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1994 : la mise en garde contre l’avènement de la « civilisation virtuelle »

1994 : la mise en garde contre l’avènement de la « civilisation virtuelle »

Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, a annoncé jeudi 28 octobre que la maison mère allait désormais s'appeler Meta, pour mieux symboliser son souhait de développer le metaverse, considéré comme le futur d’internet, et entièrement basé sur le virtuel. Le basculement dans le monde virtuel et ses conséquences, le chercheur de l'INA Philippe Quéau l'expliquait il plus de vingt-cinq ans.

Par Cyrille Beyer - Publié le 29.10.2021
 

Six ans après Google, qui avait choisi en 2015 de rebaptiser sa maison mère Alphabet, le groupe Facebook devient Meta. C’est Mark Zuckerberg, le patron du plus grand réseau social au monde, créé en 2004, qui en a fait l’annonce jeudi 28 octobre, précisant que le nom des différents réseaux sociaux et messageries du groupe resterait inchangé (Facebook, Instagram, Whatsapp, Messenger).

Le choix du nom Meta symbolise pour l’entreprise de Palo Alto l'objectif de s’investir pleinement dans le développement du metaverse, qui représente selon Mark Zuckerberg le « futur de l’Internet ». Le metaverse, nous explique Les Echos, « se présente comme un monde en ligne virtuel et immersif », en partie « inspiré par la science-fiction, et notamment le roman Snow Crash (1992) de Neal Stephenson ou Ready Player One (2011) d'Ernest Cline ».

Invité d’Europe 1, vendredi 29 octobre, le directeur général de Facebook France, Laurent Solly, a évoqué l’ampleur de cette révolution qui s’annonce : « Le metaverse, c’est quelque chose de nouveau pour la technologie, c’est le sentiment de la présence unique que ne procure pas aujourd’hui la technologie digitale. Par la création d’avatars, par l’utilisation de la réalité virtuelle, vous pourrez vous retrouver proches de ceux que vous aimez, […] assister à un concert à Los Angeles ou à New York, […] mener des réunions avec des collègues en Australie ou au Japon ». Ce « nouveau chapitre de l'internet », toujours selon les termes de Laurent Solly, « va bouleverser et changer le monde ».

Nouveau monde

Ce nouveau monde qui s’annonce, certains, travaillant le plus souvent dans le domaine des nouvelles technologies, l’avaient prédit. En 1994, déjà, alors que le Web n’en était qu’à ses débuts, Philippe Quéau, directeur de recherche à l’Institut national de l’audiovisuel (INA), voyait dans les possibilités du virtuel ni plus ni moins que l’avènement d’une « nouvelle civilisation » : Dans l'extrait en tête d'article, issu de l'émission "Envoyé Spécial" du 17 février 1994, il expliquait : « Le virtuel,  c’est l’impression physique d’être dans l’image, mais le plus important, c’est le fait d’être dans un monde. Un monde avec lequel on peut agir. Ce monde virtuel se situera à côté du monde réel, mais il  sera aussi riche que le monde réel. On sera amené à vivre, à travailler, à jouer, à rechercher de l’information, à se faire des amis, à vivre en communauté [de façon] complètement virtuelle avec les 4 coins du monde. »

Ce tableau des nouveaux usages du quotidien rejoint en effet parfaitement l'une des définitions du terme « civilisation » donnée par Le Petit Robert, comme « l’ensemble des caractères communs aux sociétés les plus complexes ». Mais Philippe Quéau nous mettait déjà en garde contre les bouleversements que ce monde virtuel allait engendrer dans notre rapport au monde : « A force de travailler dans le virtuel, […] nous allons finir par ne voir le réel qu’à travers les modalités, les schémas de pensée, les méthodes de travail qui marchent bien dans le virtuel, mais pas forcément dans le réel ».

Vertige

En d’autres termes, « on risque de se virtualiser soi-même ». Face au vertige de ce nouveau monde « en train de se faire », Philippe Quéau rappelait l’importance de l’éducation : « Le risque que l’on peut avoir aujourd’hui, c’est de ne pas s’en préoccuper à temps et de rentrer à toute vitesse dans un monde nouveau sans avoir assez d’informations ou la sagesse nécessaire pour tout contrôler ».

L’addiction à ces mondes virtuels, des millions de personnes l’ont déjà expérimentée, notamment avec le jeu « Second Life », lancé en 2003. « A son pic, nous rappelle Les Echos, cet univers virtuel accueillait des centres de conférences d'IBM, des magasins American Apparel, des permanences politiques de candidats aux élections et un million de connexions simultanées. »

Mais alors que le succès de "Second Life", qui existe toujours, est assez vite retombé après quelques années d'emballement, l'entrée des géants du numérique tels que Meta dans l'univers du metaverse semble bien promettre des changements radicaux dans notre futur rapport au monde virtuel. 

Pour aller plus loin : 

« Second Life », un monde virtuel. Un reportage du journal télévisé de 20h sur France 2, diffusé le 30 janvier 2007.

Le parti socialiste est sur « Second Life ». Un reportage de France 3 Metz du 16 février 2007.

Le marché de Noël de Strasbourg est sur « Second Life ». Un reportage de France 3 Alsace diffusé le 28 novembre 2007.

Première mondiale avec une représentation de l'Opéra de Rennes diffusée en simultané dans deux mondes virtuels. Un reportage du 7 janvier 2011 diffusé sur France 3 Pays de la Loire.

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