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Sabine Weiss en 1996 : « La Suisse, c'était trop calme. J'ai dû partir »

Sabine Weiss en 1996 : « La Suisse, c'était trop calme. J'ai dû partir »

La photographe franco-suisse est morte mardi 28 décembre à l'âge de 97 ans. En 1996, à l'occasion d'une exposition qui lui était consacrée à Paris, elle était l'invitée de Laure Adler sur le plateau du « Cercle de minuit ».

Par Cyrille Beyer - Publié le 29.12.2021

C'est un grand nom de la photographie qui vient de nous quitter, avec la mort de Sabine Weiss, mardi 28 décembre, à l'âge de 97 ans. Née suisse, naturalisée française en 1995, cette grande dame de la photographie s'était installée à Paris dès 1946, et comptait parmi les plus éminents représentants de l'école humaniste française.

Le 25 septembre 1996, à l’occasion de la rétrospective qui lui était consacrée à l’Espace photographique de Paris du forum des Halles, Sabine Weiss était invitée sur le plateau de l’émission « Le cercle de minuit ».

Assisse parmi d’autres invités, photographes et critiques d’art, avec, en arrière-plan, certains de ses clichés, l'artiste raconte à la présentatrice Laure Adler ses débuts professionnels. « La Suisse, c’était trop calme, j’ai dû partir », confie d’emblée, avec un grand sourire, la native de Saint-Gingolph, dans le canton du Valais. Née en 1924 sous le nom de Sabine Weber, elle s’initie très tôt à la photographie, avant d’apprendre le métier dans un atelier, et d’obtenir un diplôme, « un véritable certificat suisse, cartonné, avec la croix fédérale ». « Des complications amoureuses » l’amènent à quitter finalement son petit studio helvétique pour Paris, où elle arrive en 1946.

« Voler de ses propres ailes »

Dans la capitale française, durant l’immédiat Après-guerre, il est alors « très difficile de débuter seule », pour la raison que les « films sont alors très rares ». Elle devient vite l’assistante du photographe de mode Willy Maywald, dont elle ne tarit pas d’éloges, cinquante ans après, disant de lui qu’il était un « excellent photographe, d’ailleurs pas assez connu ». En 1949, la jeune photographe se marie avec le peintre américain Hugh Weiss. Après quatre ans passés au studio de Willy Maywald, elle  décide alors « de voler de [ses] propres ailes ».

Quand Laure Adler lui demande ce qu’a représenté sa condition de femme dans ses débuts professionnels, Sabine Weiss est d’abord enthousiaste : « C’était très bien d’être une femme. Ça m’a toujours plutôt servi que desservi. Les gens étaient gentils avec moi. [Dans les milieux de] la mode, de la publicité, […] mes clients me payaient toujours plus que ce que je leur demandais. Je trouvais ça formidable ». Bien sûr, reconnaît-elle, il y avait aussi le sexisme, le paternalisme du milieu, présent uniquement pour « les gros reportages », sur lesquels se pressaient « de nombreux photographes, où j’étais alors bousculée, et l'on me disait : "Ma petite dame, laissez faire les professionnels, allez ça suffit, vous avez pris votre photo, partez !" »

Sabine Weiss photographie « de tout ». Elle travaille pour les « actualités, pour les politiques », pour de nombreux titres de presse, en Europe comme aux Etats-Unis. Mais avant tout, ce que la critique retiendra de son travail, ce sont tous ces clichés pris, le plus souvent la nuit, en marge de son travail. « J’étais plus libre la nuit que le jour », confie-t-elle à Laure Adler, qui compulse son album Intimes convictions (par Claude Nori, Éditions Contrejour, 1989).

« Emotion »

Parmi ces photos, qui rejoignent le style des grands photographes humanistes français, les Robert Doisneau, Willy Ronis (photographes avec qui elle travaille pour l’agence Rapho, à partir de 1950) ou encore Edouard Boubat, on trouve beaucoup de scènes de rue, des baisers furtifs, des allers et venues dans les bouches de métro, et des enfants, qu’elle nommait affectueusement « mes images de morveux ». Pour son travail plus officiel, il y a aussi des photographies de personnalités, comme les frères Rothschild, qu’elle raconte avoir « failli tuer d’un coup lors d’une séance à cause de l’explosion d’un flash ».

Modeste, avouant avoir longtemps considéré que les expositions concernaient avant tout l’œuvre de son mari peintre, avant la sienne, Sabine Weiss était une vraie passionnée de photographie. En conclusion de son interview, sur le plateau du « Cercle de minuit », elle confiait à Laure Adler avoir d'abord pris en compte sa propre « émotion ». Enthousiaste, elle jugeait la photographie un « moyen d’expression fabuleux », permettant le véritable « témoignage d’une époque ».

Pour aller plus loin : 

Sabine Weiss : « Ce qui me plaît ce sont les atmosphères », un extrait du documentaire « Chambre noire », diffusé le 4 septembre 1965.

Séance de photo animalière avec Sabine Weiss, un extrait du documentaire « Chambre noire », diffusé le 4 septembre 1965.

Interview de Sabine Weiss et Janine Niepce. Un  extrait de l'émission « Du côté de chez Fred » diffusée le 21 novembre 1988.

Interview de Sabine Weiss sur le plateau de l'émission « Des mots de minuit », diffusée le 19 novembre 2008.

Pour les créateurs de contenus

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