitance et actes de cruauté auprès du parquet de Niort et a saisi la Commission européenne.  L214 appelle à la fermeture de l'élevage et souhaite relancer le débat sur l'élevage en batterie, en vue de l'élection présidentielle.

L'élevage intensif est apparu au début des années 1960, avec le développement de la société de consommation. Lorsque la viande et les oeufs sont devenus courants sur les tables françaises, il a fallu produire davantage pour approvisionner les rayons. L'archive en tête d'article nous plonge au coeur d'un élevage intensif de poulets. Ici, les poules pondeuses fournissent des poussins, qui, une fois élevés, finiront dans les assiettes.

Nous sommes le 17 avril 1962, le journal télévisé propose un reportage dans l'élevage de Miélan, dans le Gers « où l'agriculture est reine et traitée sur le plan industriel ». Chaque poule est « admirablement nourrie selon les préceptes de l'hygiène et aussi de l'efficacité productive ». Les poules pondeuses fournissent des milliers d'oeufs, non pas pour l'alimentation, mais placés en incubation dans un couvoir, « une espèce de couveuse géante ». Après quelques semaines, les poussins naissent dans de grands tiroirs, où serrés les uns contre les autres, ils seront triés, avant d'être confiés à d'autres producteurs qui les élèveront dans des hangars. Ces poulets ne verront jamais le soleil ni l'extérieur. Une fois la taille satisfaisante acquise, ils seront menés à l'abattoir de la coopérative.

Les images nous montrent ensuite comment les animaux sont tués grâce à « un procédé très moderne, ici l'électrocution... La préparation de la bête morte est presque entièrement automatique. Vient ensuite le calibrage et le conditionnement en petite poche de cellophane. » Mis rapidement en caisses, les gallinacés se rendront en camion frigorifique vers leur destination finale : « 26 tonnes, soit 3 000 têtes sont ainsi véhiculées à chaque voyage », conclut le commentaire.

Des pondeuses surexploitées

L'objectif de ces élevages était de fournir de la viande mais aussi davantage d'oeufs frais. En 1966, le directeur de la station de recherches avicoles de l'INRA expliquait comment on procédait pour faire pondre les poules deux fois par jour (contre une seule fois dans des conditions normales) : en les privant de lumière naturelle et en les exposant à une lumière artificielle à deux reprises. Mais le problème de cette technique, c'était que la poule n'avait pas le temps de constituer de coquille solide ! Malgré tout, le directeur prédisait une industrialisation de la ponte pour les 20 prochaines années.

 

Poules pondeuses et jeunes poulets
1966 - 02:14 - vidéo

« Les poules seront élevées par bandes de 5 000 ou 100 000, dans de grandes usines à faire des oeufs, où la plupart des opérations d'élevage seront mécanisées. L'alimentation l'est déjà ». René Péro, directeur de la station de recherches avicoles.

En 1968, les exploitations avicoles avaient réalisé leur mue et ce directeur vantait les mérites de l'industrialisation de la production d'oeufs pour une qualité standard supérieure, selon lui, à celle que pouvait fournir un producteur fermier traditionnel. 

Elevage intensif de poules pondeuses
1968 - 06:26 - vidéo

« Le poulet se fabrique aujourd'hui à peu près comme une boîte de détergent... on le remplit de farine en 7, 8 ou 9 semaines et lorsqu'il est plein : on l'abat. Quant aux poules, ce sont des petites machines-outils à hautes performances auxquelles on demande de pondre le plus d'oeufs possible, en mangeant le minimum, bien-sûr".

La loi sur l’élevage de poules pondeuses en cage se durcit en France, mais cette pratique n’est pas interdite totalement, ce que regrettent les associations de défense des animaux. Voté dans le cadre de la loi Egalim I en 2018, le moratoire sur l’élevage de poules pondeuses en cage n’est pas encore en vigueur. Le gouvernement a publié son décret d’application le 15 décembre 2021.

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