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2000, Paul Aussaresses : "Je n'éprouve pas de remords pour la torture en Algérie"

2000, Paul Aussaresses : "Je n'éprouve pas de remords pour la torture en Algérie"

Emmanuel Macron a reconnu que l’avocat algérien Ali Boumendjel a été torturé et assassiné par l'armée française en mars 1957. En 2000, le général Aussaresses avouait la pratique de la torture en Algérie.  


Par la rédaction de l'INA - Publié le 03.03.2021 - Mis à jour le 04.03.2021

2000, Paul Aussaresses : "Je n'éprouve pas de remords pour la torture en Algérie"

Emmanuel Macron a reconnu que l’avocat algérien Ali Boumendjel a été torturé et assassiné par l'armée française en mars 1957. En 2000, le général Aussaresses avouait la pratique de la torture en Algérie.  


Par la rédaction de l'INA - Publié le 03.03.2021 - Mis à jour le 04.03.2021
Plateau invité : Général Paul Aussaresses - 2000 - 06:12 - vidéo
 
Plateau invité : Général Paul Aussaresses - 2000 - 06:12 - vidéo
Emmanuel Macron a reconnu « au nom de la France » que l’avocat algérien Ali Boumendjel a été torturé et assassiné par l'armée française en mars 1957. Le responsable de cet assassinat, le général Paul Aussaresses, avouait le 23 novembre 2000 sur le plateau de Claude Sérillon avoir pratiqué torture et exécutions sommaires lors de la bataille d'Alger.

« J'ai exécuté sommairement » et « couvert la torture ». Le général Paul Aussaresses, décédé en 2013, se livre le 23 novembre 2000 sur le plateau du JT de France 2 à des aveux historiques, après une longue interview parue le même jour dans les colonnes du journal "Le Monde". L'année suivante, dans ses Mémoires, il revendique l'assassinat d'Ali Boumendjel, survenue dans le cadre de la bataille d'Alger.

Une bataille qui commence en janvier 1957. L'armée française est alors investie de la mission de faire cesser les activités terroristes du Front de Libération nationale (FLN) à Alger, responsable de dizaines d'attentats contre la population européenne. Dans cette bataille, le renseignement est capital. Pour mener à bien cette mission inhabituelle, la 10e division parachutiste du général Massu reçoit les pleins pouvoirs de police dans la zone d'Alger. 

Le général Paul Aussaresses est un homme clé de cette nouvelle organisation. Sous les ordres de Massu, il est en charge de la coordination du renseignement. 

Le 23 novembre 2000, Aussaresses avoue aux Français ce que de nombreux historiens savent déjà, la pratique généralisée de la torture et des exécutions sommaires pendant ces événements. Face à la caméra, Paul Aussaresses ne ressent « aucun remords » et explique de tels actes par les « circonstances » et les « conditions » particulières auxquelles étaient soumises l'armée françaises pour faire cesser les bombes.  

Claude Sérillon : Paul Aussaresses, bonsoir. Vous étiez le coordinateur des services de renseignement à Alger, en 1957. Avez-vous participé à des actes de torture ? 

Paul Aussaresses : Non

Mais vous avez participé à des exécutions sommaires ? 

Comme je l'ai dit à votre consoeur du "Monde", j'ai exécuté 24 [personnes].

Avez-vous des remords ? 

Je n'ai pas de remords. Je n'ai procédé à de tels actes que dans le cas d'individus ayant participé à des actes de terrorisme. 

Mais pour autant est-ce l'honneur d'une armée que d'exécuter, que de torturer ? 

Non, non. 

Alors vous devriez en avoir des regrets ? Vous devriez vous dire "Ce n'est pas comme cela qu'on mène la guerre".

Ecoutez, nous n'avions pas le choix. Il y a eu durant la bataille d'Alger un nombre considérable d'actes de terrorisme et d'actes qui amenaient la morts d'innocents. De femmes et d'enfants plus que de militaires. Et lorsque nous avions capturé certains auteurs de ces actes, nous tentions de reconstituer l'organisation qui leur avait permis d'avoir la possibilité d'accomplir ces actes. 

