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27 septembre 1996 : les talibans entrent dans Kaboul

27 septembre 1996 : les talibans entrent dans Kaboul

Il y a 25 ans, les miliciens islamistes se rendaient maîtres de Kaboul et imposaient une charia rigoriste sur l'Afghanistan.  Il faudra attendre 5 années pour que les Américains les délogent. Cette prise de la capitale afghane résonne étrangement avec leur retour, au mois d'août dernier, 20 ans après leur chute.

Par la rédaction de l'INA - Publié le 25.09.2006 - Mis à jour le 23.09.2021
Le peuple afghan face aux Talibans - 1996 - 02:56 - vidéo
 

Le 27 septembre 1996 déjà, les talibans, ces miliciens islamistes se rendaient maîtres de Kaboul et imposaient leur loi. Ce reportage des correspondants de France 2 sur place nous plonge dans l'ambiance qui régnait alors en Afghanistan et à Kaboul, un climat qui rappelle celui que connaissent les Afghans depuis le 15 août dernier, date à laquelle les talibans ont repris la capitale avant même le départ des Américains. 

En octobre 1996, deux semaines après leur victoire, "les fous de Dieu" réinvestissaient les 3/4 du pays et Kaboul la capitale. Ils imposaient "l'ordre islamique le plus rigoureux au monde". Dorothée Olliéric dressait un portrait de la situation. Dans les villages, après des années de conflit, le retour des talibans semblait être presque un soulagement pour la population, "beaucoup avaient même des préjugés favorables". Tel cet habitant de Jalalabad : "les talibans sont des gens très bien (...) on a enfin la sécurité". Mais lorsque la reporter lui demande comment c'était avant les talibans, l'homme gêné n'ose pas répondre, les combattants islamistes ne sont pas loin.

A Kaboul, même ambiance apeurée, chaque jour les moines soldats édictent de nouvelles règles de plus en plus strictes. Au premier rang des oppressées, les femmes qui ne peuvent plus sortir qu'entièrement dissimulées sous leur tchadri, un long voile qu'elles portent encore coloré. Il sera bientôt remplacé par la burqaa bleue dissimulant entièrement corps et visage. Elles ne peuvent sortir qu'accompagnées d'un homme de leur famille. Elles n'ont plus le droit de travailler et les petites filles n'ont plus accès à l'éducation. Le sport, la musique, toute forme de loisir est proscrite. Un ancien journaliste afghan travaillant pour les organisations humanitaires déplore cette situation, lui-même menacé. Pourtant il refuse de résister, il le fera passivement "parce que je n'aime pas la guerre", déclare-t-il en français. A la fin du reportage, Dorothée Olliéric apparaît couverte d'un long voile noir et  explique que déjà dans Kaboul, des femmes se sont fait battre.

Qui sont les talibans ?

Le mouvement taliban est apparu pour la première fois en Afghanistan en 1994. Originaires du sud du pays, majoritairement pachtounes, les talibans ont été formés dans des «madrassas» (écoles religieuses mais aussi bases d'entraînement militaire) proches de la frontière pakistanaise.

Ces étudiants en théologie se définissent comme «fondamentalistes», par opposition aux islamistes modernes. Ils prônent en effet un retour à l'islam pur, proche de celui existant au temps du prophète. Le pouvoir selon eux ne repose pas sur une quelconque forme d'Etat, mais sur une interprétation extrémiste de la charia, la loi divine.

Au départ, les talibans bénéficient d'une certaine popularité. Le pays en proie aux guerres civiles depuis 1989, est fatigué des excès des chefs de guerre. Les Afghans accueillent volontiers ces religieux qui amènent la paix et la sécurité et qui prennent en quelques mois le contrôle de la moitié sud du pays. Le 27 septembre 1996, les talibans dirigés par le mollah Mohammed Omar prennent le contrôle de la capitale Kaboul, alors aux mains du commandant Massoud. Ce dernier prend refuge dans la montagne du Panshir et combattra l'oppression talibane jusqu'à sa mort, le 9 septembre 2001.

La vie sous les talibans

Commence alors pour les Afghans la vie dans une société archaïque, où la moindre liberté fondamentale est supprimée. Le théâtre, le cinéma et la télévision sont interdits, la possession d'appareils photos est illégale.

L'adultère est puni de cent coups de fouet, toute représentation du corps humain est détruite, jusqu'aux poupées des petites filles. Les sports, les instruments de musique n'existent plus dans ce pays où règne la Charia. Les homosexuels sont condamnés à mort. Les femmes enfin sont les premières victimes de ce pouvoir intolérant. L'emploi et l'instruction ne leur sont désormais plus accessibles. Elles doivent revêtir le vêtement traditionnel : la burqaa, ou tchadri, les recouvre entièrement de la tête aux pieds. Elles ne peuvent sortir dans la rue qu'accompagnées de leur mari ou d'un proche parent.

L'absence de toute forme étatique favorise le développement d'activités illicites, telles le trafic d'armes et la production de drogue. Les talibans contrôlent les cultures de pavot, matière première de l'opium et de l'héroïne.

L'après 11-septembre

A l'échelle internationale, les talibans profitent du soutien de l'Arabie saoudite, du Pakistan et des Etats-Unis, jusqu'en 1996, année où Oussama Ben Laden trouve refuge dans le pays et révèle publiquement ses intentions de frapper les Etats-Unis.

A la veille des attentats du 11 septembre 2001, les talibans contrôlent 90 % du territoire afghan. Mais les Américains meurtris déclarent la guerre au mollah Omar et mènent une coalition mandatée par l'ONU. Les bombardements intensifs de leur armée de l'air affaiblissent la défense talibane, permettant à l'Alliance du Nord de lancer, début novembre, une vaste offensive en plusieurs points du territoire.

La prise de la principale ville du nord du pays, Mazar-i-Sharif, le 10 novembre 2001, est un tournant décisif : les talibans reculent sur l'ensemble des fronts. Les forces de l'opposition entrent alors dans Kaboul le mardi 13 novembre. Le pouvoir taliban s'écroule en quelques jours. Durant 20 ans les Américains et une coalition internationale ont combattus les talibans mais à l'annonce du retrait des Etats-Unis du pays, il n'aura fallu que quelques semaines pour que ces combattants se réapproprient le pays.

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