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1958 : les conseils d'Arletty à une jeune actrice

1958 : les conseils d'Arletty à une jeune actrice

Arletty, actrice majeure du cinéma français des années 1930 et 1940, mourait il y a trente ans, le 23 juillet 1992, à l'âge de 94 ans. En 1958, elle listait les qualités nécessaires selon elle au métier d'actrice, évoquait sa propre carrière et le nom de son réalisateur fétiche, Marcel Carné.

Par la rédaction de l'INA - Publié le 22.07.2022
Arletty sur le métier d'actrice - 1958 - 02:59 - vidéo
 

Arletty, de son vrai nom Léonie Bathiat, naît en 1898 à Courbevoie. Au sortir de la Première guerre mondiale, la jeune Léonie monte sur les planches, dans des opérettes, au théâtre. Elle fréquente la bonne société parisienne, travaille aussi comme mannequin et prend son nom de scène. C’est en 1930 qu’elle débute au cinéma, dans La Douceur d'aimer, de René Hervil.

En 1938, elle entre dans la mythologie du cinéma français avec sa première participation à un film de Marcel Carné, Hôtel du Nord, dans lequel elle interprète le rôle de Mme Raymonde et tient la dragée haute au grand acteur de l’époque, Louis Jouvet. Dans une scène filmée sur le canal Saint-Martin, elle lance la célèbre réplique : « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? », un texte écrit par Henri Jeanson. Arletty devient alors la grande actrice du moment, tournant notamment pour d’autres réalisateurs importants, comme Henri Boyer et Claude Autant-Lara, mais c’est avec Marcel Carné qu’elle poursuit la plus belle page de sa carrière – et l’une des plus belles du cinéma français – en tournant en 1939 Le jour se lève, Les Visiteurs du Soir en 1942 et enfin Les enfants du Paradis, en 1943, ces trois derniers films étant dialogués par Jacques Prévert.

Durant l’Occupation, Arletty entame une relation amoureuse avec un haut dignitaire nazi, Hans Jürgen Soehring, l'un des hommes de confiance de Hermann Göring à Paris. La relation, qui durera jusqu’en 1939, vaudra à Arletty l’opprobre du Paris libéré : internée quelques jours à Drancy, puis quelques semaines à Fresnes, elle sera astreinte à la résidence surveillée pendant 18 mois. En 1946, le comité d'épuration lui inflige un blâme, assorti d'une interdiction de travailler de trois ans.

Après cette éclipse, elle renoue avec le théâtre et le cinéma, jusqu’à ce qu’en 1966 un accident oculaire lui fasse perdre partiellement la vue. Elle disparaît des planches et des plateaux de film, mais continue à prêter sa voix à des documentaires. Elle meurt le 23 juillet 1992 à l’âge de 94 ans.

«Imaginez Rému à la Chambre des Députés. On refuserait du monde...»

Dans les archives de l’INA, nous avons retrouvé une belle interview de l’actrice, en 1958, pour l’émission « Gros plan » de la RTF, dont nous proposons cet extrait placé en tête d’article, au cours duquel Arletty énumère les qualités qui font selon elle une bonne actrice.

« Si j’avais à débuter, maintenant que j’ai analysé les qualités indispensables qu’il faut avoir au départ, je serais un peu effrayée. Article premier : la santé. Quand on veut jouer vingt ans La Dame aux Camélias, faut avoir de drôles de poumons. Ensuite, une voix, ou comique ou tragique. Si possible, une personnalité. Et enfin, le talent. Lequel s’acquiert par le travail, puisque le talent veut dire une mise au point d’un métier. Et pour ça, il faut des années. Moi je suis pas en deux devant le talent. Je suis séduite par une nature. Une nature, il faut pouvoir la transplanter, marchand de marrons, épicier, croupier, député. Tenez, un exemple. Imaginez Rému à la Chambre. On refuserait du monde. Je suis séduite aussi par la voix de Pierre Fresnay, de Charles Boyer, sans oublier notre Maurice [Chevalier, NDLR] national qui déplace toujours les dames. La voix, c’est capital. Car, qu’est-ce qui nous reste d’un film, quelques intonations. Mais des intonations, rares. L’esthétique, c’est pas primordial. Evidemment, il faut pas transformer le théâtre en cour des miracles. D’une actrice qui est belle, on le dit une fois, qu’elle est idiote, on le dit toute la soirée. Et encore je suis polie...

Arrivons aux auteurs. Là c’est plus sérieux. Il y a ceux qui aiment les acteurs, et ceux qui ne les aiment pas. Etant très paresseuse, je préfère ceux qui me témoignent un peu d’amour. A l’auteur qui aime une actrice, connaît ses limites, sa musique, et c’est pourquoi Jacques Prévert et Henri Jeanson qui ont le culte des acteurs, leur confient une partition qu’ils n’ont plus qu’à servir. Aujourd’hui, la femme de ménage s’exprime comme la duchesse, et inversement la duchesse comme la femme de ménage. Mais, puisque musique il y a, il nous faut un chef d’orchestre. Moi, j’ai eu le plus petit par la taille, et le plus grand par le talent, j’ai nommé Marcel Carné. »

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