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7 mars 1966, la France tourne le dos à l'OTAN

7 mars 1966, la France tourne le dos à l'OTAN

Le 7 mars 1966, le général de Gaulle fait part aux Américains de son intention de quitter le commandement intégré de l'OTAN. Cette décision, il l'avait expliquée aux Français quelques jours plus tôt, dans une allocution du 21 février.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 05.03.2021 - Mis à jour le 07.03.2021

7 mars 1966, la France tourne le dos à l'OTAN

Le 7 mars 1966, le général de Gaulle fait part aux Américains de son intention de quitter le commandement intégré de l'OTAN. Cette décision, il l'avait expliquée aux Français quelques jours plus tôt, dans une allocution du 21 février.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 05.03.2021 - Mis à jour le 07.03.2021
 

La France est l'un des membres fondateurs du traité de l'Atlantique Nord (Otan ou Nato) fondé en 1949, aux côtés de onze autres nations. 

Son objectif : assurer la défense et la sécurité de l'Europe face à l'Union soviétique après la Seconde Guerre mondiale. L'alliance se fissure. Quinze ans plus tard, la situation internationale a changé, ce que souligne d'emblée le général dans son allocution. Il est l'heure pour lui de s'émanciper de la tutelle américaine. Il l'annonce en ces termes dans une conférence de presse retransmise à la télévision le 21 février 1966.

"Rien ne peut faire qu'un traité soit valable intégralement quand son objet s'est modifié"

"Alors, nous parlons de l'OTAN. Rien ne peut faire qu'une loi s'impose sans amendement quand elle n'est plus d'accord avec les mœurs. Rien ne peut faire qu'un traité soit valable intégralement quand son objet s'est modifié. Et rien ne peut faire qu'une alliance reste telle quelle quand ont changé les conditions qui étaient celles dans lesquelles elle avait été conclue. Dans ce cas-là, il faut adapter aux données nouvelles la loi, le traité, l'alliance ; si on ne le fait pas, alors les textes seront vidés de leur substance et ce ne seront plus, le cas échéant, que de vains papiers d'archives, à moins qu'il ne se produise une rupture brutale entre ces formes désuètes et les vivantes réalités".

"L'Occident ne se trouve plus actuellement menacé comme il l'était quand le protectorat américain fut installé en Europe sous le couvert de l'OTAN…"

"Eh bien, je dis les conditions nouvelles. En effet, en raison de l'évolution intérieure et extérieure des pays de l'Est, le fait est que l'Occident ne se trouve plus actuellement menacé comme il l'était quand le protectorat américain fut installé en Europe sous le couvert de l'OTAN ; et en même temps que s'éloignent, que s'éloignaient ces alarmes, se réduisait la garantie de sécurité, autant vous le dire, absolue, que donnait à l'ancien continent la possession par l'Amérique, et par l'Amérique seule, de l'arme atomique, de l'armement atomique et la conviction où l'on était qu'en cas d'agression, elle emploierait cet armement sans restriction. Car depuis lors, la Russie soviétique s'est dotée d'un armement nucléaire capable de frapper directement les États-Unis, ce qui a naturellement rendu pour le moins indéterminées les décisions des Américains quant à l'emploi éventuel de leur bombe ; et ce qui a, du coup, privé de justification - je parle pour la France - non pas certes l'alliance, mais certainement l'intégration".

Le général de Gaulle souhaite à tout prix éviter à la France de se retrouver prisonnière d'un conflit larvé où seraient impliqués les Etats-Unis. La guerre du Vietnam est dans tous les esprits à l'époque. Conflit dans lequel, en cas d'embrasement, la France serait obligée de soutenir ses alliés d'Outre-Atlantique. Une situation intolérable pour Charles de Gaulle, artisan de la souveraineté du pays.

"Ces conflits peuvent, en vertu de la fameuse escalade, prendre une extension telle qu'on aboutisse à une conflagration générale…."

"D'autre part, tandis que se dissipe, tout au moins dans une certaine mesure, la perspective d'une guerre mondiale éclatant à cause de l'Europe, voici que d'autres conflits où l'Amérique s'engage dans d'autres parties du monde, comme avant-hier en Corée, hier à Cuba, aujourd'hui au Vietnam. Ces conflits peuvent, en vertu de la fameuse escalade, prendre une extension telle qu'on aboutisse à une conflagration générale. Et dans ce cas, l'Europe, dont la stratégie est dans l'OTAN la stratégie de l'Amérique, y serait automatiquement impliquée, impliquée dans la lutte, même si elle ne l'avait pas voulue. Et ce serait le cas de la France, si l'imbrication de son territoire, de ses communications, de certaines de ses forces, de plusieurs de ses bases aériennes, de tel et tel de ses ports, dans le système de commandement américain devait subsister plus longtemps".

Autre point important aux yeux du chef de l'Etat, la France possède désormais sa propre capacité à se défendre puisqu'elle maîtrise l'atome et possède la bombe atomique. Un motif de plus pour s'émanciper du joug anglo-saxon selon le général de Gaulle.

"Et enfin, la volonté de la France de disposer d'elle-même…"

"Il faut ajouter que notre pays devenant, de son côté et par ses propres moyens, une puissance atomique, est amené à assumer lui-même les responsabilités politiques et stratégiques que cela comporte ; et responsabilités que leur nature et leur dimension rendent évidemment inaliénables.Et enfin la volonté de la France de disposer d'elle-même, ce qui est indispensable pour qu'elle croit à son propre rôle et pour qu'elle puisse être utile aux autres ; cette volonté de la France est incompatible avec une organisation de défense..."

Le 11 mars 2009, sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, la France réintégrait le commandement intégré de l'Otan. "Nos forces armées ne seront intégrées dans aucune armée supranationale dont la responsabilité nous échapperait. La France sera plus forte, la France sera plus influente. Pourquoi ? Parce que les absents ont toujours tort.", déclarait-il alors. Une décision de Nicolas Sarkozy qui provoquait alors des remous dans le monde politique français, à gauche comme à droite.

Pour aller plus loin

4 avril 1949 : la création de l'OTAN (Article)

Data culte : Les Etats-Unis et l'OTAN : le prix à payer. (Module ina-France info, 2017) 

11 mars 2009, la France réintègre l'OTAN. (Article)

JT 20H : Yvon Bourges, secrétaire d'État auprès du Premier ministre sur la sortie de l'OTAN. (9 mars 1966)

Face à face : Georges Pompidou, à propos de la décision de quitter l'OTAN et ses conséquences en Europe. Georges Pompidou est interpellé par René Dabernat de "Combat" et Jacques Fauvet du "Monde" sur la décision de quitter l'OTAN : il est question du risque nucléaire, du danger du réarmement de l'Allemagne, de la guerre au Vietnam et de la crise de Cuba  (28 mars 1966)

Eclairage Lumni sur la conférence de presse du général de Gaulle du 21 février 1966.

Florence Dartois


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