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1994 : Manuel Patarroyo, le premier inventeur d'un vaccin contre le paludisme

1994 : Manuel Patarroyo, le premier inventeur d'un vaccin contre le paludisme

L’OMS a recommandé le 6 octobre le déploiement massif du premier vaccin antipaludique chez les enfants vivant en Afrique subsaharienne et dans les zones tropicales à risque. A l'occasion de cette annonce historique, nous revenons sur la première tentative de mise au point d'un vaccin antipaludique, en 1994.

Par Cyrille Beyer - Publié le 07.10.2021
VACCIN ANTI PALUDISME - 1994 - 02:18 - vidéo
 

L’OMS recommande le déploiement massif du premier vaccin antipaludique chez les enfants vivant en Afrique subsaharienne et dans les zones tropicales à risque. Le 6 octobre, le directeur général de l’organisation a salué « un moment historique, une percée pour la science, la santé infantile et la lutte contre le paludisme ».

Aussi appelée malaria, ou « fièvre des marais » cette maladie infectieuse tropicale est due à un parasite, transmis à l’homme par la piqûre de certaines espèces de moustiques. Elle ravage la planète depuis le Pléistocène, il y a plus de 50 000 ans, un record de longévité qui en fait l’une des maladies les plus mortelles de l'histoire de l’humanité. Particulièrement touchée, l’Afrique subsaharienne concentre aujourd’hui la majorité des cas, qui concernent surtout les jeunes enfants et les femmes enceintes (260 000 enfants âgés de moins de cinq ans y meurent chaque année).

Chercheur colombien

Un fléau contre lequel s’était battu Manuel Elkin Patarroyo, un chercheur colombien, pendant des décennies. Le 28 octobre 1994, le JT de 20h, sur France 2 se faisait l’écho d'une découverte scientifique, jugée alors très prometteuse. Un vaccin contre le paludisme, qu’un article du Monde publié le lendemain, 29 octobre, décrivait comme le « premier vaccin anti-parasitaire et entièrement synthétique de l'histoire de la vaccination ».

Dans le même article, on apprenait qu’il était à l’étude depuis 1978, et que son élaboration avait du surpasser nombre d’obstacles : « d'abord testé en 1986 sur des singes aotus […], les résultats, publiés alors dans la revue Nature, avaient été accueillis avec un grand scepticisme par la communauté scientifique internationale. Tout comme les premiers essais humains, en 1987, effectués sur une douzaine de volontaires des forces armées colombiennes, sur la côte pacifique du pays ». Il fallait attendre 1993 pour qu’une étude publiée dans The Lancet relance l’intérêt de la communauté scientifique pour ce projet, avec « les résultats des tests réalisés dans une région du sud de la côte pacifique colombienne, sur 1 548 volontaires âgés de plus d'un an », suivis d’autres études effectuées en Tanzanie et en Gambie.

31% d'efficacité

Le reportage du journal de France 2 rendait compte de ces essais sur de jeunes enfants menés en Tanzanie, des tests qui avaient obtenu une efficacité de 31%, après un an de suivi. En exclusivité pour la chaîne du service public, Manuel Patarroyo, interviewé depuis Genève, commentait ces résultats encourageants, néanmoins critiqués par une partie du corps scientifique comme insuffisants : « Avec 3 millions de morts par an [du paludisme], même si on a un taux d’efficacité aussi bas que 30%, cela fait quand même 1 million de vies sauvées. Et on empêche aussi 100 millions de personnes d’êtres infectées avec ce niveau de résultat ».

Optimiste, et solidaire, puisque Manuel Patarroyo avait donné ses droits du développement du vaccin à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), renonçant ainsi à son enrichissement personnel au profit du bien commun.

Malheureusement, cette promesse était finalement remise en cause en 1998 par l’OMS, faute d’une amélioration de la couverture vaccinale. En 2021, le nouveau vaccin tout juste promu semble enfin apporter toute l’efficacité requise pour lutter contre cette maladie, parfois décrite contre l’un des quatre « cavaliers de l’apocalypse » des pays en voie de développement.

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