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1989 : Daniel Cordier rappelle son engagement auprès de Jean Moulin

1989 : Daniel Cordier rappelle son engagement auprès de Jean Moulin

Daniel Cordier, ancien résistant et secrétaire de Jean Moulin pendant l’Occupation, est mort le 20 novembre 2020 à l’âge de 100 ans. En 1989, il rappelait pour les téléspectateurs d’ « Apostrophes » sa participation dans le combat pour la France Libre.

 

Par Cyrille Beyer - Publié le 20.11.2020 - Mis à jour le 14.11.2021
 

Le 3 novembre 1989, Daniel Cordier est l’invité de Bernard Pivot sur le plateau d’ « Apostrophes ». L’ancien résistant et secrétaire de Jean Moulin pendant l’Occupation vient de publier les deux premiers tomes de sa monumentale biographie du chef de la Résistance française, Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon (J.-C. Lattès, 1989). Comme le rappelle Bernard Pivot en préambule de son interview, cette publication suscite alors quelques remous dans le milieu des acteurs de la Résistance. Le contentieux principal entre certains des compagnons de la Libération qui ont côtoyé Jean Moulin remonte en réalité à 1973.

Honneur

Cette année-là, le résistant Henri Frenay, qui fut pendant la guerre le chef du mouvement Combat, lançait dans ses mémoires La nuit finira (Robert Laffont, 1973) un réquisitoire contre Jean Moulin, mettant en doute ses compétences et ses sympathies politiques, qu’il allait même jusqu'à qualifier de « crypto communistes » dans un autre livre, paru quatre années plus tard, L’Enigme Jean Moulin (Robert Laffont, 1977). Des accusations qu'il reprenait en cette même année 1977 au cours de l’émission « Les dossiers de l’écran ». Daniel Cordier, également présent sur le plateau de l'émission, prenait vigoureusement la défense de l’intégrité de Jean Moulin, avant de se voir rabaissé et humilié en direct par Henri Frenay, qui lui rappelait son statut de subalterne de Jean Moulin : « Vous ne saviez rien, vous n’étiez que l’intendance ! »

Pour racheter l’honneur de Jean Moulin, tout comme le sien, Daniel Cordier, qui s’était à la Libération tourné vers une carrière de peintre et de collectionneur d’art, entreprend alors patiemment pendant des années un travail d’historien qui va donner lieu aux trois tomes de la biographie de Jean Moulin, un inconnu au Panthéon (le troisième tome paraîtra en 1993).

Monarchiste

Face à Bernard Pivot et à ses invités, Daniel Cordier raconte sa participation, dès les premiers instants, à la Résistance. Agé de 19 ans lorsqu’éclate la guerre, il est « monarchiste » et « d’extrême droite », lecteur assidu de Charles Maurras, dont il lit notamment les articles parus juste avant la guerre. Ces écrits mettent en garde la France contre les velléités de certains hommes politiques du gouvernement de rechercher l’armistice avec l’Allemagne. Pour le jeune Daniel Cordier, c’est inacceptable. « Il faut se battre jusqu’à la victoire », sinon les Français seront « perdus ».

Il rejoint donc le général de Gaulle à Londres en compagnie de « seize jeunes volontaires ». A son arrivée en Angleterre, il « fait ses classes » pour apprendre le métier de soldat. Avide d’action, il se porte volontaire pour « n’importe quelle mission, pour faire n’importe quoi n’importe où, pourvu qu’on se batte ». Il est recruté par le Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), le service de renseignement de la France Libre, où il apprend le métier de membre de commando, avec des compétences « d’opérateur radio » et de « saboteur ».

Action

Le 26 juillet 1942, Daniel Cordier entre enfin en action. Il est parachuté à Montluçon, dans l’Allier, et y rencontre le « chef des agents de la France Libre », Jean Moulin. Une confiance s’installe vite entre les deux hommes, malgré leurs différences politiques. Le jeune Cordier, âgé en 1942 de 21 ans, à la formation monarchiste et maurassienne devient le secrétaire de Jean Moulin, ancien haut fonctionnaire de 43 ans aux idées socialistes, même si la réelle identité de Jean Moulin, alias « Rex », est largement tue pour des raisons évidentes de sécurité : « Je n’ai bien sur jamais connu son vrai nom, […] ni même ses idées politiques et son ancien engagement politique à gauche ».

A son service, Daniel Cordier, qui se choisit le nom d’« Alain », en référence au philosophe, prend part « au premier rang » au travail édifié par la Résistance. Une clarification sur l'importance de son travail qu'il réitère sur le plateau d’ « Apostrophes », comme pour mettre fin aux critiques qui le cantonnent à l’arrière-plan des opérations de la Résistance.

Tâches périlleuses

Ses tâches principales au service de Jean Moulin, à Lyon comme à Paris, sont de « conserver toutes les liaisons à l’intérieur de la zone libre entre les mouvements et les services », de « conserver les mouvements entre la zone libre et la zone occupée », et enfin de superviser la tâche la « plus périlleuse », celle ayant pour objet « le service radio entre la zone libre et l’Angleterre ».

Après la guerre, après avoir été fait compagnon de la Libération en 1944 et travaillé deux ans pour les services secrets français, Daniel Cordier embrasse à partir de 1946 une carrière de peintre et de marchand d’art et ne mentionne plus son passé de Résistant. Une attitude tout en réserve par rapport aux événements de l’Occupation qui explique peut-être, selon lui, les polémiques dont il a été l’objet : «  Je n’ai pas fait de carrière mondaine sur les cadavres de mes camarades. »

Transformé par l’expérience de la Résistance, il tire alors un trait définitif sur ses premiers attachements politiques et fonde en 1956, aux côtés de Stéphane Hessel, le club Jean Moulin, un mouvement de gauche.

Un attachement aux valeurs progressistes qu’il conservera toute sa vie. Pour son 100e anniversaire, le 20 août 2020, Daniel Cordier recevait un appel téléphonique d’Emmanuel Macron. Le président voulait le remercier « pour l'exemple donné » durant la guerre et après.

Après sa mort survenue le 20 novembre, le chef de l'Etat présidait un hommage national à sa mémoire dans la cour des Invalides, le 26 novembre 2020.

 

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