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Dans les coulisses de la rédaction de la BBC en 1970

Dans les coulisses de la rédaction de la BBC en 1970

La BBC (British Broadcasting Corporation) fête ses cent ans le 18 octobre 2022. Ce symbole de l’audiovisuel public britannique possède une rédaction inscrite au cœur de l’actualité depuis sa création. En 1970, la télévision française filmait l’activité de cette ruche en perpétuelle effervescence. Un reportage rare et passionnant, reflet d'une époque révolue.

Par Florence Dartois - Publié le 18.10.2022
L'information à la BBC - 1970 - 13:19 - vidéo
 

L’ACTU.

La British Broadcasting Corporation célèbre ses cent ans le 18 octobre. La BBC fut créée le 18 octobre 1922 sous l’influence d’un groupe d'entrepreneurs. Ses premiers programmes furent diffusés près d’un mois plus tard le 14 novembre. À 18h00, le premier bulletin d'information crépitait dans les rares postes de radio de Grande-Bretagne. Depuis, la BBC a accompagné l’histoire de son pays et du monde entier, du premier message radiophonique d’un roi à son empire (George V s'adresse à l'Empire britannique en 1932), en passant par la diffusion du couronnement d’Elizabeth en 1953 ou en servant de relais à la Résistance française durant la Seconde Guerre mondiale, avec la diffusion en direct de l’appel du général de Gaulle le 18 juin 1940.

L’ARCHIVE.

Nous avons retrouvé une archive rarissime des coulisses de la rédaction de la BBC diffusée sur la 1ère chaîne de la RTF le 7 novembre 1970. Quelque temps plus tôt, Jean-François Delassus et Jean-Pierre Janssen, deux reporters du magazine d’information « Vingt-quatre heures sur la deux », avaient été autorisés à visiter la rédaction de la BBC 2. En immersion, ils avaient pu partager le quotidien de l’équipe des journalistes de la rédaction.

Après avoir planté le décor de l’ambiance londonienne si dépaysante et de leur arrivée mouvementée à la BBC, les journalistes dévoilaient les images de la rédaction « une grande salle commune aux deux chaînes » [BBC1 et 2]. Il s’agissait de ce que nous appellerions aujourd’hui un open-space « confortable bien éclairé extrêmement bien équipé » constataient-ils visiblement impressionnés. Effectivement, les journalistes anglais possédaient tous leur propre téléphone et une machine à écrire. Des postes de télévision diffusaient les programmes de la chaîne en continu dans la salle. Un équipement de pointe pour l’époque. La caméra filmait au plus près les visages des reporters en plein travail, certains concentrés, tendus, parfois fatigués, voire assoupis. Des visages qui en disaient long sur les longues heures passées ici. Hommes et femmes, essentiellement des secrétaires de rédaction qui tapaient les articles, s’activaient dans une ambiance digne d'une ruche.

De l'actu en continu

L’effervescence se poursuivait à la conférence de rédaction, qui se déroulait chaque matin de 9h45 à 10h10, et à laquelle les Français avaient pu assister. C’est là que se décidait les sujets qui seraient traités au journal du soir, « ce jour-là, il était surtout question des élections américaines et de la catastrophe de Saint-Laurent-du-Pont [l’incendie d’une discothèque en France qui a fait 146 morts]. La BBC attendait d’ailleurs des images tournées sur place par « Vingt-quatre heures sur la deux » qu’elle achèterait dans le cadre des échanges internationaux, expliquait le journaliste. Autour de la longue table, les journalistes, surtout masculins, souvent avec une cigarette à la bouche, tentaient de faire accepter leur propre sujet. Il était surtout question d’actualité nationale dans leurs éditions, ce que confirmerait plus tard le rédacteur en chef. À l’époque, la Grande-Bretagne candidatait pour entrer dans le Marché Commun, ce sujet-là était beaucoup traité, mais « l’Europe, pas tellement » concédait-il. Il ajoutait que la plupart des interviews présentées à l’écran étaient majoritairement en langue anglaise, ce qu’il tentait de changer, tout en doutant de l’acceptation du public anglais, « nous restons au fond très conservateur », avouait-il dans un demi-sourire. Venaient les portraits de la spécialiste de la famille royale « taquinée » par ses collègues, qui ne la prenait pas vraiment au sérieux, du « copytaster », le « goûteur de dépêches ».

Du thé et pas de speakerine !

À l’heure du déjeuner, les bureaux se couvraient de plats et sandwichs pris sur le pouce, arrosés de thé comme il se doit. D'ailleurs, un sujet épineux ! Un journaliste à qui l’on demandait si les Anglais seraient capables de travailler sans boire de thé répondait à son confrère français : « Et vous en France, est-ce que vous pouvez travailler sans pinard ? » Sans doute un peu pincé au vif par cette remarque désobligeante, le journaliste français ne se privait pas de dénoncer la consommation des « chopes de bière et du whiskey soda au club de la BBC » de ses collègues anglais.

Après cette querelle de boissons, la suite du reportage entraînait le téléspectateur français dans la régie. Là, il apprenait de la bouche d’un réalisateur qu’il n’y avait pas de speakerines à la BBC, contrairement à la RTF où elles annonçaient les programmes. Ce réalisateur expliquait qu'« elles n’étaient pas très bonnes » et que les téléspectateurs « s’en passaient très bien », même s’il concédait que c’était « toujours agréable de voir une jolie fille à l’écran ». Le reportage s’achevait sur la conception du journal télévisé, avec l’interview du présentateur vedette du 19h30-20h00. Il présentait une soixantaine de séquences très courtes et dévoilait que ses textes étaient entièrement rédigés par ses collègues journalistes, lui se contentant de les lire, sans aucune place à l’improvisation. En cas de « breaking news », une caméra était aussi placée en salle de rédaction pour que la prise d’antenne soit instantanée. Elle servait également aux flashs d’information de la journée. La BBC se devant de rester au cœur de l’événement toute la journée.

1972 : la BBC a 50 ans

Nous vous proposons de découvrir ci-dessous un récapitulatif en archives de l’histoire de la BBC depuis la Seconde Guerre mondiale et Radio Londres. Un reportage diffusé dans le 20 heures de l’ORTF en novembre 1972.

La BBC a 50 ans
1972 - 04:54 - vidéo

Pour aller plus loin 

Le 23 mai 1994, à la veille des cérémonies de commémoration du cinquantenaire du débarquement allié en Normandie, le 13 heures de France 2 avait diffusé un reportage sur l'importance de la BBC dans la transmission des informations provenant de la Résistance française organisée à Londres vers la France. Illustré d’images d'archives et de photographies d’époque, le reportage donne la parole Henri Korman, speaker de l’émission « Les Français parlent aux Français », notamment à propos des vers de Verlaine qui annoncèrent le débarquement et Maurice Schuman, porte-parole de la France Libre sur le rôle de la radio.

Le 6 juin 1994, l’émission de France 3 « 1944-1994 : il y a 50 ans la libération » dressait le portrait de Frank Gillard, l’un des premiers correspondants anglais de la BBC à avoir participé à Creully, dans le Calvados à la première station de radio des correspondants de guerre durant la Seconde Guerre mondiale. De retour à Creully, il évoquait son métier durant ces années de guerre et expliquait ce qu'était le « Midget » qui servait aux journalistes de la BBC à enregistrer les reportages sur le terrain.

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