Les lois de la guerre autorisent la torture d'après vous ? 

Certes pas. 

Alors, pourquoi ? 

Et bien parce que la justice à l'époque était impuissante à décider du sort de ces auteurs d'actes terroristes. 

Vous exécutiez les gens très vite, donc la justice n'avait pas le temps de s'en mêler ? 

La justice aurait pu les garder prisonniers, mais il aurait fallu des mois pour mener une enquête, et ensuite un jugement. 

Général, d'autres militaires n'ont pas choisi comme vous d'exécuter ou de torturer. Certains, je pense au général de Bollardière, ou a Paul Teitgen, ont refusé. 

Parce que j'ai été soumis à des conditions. Je connaissais très bien le général de Bollardière, dont j'avais été l'adjoint direct en Indochine, et c'était un homme que je considérais comme remarquable. 

Alors pourquoi n'avez vous pas suivi son exemple ? 

Mais parce que je n'étais plus sous ses ordres. J'étais aux ordres du général Massu. Le général de Bollardière avait un commandement à proximité d'Alger, mais il n'était pas impliqué dans la bataille. 

Le général Massu n'a pas la même position que le général Bigeard. Vous êtes plutôt proche du général Massu qui dit "Il faut le reconnaître, il faut aller jusqu'à une forme de repentance" ?

Non, je ne suis pas en faveur d'une forme de repentance. 

Mais pourquoi ? 

Mais parce qu'une forme de repentance pour des actes criminels ne se justifie pas. Autrement dit, une forme de repentance en soi bien sur est quelque chose de louable, mais lorsqu'il s'agit d'actes criminels, j'estime qu'il n'y a pas lieu d'avoir recours à une repentance. 

Mais vous pensez qu'on peut encore, plus de 40 ans après les faits, justifier la torture utilisée par les militaires français ?

Pas la justifier ! Mais la constater. Expliquer, oui. 

Le journal de France 2 est reçu en Algérie. Il y a des familles de ceux que vous avez exécutés, il y a des familles de personnes qui ont été torturées, qu'est-ce que vous leur dites ? 

Ils ne me demandent rien, ils ne me l'ont jamais demandé. 

Et s'ils vous demandaient, au nom du devoir de mémoire, d'histoire, que leur diriez-vous ?

Je leur répondrais qu'ils ont [pour leur part] un devoir d'histoire, mais qu'en ce qui me concerne personnellement, j'ai été dans des conditions où j'ai eu recours à des actes que je n'aimais pas, mais que j'ai du remplir. 

Mais, général, un militaire doit-il toujours obéir, même lorsqu'il s'agit d'enfreindre des lois humaines ?

Le militaire, dans tous les cas dans lesquels j'ai été mêlés, d'exécution sommaire et de torture, [torture] que je n'ai pas exécutée moi-même mais que j'ai approuvée, rend des comptes à sa hiérarchie.

Est-ce que vous vous dites, à présent, que vous auriez pu faire autrement ? 

Si on avait eu le temps, oui. 

Vous comprenez donc d'une certaines manière qu'on puisse torturer en Bosnie, en Afrique, en Argentine ?

Mais non, ce qui se passe en Afrique, en Bosnie et en Argentine ne me concerne pas. Ce qui m'a concerné était la bataille d'Alger. Et je me suis trouvé dans des conditions qui ne sont pas celles d'Argentine, de Bosnie et d'ailleurs. 

Que doit faire la France d'après vous : Essayer de réparer, d'une certaine manière ?

Non.

Alors, il faut passer l'éponge sur les milliers de victimes ?

A mon avis, oui. Il faut passer l'éponge. 

Et ne pas savoir reconnaître l'histoire ? 

Je vous ai dit que j'avais été amené à pratiquer des exécutions sommaires dans le cas où j'ai eu affaire à des terroristes coupables d'actes qui avaient amené la mort d'innocents. 

Mais n'avez vous aucun regret ? 

J'ai des regrets, mais pas de remords. 


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