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2011, la première bataille française pour la reconnaissance du féminicide

2011, la première bataille française pour la reconnaissance du féminicide

À l'occasion de la Journée contre les violences faites aux femmes, retour sur la notion de féminicide. En 2011, Jean-Michel Bouvier, le père d'une jeune femme assassinée en Argentine, appelait à introduire ce terme dans la législation pour qualifier ces homicides. 

 

Par la rédaction de l'INA - Publié le 17.09.2019 - Mis à jour le 25.11.2022
Témoignage du père de Cassandre - 2011 - 02:24 - vidéo
 

L'ACTU.

Depuis 1999, la journée du 25 novembre est dédiée à la lutte contre les violences faites aux femmes. La violence ultime contre celles-ci s'appelle le féminicide, c'est-à-dire le meurtre d'une femme parce qu'elle est une femme. Des premières définitions sont posées au cours des années 70, notamment avec la chercheuse Diana Russel qui défendait la spécificité des meurtres de femmes.

Le terme a vraiment émergé dans les années 90, au Mexique. Là-bas, le terme «féminicidio» décrivait une réalité : la très forte récurrence de violences extrêmes et de meurtres contre les femmes, souvent impunis, et notamment dans l'état du Chihuahua au nord du Mexique. Depuis le terme s'est démocratisé.

L'ARCHIVE.

Jusqu'en France, où depuis plusieurs années émerge cette question récurrente : faut-il créer une infraction spécifique aux crimes contre les femmes, liés au genre ? Cette question, Jean-Michel Bouvier la posait déjà en septembre 2011.

« Souvenez-vous du calvaire de ces deux étudiantes françaises qui, cet été, ont eu le malheur de croiser sur la route de leurs vacances en Argentine un groupe d'hommes », introduisait France 3 alors que le père d'une des deux femmes témoignait dans un reportage. Quelques mois plus tôt, le 29 juillet 2011, les corps de Cassandre Bouvier, 29 ans, et de Houria Moumni, 24 ans, avaient été découverts sur un chemin de randonnée de la réserve naturelle de la Quebrada San Lorenzo en Argentine, à 1600 km au nord-ouest de Buenos Aires. D'après les enquêteurs, les deux Françaises avaient été battues et violées avant d'être tuées par balle.

Jean-Michel Bouvier, le père de Cassandre donc, se remémorait sa fille : « Cassandre était comme cela, elle aimait vraiment les gens. » Ce crime atroce, « je l'ai ressenti comme un crime contre l'humanité, dans les cumuls d'agressions, les traces nombreuses de coups, d'agression. Tout le corps est martyrisé », témoignait-il.

En marge de ce drame, Jean-Michel Bouvier avait constaté que les Argentins avaient un terme pour ce type de crime : le féminicide. Il souhaitait que cette notion soit introduite dans le droit français, comme il le racontait, la voix tremblante : « ce "féminicide" serait traité comme un crime contre l'humanité, même s'il ne vise qu'une ou deux personnes, parce qu'on les a niées. Ce n'est pas le fait de les inscrire dans le code pénal qui change les choses. Mais le juridique, c'est aussi des signaux qui portent. »

Il souhaitait même interpeller les candidats à la présidentielle sur les pires violences faites aux femmes, avant d'affronter le procès des meurtriers de sa fille.

Le féminicide dans le droit français

Le terme féminicide est entré le Petit Robert en 2015, défini en ces termes : « l'homicide d'une femme, d'une jeune fille ou d'une enfant en raison de son sexe. » Mais pas de trace de ce mot dans le droit français. Pourtant, certains magistrats s'interrogent sur son introduction. Fin août 2019, féminicide a été employé par la procureure d'Auch, Charlotte Beluet après la mort d'un couple dans le Gers : « un probable "féminicide" suivi d'un suicide ». Des associations et des professionnels du droit plaident pour faire entrer le terme dans le code pénal.  Le droit pénal français ne reconnaît que l'homicide, dénomination large qui ignore la nature particulière des meurtres commis sur des femmes. 

Selon un bilan du ministère de l'Intérieur, 122 femmes ont été tuées par leurs partenaires en 2021 : une augmentation des féminicides de 20% en un an.

Pour aller plus loin

D'autres documents sur les violences faite aux femmes.

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