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La folle ascension des jets privés en France depuis les années 1990

La folle ascension des jets privés en France depuis les années 1990

Les jets privés sont critiqués pour leurs émissions de gaz à effet de serre depuis que plusieurs comptes Twitter et Instagram ont lancé une surveillance de certains vols privés. Ce que l’on appelle l’aviation civile a explosé dans les années 1990. Dans l'Hexagone, leur développement était vu comme un avantage pour le développement économique.

Par Florence Dartois - Publié le 22.08.2022
Les avions d'affaires - 1991 - 01:55 - vidéo
 

L’aviation civile est sous le feu des projecteurs. Dimanche 21 août, le député Julien Bayou, secrétaire national d'EELV, a souhaité l'interdiction des jets privés, mettant en cause la pollution qu'ils dégagent. En réponse, le ministre délégué aux Transports Clément Beaune a déclaré étudier une régulation des vols d'avions privés. Les déplacements de cette branche de l’aviation a été mise en lumière grâce à l’apparition sur les réseaux sociaux de comptes scrutant les déplacements en jets de personnalités et hommes d’affaires. Dans un contexte de transition écologique, la pollution générée par ces jets privés choque. Dans une interview accordée à franceinfo, Lucas Chancel, codirecteur du laboratoire sur les inégalités à l’École d’économie de Paris, souligne : « Pour rappeler les ordres de grandeur, une heure de jet privé va émettre autant de carbone qu'un Français dans sa voiture pendant une année entière. Nous sommes dans une démesure totale qu'il est urgent de régler. » Une situation d’autant plus difficile à accepter qu’une mesure de la loi « Climat et résilience » interdit, depuis avril 2022, pour le commun des mortels, de prendre l'avion si une alternative en train existe pour un trajet de moins de 2h30.

Le discours a bien changé si on compare avec celui tenu au début des années 1990 à l'époque où l'aviation civile débutait et où le leader mondial dans ce secteur était le groupe français Dassault Aviation. Dans l’archive présentée en tête d’article, le PDG du groupe, Serge Dassault, revenait sur cette branche de son activité de plus en plus lucrative. Ce reportage du «Soir 3» de FR3 diffusé le 18 juin 1991 faisait le point sur la situation de l’aviation civile qui avait subi de grosses pertes avec la guerre du Golfe et la récession du marché américain, jusqu'alors gros pourvoyeur de jets. 

Technologie, luxe et sérénité

Assis dans le cockpit d'un de ses Falcon, Serge Dassault expliquait qu’il avait su réorienter son activité vers une clientèle mondiale. En attendant la sortie du Falcon 2000, l’avionneur français avait misé sur le haut de gamme avec ses Falcon 50 et 900. Sur des images filmées dans le cockpit, au décollage et en vol, puis dans la luxueuse carlingue, le commentaire précisait que ces jets associaient « une technologie de pointe, une autonomie de vol et une économie de consommation » à un confort exceptionnel. Un vrai succès puisque plus de 300 Falcon avaient trouvé acquéreurs.

Dans ce même reportage, Bernard Latreille, le directeur de l’aviation civile chez Dassault, expliquait que pour un chef d'entreprise, un jet était « un outil de travail » qui libérait des contraintes du transport aérien, tels que « des horaires fixes, des escales, l’attente dans les aéroports ». Il  affirmait qu’il s’agissait là « d’outils très puissants pour épargner le temps et la fatigue des dirigeants ». Malgré un coût élevé, un avion privé était rapidement amorti selon lui, le rendant « rentable ». L’aviation d’affaire avait un avenir prometteur affirmait le journaliste en conclusion.

Le grand boom

En 2005, la France était devenue le plus grand vendeur d’avions privés au monde. Contrairement aux idées reçues, 90 % des acquéreurs n’étaient pas des VIP fortunés mais des hommes d’affaires ou des sociétés. A l’époque, 23 500 avions d’affaires étaient en service contre seulement 21 000 avions de ligne. Un jet décollant toutes les 45 secondes. L'archive ci-dessous confirmait ce succès. Cette année-là, le secteur était en plein boum et Dassault Aviation dévoilait son nouvel avion, le Falcon 7X. Pour 29 millions d’euros, le constructeur promettait le luxe et les meilleures conditions de travail. Côté pilotage, un cockpit ultramoderne qui n’avait rien à envier à l’Airbus A380. Le pilote d’essais Yves Kherève présentait l'équipement et Charles Edelstenne, PDG de Dassault Aviation, expliquait que l’élargissement de l’Europe allait encore accroître les besoins d’avions civils. L'avenir s'annonçait toujours plus prometteur.

Falcon 7X et boum avions d'affaires
2005 - 02:01 - vidéo

Les aéroports s’adaptent

En 2010, on fêtait les 50 ans de l’aviation d’affaire au Bourget. Son développement avait forcé les aéroports à se réinventer. A seulement 7 km de la capitale, Le Bourget était devenu le première plateforme aéroportuaire d’Europe entièrement consacrée à l’aviation d’affaire, combinant un héliport et un aéroport pour jets. Malgré la récente crise économique, l’activité du Bourget avait doublé. L’aviation civile connaissant une croissance deux fois supérieure à celle de l'aviation de ligne. A l’époque, l'aéroport représentait 3000 emplois et 1 milliard d'euros de chiffre d’affaires annuel pour les entreprises qui y étaient implantées. François Chavatte, le premier copilote d’un avion d’affaire en 1960, racontait ses débuts dans des avions à « 4 sièges et une table ».

Page économie : L'aviation d'affaires
2010 - 03:15 - vidéo

Pour terminer, voici les coulisses de l’aéroport de Nice et les dispositions prises pour satisfaire la clientèle fortunée. Alors qu’un passager classique passe en moyenne deux heures dans un aéroport, un passager VIP, déposé en limousine au pied des pistes, n’y restera que 10 minutes. Cette clientèle de jets privés représente un vol sur cinq. 

Grand format : l'aéroport des V.I.P
2010 - 03:44 - vidéo

Suivez les jets : 

Plusieurs sites permettent d’observer la position des avions en temps réel comme Flightradar24 et ADS-B Exchange. L’un des plus connus, baptisé « ElonJet » sur Twitter, suit même à la trace l’avion privé d’Elon Musk. Sur Instagram, « L’avion de Bernard » traque le jet privé de Bernard Arnault, patron de LVMH et première fortune de France.

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