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1995, le bonheur selon le film "Le bonheur est dans le pré"

1995, le bonheur selon le film "Le bonheur est dans le pré"

C8 diffuse ce dimanche soir le film d'Etienne Chatiliez intitulé "Le bonheur est dans le pré", découvrons quelques images du tournage et les interviews du réalisateur, de la scénariste et de Sabine Azéma.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 19.06.2020 - Mis à jour le 19.06.2020

1995, le bonheur selon le film "Le bonheur est dans le pré"

C8 diffuse ce dimanche soir le film d'Etienne Chatiliez intitulé "Le bonheur est dans le pré", découvrons quelques images du tournage et les interviews du réalisateur, de la scénariste et de Sabine Azéma.


Par la rédaction de l'INA - Publié le 19.06.2020 - Mis à jour le 19.06.2020
 
C8 diffuse ce dimanche soir le film d'Etienne Chatiliez intitulé Le bonheur est dans le pré, découvrons quelques images du tournage et les interviews du réalisateur, de la scénariste Florence Quentin et de son actrice Sabine Azéma.

Le 16 novembre 1995, quelques semaines avant la sortie du film, le magazine Vent Sud, du 12-13 Midi-Pyrénées consacre une longue séquence au long-métrage qui venait d'être tourné dans la région. Le synopsis du film résonne avec l'actualité et l'attrait de la campagne : pour échapper à des ennuis professionnels et à une épouse acariâtre, un petit industriel profite de sa ressemblance avec un "porté disparu" pour se faire une nouvelle vie dans le Gers auprès d'une éleveuse de canards…

A la sortie de l'avant-première, le public semble conquis : "On ne s'ennuie pas pendant le film, c'est très enlevé et les acteurs sont très bons". "C'est le Gers d'Etienne Chatiliez dans toute sa splendeur !" Un homme au fort accent du sud-Ouest avoue "oh ben moi, j'étais au bar…"

A ces commentaires chaleureux s'ajoutent quelques scènes de tournage avec Michel Serrault et Eddy Mitchell

Puis vient la bande annonce du film qui devait sortir peu de temps avant les fêtes de fin d'année, une B.A. aux allures de publicité en clin d'oeil à l'ancien métier du réalisateur qui était publicitaire…"Michel Serrault, Eddy Mitchell, Sabine Azéma et Carmen Maura sont dans le pré, à partir du 6 décembre, dans Le bonheur est dans le pré. Le nouveau film d'Etienne Chatiliez, Le bonheur est dans le pré, ça change de la dinde! "

"Le Gers c'est une région où l'on trouve le bonheur..."

En plateau, le journaliste s'adresse d'abord à Etienne Chatiliez : "on va commencer avec vous si vous voulez bien Etienne Chatiliez. On va parler un peu de géographie. Vous qui êtes un homme du Nord, pourquoi vous avez eu envie de tourner dans le Gers?"

"Parce que le Nord, c'était déjà fait. Je l'avais fait avec "La vie est un long fleuve tranquille", puisque tout vient d'une histoire, d'un scénario, le Gers c'est une région où l'on trouve le bonheur. On est allé vérifier avec Florence au moment de l'écriture et on a trouvé que cela correspondait vraiment bien à ça. Il y avait des palmiers, de la tuile romaine. C'est un pays qui était resté intact par rapport à ce dont on avait besoin pour les paysages. C'est un pays qui respirait, qui inspirait bien et une fois qu'on est venu tourner. On a vraiment ressenti ça".

S'adressant maintenant à la scénariste Florence Quentin, le journaliste demande : "au moment de l'écriture du scénario, il n'y a pas eu d'hésitation. Le bonheur, c'est vraiment dans le Gers qu'on le trouve ?"

 "Ah oui absolument, aucune hésitation".

"Quels souvenirs gardez-vous de tous les trois d'Etienne Chatiliez, Florence Quentin ou encore Sabine Azéma.  Quels souvenirs vous gardez de ce tournage et de vos relations avec les gens du pays, notamment avec les figurants locaux qui prennent toujours du plaisir à découvrir tout d'un coup une énorme équipe de cinéma avec des gens très connus ? "

Sabine Azéma, présente également sur le plateau répond la première, "ça se passait au mois de juin, juillet. C'est le moment où il fait très, très beau. Et vous vous rendez compte? On travaille et en même temps, on est dans une région où la campagne est belle. Donc, c'est un mélange de sensualité, si on peut dire ça comme ça, parce qu'on est bien dans l'air. On est bien avec les canards, on est partout dans le Gers. Et puis, en même temps, on fait un film qui plaît et qui nous plaît à faire. Et on est heureux. Pour moi, c'est un souvenir de ma vie absolument formidable. Et puis, c'est une grande rencontre et tout d'un coup, une rencontre avec des personnes avec lesquelles j'aimerais bien retourner".

