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1971 : L'émission « La France défigurée » s’alarme de la destruction des arbres

1971 : L'émission « La France défigurée » s’alarme de la destruction des arbres

Mardi 2 novembre, au deuxième jour de la COP 26 qui se tient à Glasgow, Boris Johnson a annoncé qu'au moins 110 pays représentant 85% des forêts de la planète ont signé une déclaration dans laquelle ils s’engagent à mettre fin à la déforestation d’ici à 2030. Le rôle fondamental des arbres peut nous paraître aujourd'hui évident. Mais en 1971, le journaliste Michel Péricard était l'un des premiers à expliquer leur importance écologique. 

Par Cyrille Beyer - Publié le 04.11.2021
Pourquoi protéger les arbres? - 1971 - 03:19 - vidéo
 

C’est l’engagement de la dernière chance. Mardi 2 novembre, au deuxième jour de la COP 26 qui se tient à Glasgow, Boris Johnson a annoncé qu'au moins 110 pays représentant 85% des forêts de la planète ont signé une déclaration dans laquelle ils s’engagent à mettre fin à la déforestation d’ici à 2030.

Selon le Premier ministre britannique, « une zone forestière équivalente à 27 terrains de football disparaît chaque minute », une tragédie alors que, toujours selon Boris Johnson, « les forêts absorbent à peu près un tiers du CO2 émis dans le monde par la combustion d'énergies fossiles chaque année. »

Une action essentielle dans le cycle de la vie qu’a voulu rappeler un film diffusé au cours de l’événement, commenté par Sir David Attenborough : « En détruisant les forêts, nous portons atteinte à la biodiversité et à nos vies [...] Les forêts fournissent de l'eau douce, purifient l'air que nous respirons, inspirent une valeur spirituelle et nous fournissent de la nourriture [...] Notre défi doit maintenant être de mettre un terme à la destruction et de commencer à restaurer les forêts. C'est une entreprise énorme, et chaque pays devra adopter sa propre approche. »

Si la connaissance du rôle fondamental que jouent les forêts dans la lutte contre le dérèglement  climatique est aujourd’hui largement diffusée dans les médias – une prise de conscience qui n’est malheureusement souvent pas suivie d’effets sur le terrain – la consultation des archives nous enseigne que cela n’a pas toujours été le cas.

Cycle de la vie

En atteste un reportage de l’émission « La France défigurée » du 27 décembre 1971, au cours duquel le  journaliste Michel Péricard s’alarme de la destruction des forêts et des arbres de France, endossant le rôle de ce qu’on appelle  aujourd’hui un « lanceur d’alerte ». Sa prise de position écologique, qui paraîtrait banale pour une émission de télévision actuelle, était encore assez rare pour l'époque.

Son reportage, dont nous vous proposons dans cet article deux extraits, explique de façon extrêmement pédagogique la place centrale qu’occupe l’arbre dans le cycle de la vie : « L’arbre par ses racines […] attaque le sol et la roche pour en capter les éléments minéraux. » Puis c’est le tronc qui va servir de « tuyauterie » pour faire parvenir ces sels minéraux porteurs de vie jusque dans le feuillage, qui agit comme une véritable « usine d’élaboration », grâce à l’action de la lumière solaire. « Tout ce qui est vert, des feuilles de l’arbre aux brins d’herbe, met de l’énergie solaire en conserve » grâce à la « magie de la civilisation chlorophyllienne ».

« Chair de notre planète »

Le cycle se poursuit, avec l’utilisation faite « par tout ce qu’il y a d’herbivore dans la forêt, lapins, chevreuils, etc […] » de cette énergie en conserve dans les arbres et les végétaux. Ces animaux herbivores seront mangés à leur tour par les animaux carnivores, qui en mourant relâchent cette énergie dans le sol, sur ce « humus forestier […] qu’on appelle la terre », une terre que Michel Péricard appelle de façon très poétique « la chair de notre planète ». Un élément incroyablement vivant, qui contient par gramme « des milliards d’organismes, de bactéries, d’amibes, de coléoptères, qui auront pour tâche de dissocier tous les déchets, tout ce qui est mort », afin de « remettre en jeu les éléments minéraux que puiseront ensuite les végétaux par leurs racines pour rebâtir de la matière vivante. »

Main basse sur la forêt
1971 - 09:56 - vidéo

Essentiel au bon fonctionnement du cycle de la vie, l’arbre l’est également pour maintenir une bonne symbiose de son environnement immédiat. Les forêts protègent ainsi des glissements de terrain ou des inondations, dont certaines catastrophiques, nous rappelle Michel Péricard, auraient pu être probablement évitées si les zones en amont du fleuve n’avaient pas subi de déboisement intensif. Le journaliste cite ainsi l’exemple des inondations de Florence en 1966 et de la Seine en 1955. Contre la pluie, la forêt joue le rôle d’une « immense éponge » : « 1 kilo de mousse peut retenir 5 kilos d’eau ». En plus de ce rôle de « filtre absolument sensationnel », l’arbre « assainit l’atmosphère en absorbant du gaz carbonique pour diffuser en échange de l’oxygène ».

Abattage d’arbres

Cette émission de 1971 semble être l’une des premières à dénoncer à la télévision les destructions d’arbres infligées en France, pour de nombreuses raisons : spéculation immobilière, avec l’exemple de la commune de Verneuil, dans les Yvelines ; abattage d’arbres sur les routes nationales pour éviter les accidents, un argument dont les fondements sont remis en cause par Michel Péricard à l’aide de chiffres ; les brûlis pour l’agriculture, de nombreux paysans étant encore persuadés de l’effet nocif des racines d’arbres sur leurs champs ; et surtout, les incendies, qui ravagent tout, « jusqu’aux paysages ».

Croissance et déclin

Au cours du reportage, Michel Péricard rappelle également que la taille de la forêt a largement fluctué au fil des siècles en France. D’une masse couvrant une grande partie du territoire sous l’Antiquité, la forêt a décliné au Moyen Age, puis aux Temps modernes, une diminution qui a fini par inquiéter les pouvoirs publics. Au XVIIe siècle, le surintendant Colbert sera le premier à vouloir protéger les forêts existantes par une ordonnance prise en 1669. Mais avec la révolution industrielle, le couvert forestier français continue à rétrécir, jusqu’à atteindre aux alentours de 1820 son plus bas niveau historique, couvrant à peine 12% du territoire.

Selon l’inventaire de l’Office national des forêts (ONF) de 2017, la forêt augmente aujourd'hui de 0,7% par an depuis 1985. Avec 16,9 millions d’hectares, sa superficie occupe 31% du territoire, l’occupation du sol la plus importante après l’agriculture, selon l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN).  

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