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1er février 1954, l'abbé Pierre appelle à l'insurrection de la bonté

1er février 1954, l'abbé Pierre appelle à l'insurrection de la bonté

Hiver 1954. La France grelote, les "sans logis" vivent dans des bidons-villes aux portes de Paris et leurs enfants meurent de froid. Un religieux, l'abbé Pierre, touché par la misère va lancer un appel sur les ondes de la radio pour demander de l'aide.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 29.01.2021 - Mis à jour le 29.01.2021

1er février 1954, l'abbé Pierre appelle à l'insurrection de la bonté

Hiver 1954. La France grelote, les "sans logis" vivent dans des bidons-villes aux portes de Paris et leurs enfants meurent de froid. Un religieux, l'abbé Pierre, touché par la misère va lancer un appel sur les ondes de la radio pour demander de l'aide.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 29.01.2021 - Mis à jour le 29.01.2021
Il y a 50 ans : l'appel de l'Abbé Pierre - 2004 - 02:41 - vidéo
 
Il y a 50 ans : l'appel de l'Abbé Pierre - 2004 - 02:41 - vidéo

Il fait -15°c, la Marne près de Paris est gelée. Les archives d'époque montrent l'ampleur du drame social qui se joue cette année-là. Des hommes dorment sur les bouches de métro pour se réchauffer, un nouveau-né meurt de froid dans un bidonville de Neuilly-Plaisance. Une sexagénaire, expulsée de son appartement, décède d'hypothermie sur le trottoir parisien...

L'abbé Pierre, Henri Grouès de son vrai nom, est révolté par ce spectacle. Il s'affaire à construire un camp provisoire, "la Pomponnette" où pourront se réfugier les "sans logis" comme il les appelle alors. Excédé par l'absence de compassion, ce 1er février 1954, sur les ondes de Radio Luxembourg, il lance son célèbre appel aux dons. "Mes amis, au secours", supplie-t-il.

Le texte de l'appel

«Mes amis, au secours... Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l’avait expulsée... Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent ! Écoutez-moi : en trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l’un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève ; l’autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l’on lise sous ce titre CENTRE FRATERNEL DE DEPANNAGE, ces simples mots : « TOI QUI SOUFFRES, QUI QUE TU SOIS,ENTRE, DORS, MANGE, REPREND ESPOIR, ICI ON T’AIME » La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure. Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l’âme commune de la France. Merci ! Chacun de nous peut venir en aide aux «sans abri». Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain : • 5000 couvertures, • 300 grandes tentes américaines, • 200 poêles catalytiques Déposez les vite à l’hôtel Rochester, 92 rue de la Boétie. Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève. Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l’asphalte ou sur les quais de Paris. Merci !» (Source : Emmaüs France)

L'appel est un succès. Des gens de toutes conditions sociales donnent argent, couvertures et nourriture.

Les dons vont notamment permettre à l'abbé Pierre d'édifier des cités d'urgence plus dignes.

La réaction politique ne se fait pas attendre. Et le Parlement adopte à l'unanimité un emprunt de dix milliards de francs de crédits pour réaliser au plus vite 12 000 logements à travers toute la France.

1994, "tant qu'il restera une famille logée comme des cochons, le combat devra être le même !" 

En 1994, cinquante ans après ce cri, l'abbé Pierre revenait sur son geste. "J'ai pas pris une demie heure à réfléchir. C'est venu comme cela... Tant qu'il restera une famille logée comme des cochons, le combat devra être le même ! Et on pourrait dire de manière paradoxale : moins il y en a, plus on est coupable... Plus on approche d'un petit monde, plus c'est possible d'en sortir." Il regrette alors que les hommes politiques, qui ne font que "ce que veut le plus grand nombre", ne s'occupent pas de cette question car le poids électoral des 9% de pauvres en France n'est pas un chiffre suffiant pour les influencer.

Pour aller plus loin

La croisade de charité de l'abbé Pierre. Il fait le point sur son action en faveur des "sans logis" et l'action menée par lui et les Compagnons d'Emmaüs. Il raconte le point de départ de son engagement et les moments déterminants où il est venu en aide à des personnes en grande détresse, quitte à enfreindre la loi pour trouver des solutions rapides. Il raconte aussi le décès du bébé dans une roulotte en janvier, mort de froid, au moment où son projet de loi sur les cités d'urgence avait été renvoyé à plus tard, et rend hommage au ministre qui est venu à l'enterrement et a permis ensuite la création des cités. Le prêtre poursuit son récit et parle de l'aide qu'il allait apporter la nuit, avec ses camarades chiffonniers, aux personnes en détresse dans les rues de Paris, alors que le froid persistait. Il a monté pour eux un grand "centre fraternel de dépannage" en dressant une tente sur un terrain vague en plein Paris. Par la suite, il apprend le décès d'une femme dans les rues de Paris. Elle tenait dans sa main son avis d'expulsion. Alors que les deux centres de Courbevoie débordaient de personnes venues y trouver un abris, c'est à ce moment-là qu'il a décidé d'aller à la radio pour lancer son appel, le 1er février. Un extrait est diffusé : "Depuis le 1er février, la France n'est plus la même qu'elle était la veille...". Il dit ce que cet appel a apporté à la France ("insurrection de bonté"), et que les pouvoirs doivent prendre des décisions de justice envers ceux qui souffrent. (Audio, 1er février 1954)

Florence Dartois


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