"C'est un industriel qui dirige une entreprise de balayettes."

Florence Quentin évoque les personnages, à commencer par Michel Serrault, "Michel Serrault, c'est un personnage. C'est un homme qui est pratiquement à la fin de sa vie, qui ne connaît plus le bonheur. Et puis tout d'un coup, il y a le petit caillou. Il y a le détail qui fait que le déclic qui fait qu'il repart et que le destin le ramène vers une longue vie, vers le bonheur".

Le journaliste enchaîne à son propos, "c'est un industriel qui a des problèmes. Il dirige une entreprise de balayettes. Comment décide-t-on que son héros va diriger une entreprise de balayettes? Ce qui est d'ailleurs très marrant dans le film. Plutôt qu'une entreprise de marteaux. On s'amuse déjà à se dire, on va se marrer, on va le faire, non ?" 

La scénariste reconnait que, "oui, mais c'était surtout important parce que c'est de l'argent. Tout à coup, ce n'est pas très gratifiant d'avoir une usine de balayettes. Par rapport à son épouse. Cet homme, c'est vrai, gagne sa vie, il est industriel. Mais bon, elle aurait préféré, certainement épouser un…"

Le cinéaste confirme, "c'est vrai ce n'est pas un détail son métier, c'est quelque chose. Il vit plus à son bureau que chez lui. C'est vrai qu'il fait du fromage dans le Jura, c'est quelque chose de relativement banal et classique qui fait de la balayette. Et ça raconte plus de choses sur le personnage. Un industriel qui essaye, qui innove dans une industrie un peu spéciale, ça te donne un caractère personnage".

"Mais je le suis aussi désagréable parfois dans la vie..."

S'adressant à Sabine Azéma, le journaliste plaisante : "par contre, il n'a pas de chance Michel Serrault puisqu'il a une femme qui est plutôt acariâtre. Dans le film, je précise, c'est Sabine Azéma. Comment vous avez travaillé avec d'Etienne Chatiliez, puisque c'est vrai qu'on vous a vu souvent travailler avec Alain Resnais, qui est un autre univers? Comment vous avez travaillé avec Etienne Chatiliez, ça s'est passé comment?

L'actrice, "c'est la même chose vous savez. Il y a des bons metteurs en scène. Et puis, il y a ceux qui ne sont pas terribles. Ce n'est pas le même univers mais ce sont des gens qui tous les deux se ressemblent. Tous les deux sont très précis, très rigoureux et en même temps extrêmement courtois et extrêmement affectueux avec leurs acteurs. Alors après, ça donne des films, évidemment, qui ont un style différent. La démarche est très proche".

Ne semblant pas faire la différence entre le jeu et la réalité, le journaliste interroge une seconde fois l'actrice sur le côté acariâtre du personnage, "vous êtes extrêmement, il faut le dire, désagréable dans le film, drôle, insupportable". Ce qui semble agacer un peu Sabine Azéma qui lui répond sur le mode ironique, "mais je le suis aussi parfois dans la vie. C'est pour ça. Je crois que ça leur a donné des idées".  Mais après un clin d'oeil, pour ne pas laisser de doute, elle rectifie, "non, j'espère que non."

Mais le journaliste demande à présent confirmation auprès de la scénariste qui va prendre la défense de l'actrice : "pas du tout. Pas du tout". Etienne Chatiliez met également son grain de sel dans la conversation à propos du personnage incarné par son actrice. "Je ne crois pas qu'elle soit agréable, mais elle n'est pas désagréable. Justement, c'est ce qu'a réussi à faire Sabine avec son personnage, au lieu d'être juste une femme acariâtre, elle a un mari qui est transparent, qu'elle regarde comme ça. Elle est complètement indifférente à lui. C'est ça qui est formidable. Ça glisse. C'est comme si il n'existait pas". Florence ajoute "et puis elle a deux de casquettes, au début, elle est méchante et puis son humanité reprend le dessus".

 "La grande difficulté de ce métier, pour moi, c'est la relation avec l'autre."

