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Les souvenirs de l'un des derniers bourreaux français

Les souvenirs de l'un des derniers bourreaux français

Avec 579 exécutions dans 18 pays en 2021 contre 483 en 2020, les peines de mort ont enregistré une « hausse inquiétante » de 20% de leur nombre dans le monde avec l'assouplissement des restrictions liées au Covid-19, a alerté mardi 24 mai Amnesty International dans son bilan annuel. L'occasion de publier ce portrait de l'un des derniers bourreaux français, Fernand Meyssonnier.

Par la rédaction de l'INA - Publié le 24.05.2022
 

Fernand Meyssonnier, né en 1931 à Alger et mort en 2008 à Fontaine-de-Vaucluse, fut l'un des tout derniers bourreaux français. Officiellement, leur titre était celui d'exécuteur des arrêts criminels. En 2007, un an avant sa mort, Fernand Meyssonnier est l'objet d'un portrait réalisé par France 2 depuis sa résidence du Sud de la France.

Réfutant le terme de bourreau, préférant nettement celui d'exécuteur, Fernand Meyssonnier, qui a « exécuté 200 personnes en 4 ans » [les exécutions à la guillotine cessent en 1959 pendant la guerre d'Algérie], se souvient « de sa première fois » qui lui a laissé, des décennies plus tard, une forte impression : « le condamné est sorti, a descendu quelques marches. Quand la lame est tombée, je me suis senti tellement oppressé ! ».

Fils de bourreau

Fernand Meyssonnier n'en est pas arrivé à exercer ce métier si particulier par hasard. Lui même fils de bourreau, et filleul d'un autre exécuteur en Algérie, il apprécie ce qu'il considère plus comme une « fonction » que comme un métier, et jouit alors dans la société coloniale algérienne d'un statut social enviable, qui lui fait côtoyer les notables d'Alger - magistrats, policiers, entre autres -. Un style de vie qui le fascine, mais dont il a conscience de l'aspect décalé : « Moi qui aime la vie, les belles filles, m’amuser et tout, je déclenche [le couperet], et tue un homme. Le plus fort, c’est de sortir de prison et être bien vu par la population ! » se souvient t-il. 

A t-il des regrets ? Fernand Meyssonnier ne semble pas en avoir, il se dit même « fier » d'avoir occupé cette fonction. Conscient tout de même de la particularité de cette tâche, de son rôle dans l'application de la peine de mort, il déplace la responsabilité à d'autres acteurs du système judiciaire : « Si l’Etat nous a acceptés, c’est qu’on était justes et sans haine envers le condamné. C’est au procureur, au juge, aux jurés, au président de la République, [de ressentir éventuellement de la culpabilité]. Moi, j’étais le dernier échelon. Et j’en suis fier, même aujourd’hui ! »

En 1961, Fernand Meyssonnier quitte l'Algérie pour la Polynésie française, où il refait sa vie. Signe qu'il n'a pas oublié cette fonction qui l'a tant marqué, il conserve toujours dans sa maison du Sud de la France, en 2007, tous ces objets qui l'ont accompagné dans son quotidien d'exécuteur, « des lames, des registres, des notes de frais, tout est consigné

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