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2003 : lorsque les martinets se suicidaient à cause de la canicule

2003 : lorsque les martinets se suicidaient à cause de la canicule

Les animaux souffrent comme les humains de la chaleur et pour certains oiseaux, elle a des conséquences dramatiques. En cette Journée mondiale des martinets, revenons sur un phénomène inattendu survenu lors de la canicule de 2003. A l'époque, la Ligue de Protection des Oiseaux alertait sur le suicide massif de ces oiseaux !

 

Par Florence Dartois - Publié le 24.07.2019 - Mis à jour le 03.06.2022
 

Chaque année le 7 juin, l'association « Martinets Sans Frontières » organise une journée mondiale pour braquer les projecteurs sur les 96 espèces de martinets vivant sur tous les continents et ainsi attirer l’attention du grand public, des autorités et des professionnels du bâtiment sur la protection de cette espèce. Car oui, ces petits volatiles aiment se nicher sous nos charpentes qui peuvent malheureusement devenir des pièges mortels lorsque les grosses chaleurs arrivent.

Avec la multiplication des canicules, nos organismes sont mis à mal, mais pour les martinets, la chaleur est mortelle. Pourquoi ? Parce que les nids, placés sous les des toitures des maisons, les poutres ou les tuiles, deviennent de véritables étuves et des pièges mortels. Conséquence : les bébés martinets, souffrant de la chaleur, se jettent dans le vide.

Des oiseaux sensibles à la chaleur

Dans le reportage proposé en tête d'article, nous suivons Béryl Roth, vice-présidente de la Ligue de Protection des Oiseaux en Alsace. Elle recueille ces oisillons « suicidaires » le temps de leur développement, pour leur épargner un tragique destin. Ces oiseaux protégés passent seulement trois mois en Alsace, à la belle saison, mais voilà, les fortes chaleurs leur laissent peu de chances de survie.

Béryl raconte : « Lorsqu'il fait très chaud, ils ne tiennent pas la température et ils fuient. Il fait 50 degrés en dessous, et si ce n'est pas très aéré, alors ils se jettent en dehors du nid et ils atterrissent ici, dans la rue ou sur le trottoir. »

Le commentaire ajoute sur un ton dramatique : « Les oisillons sont alors brûlés par le macadam, mangés par les chiens ou les chats. Au mieux, des passants les ramassent. C'est à ce moment que Béryl Roth intervient. Elle les recueille dans son refuge et les nourrit le temps de leur développement. »

Plus tard, la vice-présidente de la LPO explique l'impact du réchauffement du climat sur les couvée : « Ce qu'on a remarqué ces deux dernières années, c'est qu'on a eu des canicules très tôt, début juin et donc, ils sont vraiment très petits. » Trop jeunes, dans l'incapacité de voler, il tombent inexorablement sur le sol. L'année précédente Béryl avait déjà sauvé une cinquantaine d'oiseaux. En 2003, elle en surveillait une dizaine. Ces bébés à plumes allaient occuper les bénévoles de la LPO tout l'été, jusqu'à leur envol avant l'automne : « On sait, d'après leur comportement, quand ils veulent partir. Ils battent des ailes, ils refusent de manger. Pour le départ en Afrique, ils ne pensent qu'à une chose, c'est de voler et de partir. »

Comment nourrir un martinet ?

Douze ans plus tard, en 2015, les bénévoles de la LPO d'Alsace constataient une augmentation du nombre de martinets en détresse. En un mois, la LPO avait déjà récupéré 300 oisillons. Pour les sauver, plusieurs d'entre eux se relayaient pour les nourrir. Un travail de Titan car le nourrissage, c'est 4 à 6 fois par jour, selon une technique bien particulière expliquée ci-dessous par Josette Harlé. Elle soulignait que le martinet ne se nourrit pas comme les autres oiseaux, en picorant, mais mais en ouvrant largement le bec en l'air pour récupérer « tout ce qu'il peut rassembler comme insectes volants : mouches, moucherons, moustiques» . La nourriture qu'on leur servait au centre était à base de grillons congelés, accompagnés de produits vitaminés qu'on leur enfournait au fond du bec. Une alimentation artificielle nécessaire car quand le petit tombe du nid ses parents l'abandonnent : « ils le laissent car ils ont des pattes trop courtes pour redécoller », ajoutait-elle.

Christian Braün, directeur du centre de de Rosenwiller, avertissait qu'on ne devait pas s'improviser soigneur lorsqu'on trouvait un oisillon au sol : « Il ne faut pas les nourrir. Il y a hélas des cas où des oiseaux ont été perdus car ils ont été nourris avec de la  banane, des fruits, des tournesols. Ça ne convient absolument pas et ces oiseaux sont difficilement récupérables. » A la LPO, à part gravement blessé, un oisillon avait 100% de chance de survie. Et après une semaine à un mois de soins, les martinets pourraient prendre leur envol en bon oiseau migrateur, le commentaire précisant que cet oiseau « aux ailes fuselées est un phénomène de la nature, il passera sa vie en vol et sauf incident ne posera plus jamais une patte au sol ».

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