Sabine Azéma ajoute à propos de son personnage "et puis son mari fabrique des balayettes, mais elle, elle se prend pour une grande bourgeoise de l'avenue Montaigne. C'est une petite parvenue. On peut dire ça comme ça. J'ai peur, quand tu parles devant la scénariste… la scénariste qui plaisante, "tu peux, ça se réglera…". Sabine Azéma poursuit, "et puis après elle s'épanouit parce qu'elle rencontre l'Homme. Enfin, il ne faut pas tout dire." Jouer ce personnage reste une expérience très heureuse, elle confirme, "un bonheur : Ce n'est pas de rentrer dans le personnage. C'est surtout de bien m'entendre avec la personne, le metteur en scène et l'équipe. Voyez pour moi, c'est ce qui me fait toujours peur avant d'accepter un film, de dire oui à quelqu'un, ce n'est pas de jouer la comédie, jouer la comédie. Je pense que bon, au départ, c'est comme pour les danseurs, les chanteurs, faut un petit don quand même. On ne fait pas ça comme ça. Mais après, la grande difficulté de ce métier, pour moi, c'est la relation avec l'autre. Et comme dans la vie d'ailleurs. Soit on a en face quelqu'un qui vous détruit, qui vous bloque et qui fait que vraiment on va descendre. Soit ce sont des gens qui vous qui tendent une main pour être au mieux de ce que vous pouvez être, vous voyez. Et pour ça, il faut qu'on soit à l'aise, qu'on soit bien et après, bon ben, on rentre dans le rôle, ou on ne  rentre pas".

Etienne Chatiliez  acquiesce, "j'ai réalisé pour la première fois que c'est vrai. Un comédien choisit un scénario, un metteur en scène. Mais qu'est-ce qu'il a comme autre garantie que ça? Il aura le tournage de tous les jours pour voir si ça va être à la hauteur de ses espérances. Et souvent, des comédiens dans un film ne savent pas à quoi ça va ressembler. Ce que dit Sabine, je le comprends complètement"

Sabine Azéma explique que "quand on est comédiens, comédiennes, vous rendez compte, on est. On est quand même livré comme ça. On s'est senti dans un état de grande fragilité, c'est vrai quand même. On se bat, oui, on fait confiance au metteur en scène, qui a tous les pouvoirs sur nous, vous vous rendez compte, il peut en abuser. Et c'est vrai que très souvent, ils en abusent". Mais pas toujours, pas Etienne, pas Resnais".

Le journaliste lui demande si pour ce rôle elle s'est inspirée de quelqu'un de son entourage ?

"Mais je n'en avais pas dans mon entourage, je n'en ai pas dans ma famille. Oui, c'est vrai, j'ai d'autres personnes drôles, mais pas celle-là. Mais par contre, alors on descend dans la rue. Et puis on s'installe au café, on regarde les gens, on va dans des magasins. Dans les magasins où cette femme pourrait aller s'acheter des vêtements, en regardant les journaux. On regarde partout. Et puis surtout, on en parle avec Etienne, avec Florence, on échange nos idées. Parce que Etienne, il avait des idées bien précises sur le personnage. Et d'ailleurs, il y a une chose dont je vais trop dévoiler. Au début, c'est comme ça. Elle va un peu s'épanouir. La première idée, alors? Il faudrait changer complètement qu'on la voit en minijupe, en décolleté. Et Etienne a dit non, non, on va la laisser habillée de la même façon. C'est seulement dans l'œil, dans la façon de jouer. Ça, c'est très fort. On a vraiment besoin de ça quand on est comédien".

Le journaliste demande ensuite au réalisateur et à la scénariste ce qui les réunit : "l'envie de rire et de faire rire, un esprit résolument positif ?"

Chatiliez répond très pince sans rire: "l'appât du gain !" Elle confirme, "oui, le même appât du gain, un peu le même sens de l'humour aussi, peut être aussi pas se prendre trop au sérieux".

Et le bonheur dans tout ça ?

Pour conclure, le journaliste leur demande leur définition respective du bonheur dont il est question dans le film.

"Alain écrivait dans ses propos que le bonheur c'était des petites joies mises au bout des autres. Vous en pensez quoi, l'un ou l'autre?

Pour Sabine Azéma, "c'est vrai, c'est vrai, ce sont des bouffées de bonheur bouffées. Ça sent le lilas".

Le cinéaste ajoute que "vu ce qui se passe en ce moment, on pourrait presque croire que c'est des bouffées délirantes alors que ces bouffées naturelles" [il fait référence aux attentats parisiens de juillet et octobre 1995] . Sa scénariste complète, "c'est des petits bonheurs les uns à côté des autres quoi".

Le journaliste incite à aller voir le film et ajoute en conclusion, "J'ai eu la chance de le voir hier soir. J' ai beaucoup ri et je n'étais franchement pas le seul".


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