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Années 70 : la France découvre enfin l'oeuvre de Tolkien

Années 70 : la France découvre enfin l'oeuvre de Tolkien

Le jeudi 25 mars est le jour de lecture de Tolkien, un événement annuel visant à promouvoir l'oeuvre de l'auteur du Seigneur des anneaux


Par la rédaction de l'INA - Publié le 31.08.2018 - Mis à jour le 25.03.2021

Années 70 : la France découvre enfin l'oeuvre de Tolkien

Le jeudi 25 mars est le jour de lecture de Tolkien, un événement annuel visant à promouvoir l'oeuvre de l'auteur du Seigneur des anneaux


Par la rédaction de l'INA - Publié le 31.08.2018 - Mis à jour le 25.03.2021
Jean-Jacques Brochier à propos de Tolkien - 1973 - 09:27 - vidéo
 
Jean-Jacques Brochier à propos de Tolkien - 1973 - 09:27 - vidéo
Le jeudi 25 mars est le jour de lecture de Tolkien, un événement annuel visant à promouvoir l'oeuvre de l'auteur du Seigneur des anneaux. Déjà réputée dans les pays anglo-saxons dans les années 1950, l'oeuvre de Tolkien ne sera publiée en France qu'à partir de la fin des années 1960, chez Stock, puis Christian Bourgois. Retour sur une aventure éditoriale.

C’est en 1937 que John Ronald Reuel Tolkien, professeur de langue et de littérature anglaises à Oxford, publie en anglais The Hobbit (Le Hobbit). Si l'univers qu'il y décrit est avant tout le fruit de son imagination et des récits qu'il a commencés à élaborer à partir des années 1910, Tolkien se base également sur sa connaissance intime et passionnée des cultures anglo-saxonnes et nordiques.

Les deux premiers tomes de The Lord of the Rings (Le seigneur des anneaux)The Fellowship of the Ring (La fraternité de l'anneau), et The Two Towers (Les deux tours), seront publiés en 1954.

En 1955 paraît The Return of the King (Le retour du roi), troisième et dernier opus d'une saga qui conquiert progressivement le monde, grâce à la ferveur de sa réception aux Etats-Unis. Robert Louit, traducteur des œuvres de Philip K. Dick et J.G. Ballard, invité sur le plateau de l’émission "Italiques" le 5 janvier 1973, raconte : « Au début assez confidentiel, parce c’est un livre qui coûtait extrêmement cher, il a ensuite été publié en Amérique, en 1965, en édition de poche ».

Sa diffusion massive aux Etats-Unis signe le début d’une aventure éditoriale mondiale, le début d'un « phénomène absolument extraordinaire ». En Amérique, au cours des années 1960, le principal public se recrute parmi « des gens de moins de 30 ans » qui se « ruent sur le livre ». C'est un immense succès : en trois ans, entre « 1965 et 1968, ce livre [va connaître] vingt rééditions en édition de poche ».

La culture hippie plus particulièrement apprécie « l'univers de merveilleux » de la saga, et Le seigneur des anneaux devient en ces années portées par une jeunesse effervescente et contestataire un symbole de contre-culture. Fleurissent alors à travers l'Amérique en lutte contre la guerre du Vietnam ou le président Nixon des slogans comme « Gandalf président ! », ou encore « Frodon est vivant ».

La France, dernière informée

L'édition française ne s'empare de l'oeuvre de Tolkien qu'à partir de 1969, lorsque Stock publie pour la première fois en français Bilbo le Hobbit. La radio s'en fait naturellement l'écho.

Invité dans les matinées de France culture, le 24 juillet 1969, Marcel Schneider semble conquis et déplore le décalage entre les goûts français et anglo-saxons quant à la réception d'un genre littéraire qui enchante l'Amérique : « Nous sommes toujours les derniers informés en France des livres, soit de merveilleux, soit de fantastique ».

Un retard analogue, selon l'écrivain, à celui dont fut victime plus tôt Alice au pays des Merveilles, un roman « qui a mis un temps infini à traverser la Manche, et dont on commence à parler un petit peu ».

Après avoir résumé avec enthousiasme les aventures du jeune Bilbo dans les terres du Milieu, Marcel Schneider relève dans le livre des éléments évoquant tout à la fois « les romans de La Table ronde, de Lewis Caroll et de La Fontaine ».

L'aventure Christian Bourgois

Prenant la suite de Stock, l'éditeur Christian Bourgois va traduire en 1972 et 1973 la première version française du Seigneur des anneaux. Il reçoit alors en 1973 le prix du meilleur livre étranger.

La même année, l'émission "Italiques" consacre une émission – déjà évoquée plus haut – au personnage et à l'oeuvre de Tolkien. Le journaliste Jean-Jacques Brochier, rédacteur en chef du Magazine littéraire, introduit le débat en espérant que la publication du Seigneur des anneaux devienne « un événement littéraire en France, [à l'image de ce qu'il a été] en Angleterre et en Amérique ». 

Pour la radio, c'est le réalisateur Alain Barroux qui présente Le Seigneur des anneaux, le 3 avril 1973, pour l'émission Un livre, des voix. Ce dernier considère l'oeuvre, ni plus ni moins, comme une nouvelle mythologie : « Tolkien, regrettant la pauvreté de l’Angleterre en mythes, a essayé d’en inventer un et d’aller jusqu’au bout de son récit ».

Une mythologie qui est la « synthèse de tous les contes de l’Occident, du mythe des Nibbelungen, dont on retrouve la malédiction de l’anneau, à Don Quichotte », à travers « l’évocation d’un univers d’innocence, de candeur, un univers qui s’oppose au mouvement général du monde, à cette sorte de réorganisation des instincts et des désirs qui élimine peu à peu la bonté de l’univers ». 

Alain Barroux compare « les personnages de Tolkien, les Hobbits, hauts de 60 cm à 1m20 », aux habitants de Lilliput [île imaginaire au centre des Voyages de Gulliver, roman écrit en 1721 par Jonathan Swift], à cette différence près que les Hobbits « habitent dans la terre, et [que] leur caractère cordial les prépare à tous les rendez-vous de l'amitié ». C'est une vision profondément utopiste de la communauté qu'Alain Barroux décèle dans la Terre du Milieu : « Ils [les Hobbits] vivent en sympathie avec les Elfes, les bons magiciens, dans un monde qui ignore la propriété, la lutte pour la vie, car les ressources et les réserves surabondent. C'est l'humanité du Néolithique, l'âge d'or du premier Adam ».

Cyrille Beyer


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