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21 novembre 1991 : le récit de la traversée du Pacifique à la rame de Gérard d'Aboville

21 novembre 1991 : le récit de la traversée du Pacifique à la rame de Gérard d'Aboville

Après 133 jours dans les eaux du Pacifique et 10 000 km parcourus, Gérard d'Aboville arrive au port d'Ilwaco aux Etats-Unis. Il vient de réussir un exploit, celui de ramer seul à bord d'un frêle esquif et sans assistance.

Par Florence Dartois - Publié le 19.11.2021
 

21 novembre 1991, il est à peine midi lorsque Gérard d'Aboville donne les derniers coups d'aviron dans les eaux calmes du port d'Ilwaco aux Etats-Unis, sous les applaudissements de centaines de curieux venus saluer le courage de ce marin pas comme les autres. Le navigateur vient de battre un record : traverser le Pacifique à la rame, sans assistance. Après 10 000 km parcourus à la seule force de ses bras, il débarque souriant après une aventure de près de 4 mois et demi.

L'archive en tête d'article résume l'ensemble de son aventure, mais nous vous proposons de revenir ci-dessous sur quelques temps forts de son exploit. Onze ans après sa traversée de l'Atlantique à la rame, Gérard d'Aboville avait décidé de se lancer dans un pari fou, la traversée du Pacifique entre le Japon et les Etats-Unis. Cette fois, il partirait avec Sector, un bateau léger plus performant, et une pompe pour dessaler l'eau de mer, lui assurant son autonomie. Un mois avant son départ, il présentait son équipement.

Le 10 juillet, ce "galérien des temps modernes" de 46 ans quittait le Japon dans son bateau de 8 mètres de long et 1,80 m de large. Avec un poids total de 500 kilos. Il espérait parcourir entre 40 et 80 km par jour.

Fin août, alors qu'il lui restait encore 7 000 km à parcourir, des vents contraires le faisaient chavirer à plusieurs reprises. Par radio, il témoignait de son chavirage le plus angoissant où il avait frôlé la mort.

Gérard d'Aboville en difficulté
1991 - 01:23 - vidéo

"Je me suis retrouvé coincé sous le bateau avec la tête qui dépassait à peine à l'extérieur… Là, sincèrement j'ai cru que c'était la fin."

Mi-octobre, après 25 chavirages, il tient bon face aux éléments déchaînés. Il témoigne à nouveau par radio, seul lien avec le monde extérieur, "c'est atroce", déclare-t-il alors qu'il lui laisse un tiers du parcours à faire. "Bon Dieu que c'est dur", avoue-t-il pourtant toujours aussi motivé.

Liaison radio avec Gérard d'Aboville
1991 - 01:15 - vidéo

Le jour de son arrivée aux Etats-Unis, le héros au visage amaigri est souriant. Son père présent dans l'assistance se réjouit pour lui : "Quand on remplit sa vocation, qu'on fait ce qu'on a toujours désiré, on est heureux", commente-t-il ému. Avant de débarquer, le matelot prend son temps, range ses affaires paisiblement. Puis c'est le moment des retrouvailles avec sa femme et ses enfants. Pourtant il a souffert, physiquement et moralement, et déclarera que jamais il n'aurait entrepris cette aventure s'il avait su ce qu'elle signifiait.

 "Depuis des jours, des heures des minutes, j'attendais ce moment. J'ai l'impression d'avoir vécu toute ma vie sur cette mer (...) A chaque seconde de ce voyage, je me disais toujours, il faut que j'arrive. D'ailleurs même avant de partir j'y pensais déjà, et peut-être aussi à toutes ces difficultés. Je me sens bien, comme un peu vide après tout ce que j'ai vécu (…) maintenant je n'ai plus qu'à apprécier la vie, mais c'est un peu faible... ", dira-t-il en conférence de presse.

Arrivée Gérard d'Aboville
1991 - 03:04 - vidéo

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