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Jacques Chirac le 23 novembre 1996 : "Prenez place, André Malraux, dans le Panthéon de la République"

Jacques Chirac le 23 novembre 1996 : "Prenez place, André Malraux, dans le Panthéon de la République"

Vingt ans après sa mort, les cendres d'André Malraux sont entrées au Panthéon. Une cérémonie marquée par deux discours. Celui de Maurice Schumann, Compagnon de la Libération comme le fut Malraux, et celui de Jacques Chirac, alors président de la République. 

Par Florence Dartois - Publié le 19.11.2021
 

Vingt ans après sa mort, André Malraux est entré au Panthéon le 23 novembre 1996. Les cendres de l'écrivain, Compagnon de la Libération et ministre de la Culture du général de Gaulle, seront transférées lors d'une cérémonie présidée par le chef de l'État. Dans son discours, Jacques Chirac a exalté les valeurs défendues par Malraux au cours de sa vie personnelle, et politique, "le gaullisme tel que le voulait le général : ni de droite, ni de gauche, mais de France".

L'archive en tête d'article est un un extrait de l'introduction du discours du président de la République prononcé sur l'esplanade du Panthéon face au cercueil de l'ancien ministre. Dans le dernier gouvernement de la IVe République, présidé par le général de Gaulle (juin 1958), André Malraux avait été ministre délégué à la présidence du conseil, chargé notamment à partir de juillet 1958 de projets "ayant trait au rayonnement et à l’expansion de la culture française". Dans le gouvernement de Michel Debré, André Malraux, nommé ministre d’État, se voyait confier les missions culturelles. A partir du 22 juillet 1959, il devenait ministre d’État, chargé des Affaires culturelles, fonction qu'il conservera tout au long de la présidence du général de Gaulle.

La cérémonie du 23 novembre 1996 marque l'entrée d'André Malraux dans un lieu hautement symbolique qu'il avait plusieurs fois arpenté pour rendre lui-même hommage aux grands hommes de la France. Son discours dédié au résistant Jean Moulin, prononcé en décembre 1964, est resté dans toutes les mémoires. Dans son discours, Jacques Chirac s'inscrira dans une même démarche, historique et patrimoniale : "Mesdames et messieurs, le Panthéon n'est pas seulement un lieu de recueillement et de souvenir. C'est un lieu de vie, car les valeurs qui sont honorées ici, à travers celles et ceux qui reposent sous ses voûtes, sont d'abord des valeurs vivantes (...) C'est la passion de la liberté et le refus de l'oppression qui portent Lazare Carnot et ses soldats de l'An II, comme Jean Moulin et son armée des ombres, et qui donnent à la plume de Victor Hugo sa violence et sa force..."

"Citoyen de l'intemporel"

Le président poursuit : "En prononçant ici, le 19 décembre 1964, l'éloge de Jean Moulin, André Malraux engageait la France tout entière et s'engageait lui-même. Il affirmait qu'au-delà des différences de générations, d'opinions publiques ou de croyances, il est des instants où une Nation se rassemble autour des valeurs qui la fondent et ceci pour mieux les faire vivre." S'adressant à lui directement, Jacques Chirac ajoute : "André Malraux, je voudrais vous dire, ce soir, pourquoi l'hommage de toute la Nation, acte d'évidence, acte de justice, est aussi le signe de notre engagement. André Malraux, vous nous avez appris à nous défier des réponses toutes faites, de l'esprit de système qui dénie aux individus leur part d'influence sur leur propre histoire. Vous êtes l'homme de l'inquiétude, de la recherche, de la quête, celui qui trace son propre chemin...".

Dans la suite de son discours, Jacques Chirac retracera les grandes étapes de la vie d'André Malraux, dans toute sa complexité : sa jeunesse de dandy, sa passion de l'art et de l'histoire de l'art. Il reviendra sur son oeuvre foisonnante, parfois déroutante. Il abordera sa curiosité, son goût de l'aventure, sa quête de savoir : "Votre intimité avec toutes les cultures, votre façon si neuve de faire dialoguer entre eux les arts du monde, par-delà les frontières et les époques, vous consacre citoyen de l'intemporel, un intemporel qui est nécessairement fraternel."

Il évoquera aussi son idéal de justice : "Personne n'a, avec plus d'éloquence, défendu l'idéal de justice et chanté la fraternité." Le chef de l'Etat rendra également hommage à ses engagements, sa passion, son romantisme et son sens de la responsabilité : "Vous êtes alors un homme marqué par les épreuves, lucide, illustrant parfaitement votre propre définition de l'intelligence (...) mais aussi un homme passionné par la France, telle que, pour vous, l'incarne le Général de Gaulle." Il décrira évidemment son attachement au général de Gaulle et son action politique à ses côtés, s'attachant à décrire le travail de Malraux pour démocratiser la culture. Avant de conclure : "Parce que vous avez su faire vivre vos rêves et les faire vivre en nous, prenez place, André Malraux, dans le Panthéon de la République."

Le discours de Jacques Chirac en intégralité.

L'hommage de Maurice Schumann

Avant que le président de la République ne prononce son discours, la cérémonie avait été ouverte par l'allocution de Maurice Schumann, également Compagnon de la Libération comme le fut Malraux, et grande figure gaulliste. Découvrez les mots  qu'il prononça ce soir-là :

"C’est avec un être contre la mort, l’antidestin qui franchit ce soir le seuil du Panthéon…"

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