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1980 : la « guerre du pain » avec la baguette à 1 franc

1980 : la « guerre du pain » avec la baguette à 1 franc

En décidant de vendre sa baguette à 29 centimes, l'enseigne E. Leclerc a provoqué une polémique chez les boulangers. Ce coup commercial n’est pas une nouveauté. Au début des années 1980, une véritable « guerre du pain » s’était déroulée entre supermarchés et boulangers.

Par Florence Dartois - Publié le 14.01.2022
Le boulanger de Vénissieux - 1980 - 02:03 - vidéo
 

L’enseigne de supermarchés E. Leclerc a annoncé mardi 11 janvier qu’elle allait bloquer le prix de sa baguette de pain vendue dans ses magasins à 0,29 € pour une période de quatre mois. Pour justifier cette politique tarifaire, Michel-Edouard Leclerc a défendu « un produit symbolique, un marqueur de l’inflation ». Cette annonce a provoqué la colère de l’ensemble de la filière du blé et au premier rang les boulangers artisanaux.

Alors que selon l’Insee le prix moyen de la baguette en France est établi à 0,90 € , les boulangers dénoncent la communication de Leclerc, au moment où les cours du blé flambent partout sur la planète. Le 13 janvier, Dominique Anract, président de la Confédération de la boulangerie-pâtisserie française, déclarait sur franceinfo son mécontentement : « On est très en colère. Ce genre de pratique nous rend fous », déplorant que « ce gros coup de com (…) peut faire du mal aux boulangeries, notamment dans des villages ».

Des arguments qui résonnent avec ceux utilisés par les syndicats de boulangers en 1980. A l’époque, la polémique était née de la décision d’un boulanger de La Ciotat de vendre sa baguette à 1 franc (La baguette se vendait alors entre 1,40 et 2 francs). Mais ce qui devait être une opération ponctuelle d’un boulanger isolé allait se transformer en véritable polémique. Quelques jours après cette initiative, plusieurs grandes surfaces, trouvant l’idée plutôt bonne, décidaient de reprendre l’opération à leur compte pour attirer de nouveaux clients. De surenchère en surenchère, une véritable guerre de la baguette allait s’instaurer dans toute la France.

«Si on vend plus, on peut vendre moins cher»

L’archive en tête d’article nous plonge au cœur d'une querelle autour du pain qui n'est pas sans rappeler la fronde actuelle. Nous sommes donc le 13 décembre 1980, un directeur de supermarché de Vénissieux vend sa baguette à un franc provoquant la colère des boulangers voisins. Le syndicat est vent-debout. Le directeur de la grande surface se réjouit de ce battage médiatique, racontant même à l'antenne avoir été fourni par un boulanger indépendant. Pour lui, il n'est pas question de concurrence mais d'une saine entraide : « C’est un boulanger qui travaille avec des méthodes artisanales, qui est un voisin du quartier et dynamique ». Il l’affirme, cet artisan lui « croit à la lutte contre la vie chère et il est persuadé de la formule et partage sa devise : « Si l’on vend plus, on peut vendre moins cher. »

Bien-sûr, ce n’est pas l’avis des boulangers locaux exaspérés par cette opération et par la traîtrise de leur confrère. Le vice-président des boulangers du Rhône évoque une véritable « guerre du pain » et souligne que les grandes surfaces se servent de cette affaire comme d'une campagne publicitaire. Le pain n'étant pour eux qu'un « produit d’appel » comme les autres. Des arguments repris par les boulangers en ce début d'année 2022.

A l'époque, les gagnants de cette guerre de la baguette semblaient être les consommateurs venus nombreux dans l’enseigne de la banlieue lyonnaise pour s'approvisionner en pain pas cher, mais pas que... 

L’affaire allait continuer à enfler gagnant rapidement toute la France.  En ce mois de décembre 1980, les armes sont des baguettes et les munitions des centimes. Dans l’archive ci-dessous, le prix de la baguette s'affiche à 95 centimes ! Ainsi le directeur de ce supermarché clermontois a multiplié ses ventes de 400 % en baissant le prix du pain, lui non plus ne voit pas le problème : « Nous sommes arrivés à un calcul très serré qui permet tout en vendant à 95 centimes de gagner encore de l’argent. »

La baguette à 1 franc
1980 - 02:29 - vidéo

Son argument est simple : puisque la matière première est identique qu’on soit boulanger artisanal ou industriel, tout le monde pourrait vendre son pain à ce prix. Il omet de préciser que les grandes quantités vendues en grande surface lui permettent d'augmenter son chiffre d’affaire. D'ailleurs les boulangers vont ouvertement dénoncer cette concurrence déloyale, à l’image de Francis Combes, le président de la Confédération nationale des boulangers pâtissiers.

« Il est déloyal de vendre à perte, actuellement les grandes surfaces profitent de cette publicité qui ne leur coûte rien (...) Nous demandons aux pouvoirs publics de faire le nécessaire pour éviter cette vente à perte... »

Cette « guerre du pain » de 1980 n'est toujours pas achevée. Alors, comme en 2022, les arguments sont les mêmes. Les boulangers dénoncent l’utilisation du pain comme produit d’appel des grandes surfaces. Quant aux grands distributeurs, à l’instar d’Edouard Leclerc avec son pain à 0,29 centimes, ils affirment toujours s’engager dans la protection du pouvoir d’achat. Le débat n'est pas tranché.

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