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2 septembre 1973 : l'hommage d'André Malraux aux maquisards des Glières

2 septembre 1973 : l'hommage d'André Malraux aux maquisards des Glières

Jean Isaac-Tresca, le dernier résistant du maquis des Glières dans les Alpes, est mort. Il avait 104 ans. En 1973, André Malraux avait inauguré un monument en hommage à leur courage. Il prononçait un discours devant les vétérans venus nombreux.

Par Florence Dartois - Publié le 07.04.2022
Les Glières : discours d'André Malraux - 1973 - 04:34 - vidéo
 

Le dernier combattant du maquis des Glières est mort. Jean Isaac-Tresca avait 104 ans. Le résistant avait combattu l'occupation allemande dans les troupes de Tom Morel, le chef des combattants des  Glières sous le pseudonyme de « Pasquier ». Dans un communiqué, l'Elysée lui a rendu hommage : « Sous le pseudonyme de Pasquier, Jean Isaac-Tresca agit non plus comme une ombre, dans l'anonymat des sabotages nocturnes et de la guérilla, mais à visage découvert, dans la frontalité des combats ». Sur Twitter, Emmanuel Macron a poursuivi : 

Le maquisard était né à Lyon en 1918. Pendant l'occupation, il a incorporé les 460 militaires du 27e bataillon de chasseurs alpins d'Annecy. Cette armée secrète était opposée au STO (Service Travail Obligatoire). Installé  dans le maquis des Glières, ce groupe hétérogène composé de communistes, francs-tireurs et partisans ou républicains espagnols résistera à toute une division de la Wehrmacht, appuyée par la Luftwaffe, l'artillerie lourde et même la Milice française dépêchée sur place le 23 mars 1944. Dans son communiqué l'Elysée ajoute que : « les Résistants combattirent valeureusement jusqu'au 26 mars où, cernés, ils « sonnèrent le repli et se séparèrent pour mieux se faufiler entre les mailles étroites du filet ennemi».

A l'issue de ce combat, 129 des résistants seront tués, d'autres seront capturés, torturés et déportés.  Après la guerre, Jean Isaac-Tresca deviendra ingénieur. Il a notamment vécu au Japon.

L'archive présentée en tête d'article date du 2 septembre 1973. A l'époque, André Malraux, l'ancien ministre de la Culture du général de Gaulle, s'était rendu sur le plateau des Glières pour inaugurer un monument de la Résistance en hommage aux maquisards morts ici pour la France. A l'instar de son hommage à Jean Moulin au Panthéon, l'homme politique prononçait un vibrant hommage au courage de ces combattants. Dans son discours, il rappelait l'importance de ce maquis incarnant l'esprit de résistance dans le monde entier. Nous vous proposons de réentendre ce discours dont quelques passages sont cités ci-dessous.

Trois moments choisis du discours de Malraux :

« Lorsque Tom Morel eut été tué, le maquis des Glières exterminé ou dispersé, il se fit un grand silence. Les premiers maquisards français étaient tombés pour avoir combattu face à face les divisions allemandes avec leurs mains presque nues, non plus dans nos combats de la nuit, mais dans la clarté terrible de la neige. Et à travers ce silence, tous ceux qui nous aimaient encore, depuis le Canada jusqu'à l'Amérique latine, depuis la Grèce et l'Iran jusqu'aux îles du Pacifique, reconnurent que la France bâillonnée avait au moins retrouvé l'une de ses voix, puisqu'elle avait retrouvé la voix de la mort ».

« Le plateau des Glières était peu connu; presque inaccessible, et c'est pourquoi les maquis l'avaient choisi. Mais alors que nous combattions par la guérilla, ce maquis, à tort ou à raison – peu importe : la France ne choisit pas entre ses morts ! – avait affronté directement la Milice, allait affronter directement l'armée hitlérienne. Presque chaque jour, les radios de Londres diffusaient : «Trois pays résistent en Europe : la Grèce, la Yougoslavie, la Haute-Savoie».  La Haute-Savoie, c'était les Glières ».

« Pour les multitudes éparses qui entendaient les voix du monde libre, ce plateau misérable existait à l'égal des Balkans. Pour des fermiers canadiens au fond des neiges, la France retrouvait quelques minutes d'existence parce qu'un Savoyard de plus avait atteint les Glières ».

Pour aller plus loin : 

Série en 4 partie sur le maquis des Glières diffusé sur F3 Rhône-Alpes du 7  au 11 mai 2007.

Glières, l'esprit de résistance. 1/4 : la déchirure. (7 mai 2007)

Glières, l'esprit de résistance. 2/4 : une poignée d'insoumis. (9 mai 2007)

Glières, l'esprit de résistance. 3/4 : Un combat, un idéal. (10 mai 2007)

Glières, l'esprit de résistance. 4/4 : vivre libre ou mourir.

Interview de rescapés. Roger Broisat, Alphonse Métral et Emile Gilioli. (10 avril 1994)

Discours de François Mitterrand sur le plateau des Glières pour le cinquantenaire du débarquement allié.  C'est de là que devait partir la contre-offensive intérieure des alliés le jour du débarquement. Les 450 résistants, en majorité réfractaires au STO, ont tenu longtemps à un contre trente, face à la milice d'abord, puis face à l'armée allemande. (9 avril 1994)

Interview d'un résistant contre la venue de Jean- Marie Le Pen, qu'il assimile au fascisme, au plateau des Glières. (28 novembre 1997)

Polémique sur la récupération de la Résistance aux Glières par Nicolas Sarkozy qui s'est rendu sur les lieux le dernier jour de sa campagne, promettant d'y revenir chaque année en cas d'élection à la présidence. (13 mai 2007)

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