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1992 : reportage au coeur du lobby anti-avortement américain

1992 : reportage au coeur du lobby anti-avortement américain

La Cour suprême des Etats-Unis a commencé le 1er décembre 2021 l'examen d'une loi du Mississippi qui pourrait remettre en cause le droit à l'avortement en Amérique, pays très polarisé sur le sujet. En 1992, un reportage de France 2 s'intéressait au mouvement « pro life ».

Par Cyrille Beyer - Publié le 01.12.2021
Loi anti avortement - 1992 - 02:56 - vidéo
 

La Cour suprême des Etats-Unis a rouvert le 1er décembre le dossier hautement sensible du droit à l’avortement. En examinant une loi votée en 2018 par le Mississippi qui interdit l’avortement après quinze semaines de grossesse, les neufs juges (dont six conservateurs) de la plus haute juridiction fédérale des Etats-Unis pourraient remettre en cause la jurisprudence pro-avortement en vigueur depuis 1973. Leur décision, prévue au printemps 2022, devra se prononcer sur la constitutionnalité des quinze semaines au-delà de laquelle, selon la loi du Mississippi, l’avortement n’est plus possible.

Or, dans son célèbre arrêt Roe v. Wade de janvier 1973, la Cour suprême avait déclaré constitutionnel l’avortement dans les deux premiers trimestres de grossesse, au nom de la protection à la vie privée. En juin 1992, cette jurisprudence était précisée par l’arrêt Planned Parenthood v. Casey. D’après Le Monde, cet arrêt, tout en « donna[nt] aux Etats fédérés le pouvoir de restreindre davantage l’avortement, [maintenait] l’interdiction de proscrire l’avortement avant le seuil de viabilité estimé à six mois de grossesse ».

L’arrêt Planned Parenthood v. Casey ne signifiait pas la fin des tensions liées au débat entre pro et anti-avortement aux Etats-Unis. Au contraire, ce thème était plus que jamais au coeur de la campagne électorale pour l’élection présidentielle de novembre 1992.

Alors que le candidat démocrate Bill Clinton avait choisi de mettre en avant les thématiques sociales et économiques, son rival, le président George Bush et candidat à sa réélection, avait préféré se concentrer sur des valeurs plus traditionnelles à droite, la promotion de la famille et la lutte contre l’avortement. Le président pouvait compter sur un lobby anti-avortement de plus en plus puissant et organisé depuis plusieurs années.

« Esclavage »

Le reportage que nous présentons en tête d’article, diffusé le 16 octobre 1992 sur France 2, nous donne un aperçu des arguments de militants anti-avortement. En Louisiane, le reportage suit une réunion d’une direction locale du mouvement, « Pro Life ». Lors de cette réunion, une militante utilise l’histoire tragique du pays pour condamner le recours à l’avortement : « Pour moi, le problème de l’avortement est très proche de celui de l’esclavagisme. Il y a cent ans [plus en réalité, l’esclavage a été aboli en 1863 par le président Lincoln, NDLR], la Cour suprême des Etats-Unis disait que les noirs n’étaient pas des êtres humains, qu’ils appartenaient à leurs maîtres. Quand en 1973 cette même Cour suprême a légalisé l’avortement, elle a fait la même chose en disant que le bébé n’est pas un être humain et qu’il est plus ou moins la propriété de sa mère, qui peut en disposer et le traiter comme un esclave il y a cent ans. »

Une autre militante résume laconiquement l’enjeu de la campagne présidentielle : le candidat Bill Clinton se résume pour elle à son positionnement « anti-avortement ». Au contraire, le candidat républicain trouve grâce à ses yeux en tant que « pour la vie ». Quant à la femme du président, Barbara Bush, qui avait à plusieurs reprises pendant la campagne déclaré être pour l’avortement, elle est qualifiée de « drôle de femme [funny lady] ». « Stratégie [du parti républicain] pour ratisser large ? » se demande le journaliste de France 2 en concluant son reportage : « Ici dans ce Sud catholique, conservateur et bien-pensant, on a pas apprécié. On ne plaisante pas avec certaines valeurs. »

Près de trente ans après ce reportage, l’Amérique est toujours aussi polarisée entre les pro et les anti-avortements. Ces derniers placent ainsi tous leurs espoirs dans les six juges conservateurs de la Cour suprême, dont trois ont été nommés par le seul Donald Trump lors de ses quatre ans de présidence.

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